Si quelqu’un nous entend encore ici, sachez que Phil et moi, après une année à faire semblant de travailler à la fac, avons fini par abandonner toutes nos bonnes résolutions : on a pris nos copains, notre bizuth, nos clopes et nos albums sous le bras et on a déménagé! Eh ouais, on s’est cassé ailleurs, sur un site tout neuf, avec des gens tout nouveau et un design vachement mieux que celui là pour vous parler musique.

Dans ce cas, bande de branleurs (z’êtes forcément des branleurs si vous traînez encore ici), c’est par ici : http//:inkmusic.org 

A bientôt, les internautes!

Sommes-nous de gros branleurs? Peut-être. Ou pas. Pour une fois j’ai envie de vous dire que ce n’est pas notre faute : partiels, vacances, boulot… Concours à préparer pour l’ami Phil, un journal et une association à monter pour moi… C’est que la vie de « grand », ça prend du temps…

D’autant plus que – tadam – je m’étais lancée dans une nouvelle quête, qui fut pour le moins longue et difficile… Après la bicyclette rouge & le IPhone 4, ma dernière lubie était la quête d’une vraie mini jupe noire. Qu’est-ce que vous en avez à foutre, me direz-vous… Probablement rien, vous vous en foutez même certainement à peu près autant que votre premier protège cahier que vous estimerez – si vous êtes de bonne foi – à votre deuxième année de maternelle avant de vous rappeler que vous n’avez pas couvert vous même vos putains de cahiers avant le CP. Bref. Toujours est-il que vous vous en foutez mais, voyez, ça je m’en fous. D’une part parce que j’écris un article sur ce blog ce qu’aucun d’entre vous ne fait quand on n’est pas là (comment ça c’est pas à vous de le faire?) et ensuite parce que je suis une putain de dominatrice aigre et pas sympa, qui pratique la misanthropie à l’outrance, et que je parle de ce que je veux.

Je vous disais donc, j’ai galéré comme c’est pas permis pour trouver une mini jupe noire. C’était pourtant pas compliqué : je la voulais noire, courte mais pas trop, bien coupée, dans une matière synthétique proche de mes blazers (qui sont, comme vous le savez, la base de toute garde robe, quelle qu’elle soit) et, de préférence, plissée. Bah la mode n’était pas d’accord avec moi alors que je cherchais le plus classique de tous les classiques féminins en matière vestimentaire. Je les trouvais trop courtes, mal coupées, bouffantes, en cuir… Bref. Un massacre. Jusqu’à ce que je revienne sur mes terres d’origine, que j’entre dans une de mes boutiques grenobloises et que je trouve mon bonheur en 5 minutes… Evidemment. Il eut été étonnant, au final, que ce ne soit pas une sorte de persécution de la part de la Lorraine envers ma personne qui n’est pourtant pas sans défense… Notamment sur le plan du shopping.

Anyway. Saviez-vous que l’équivalent de la misogynie était la misandrie? Je vous dis ça parce que mon bizut et Phil lui-même m’ont attaqué avec ça (sans avoir le terme exact sinon c’est pas drôle) hier soir. En même temps, quand j’ai la tête dans le cul, que je viens de me lever et que je m’accroche à ma clope comme une femme à la mer en manque de matière cérébrale, je vois pas comment je pourrais ne pas en faire oeuvre quand Phil tente de « tester un truc » et lance un jeu de bourrin sur la console de mon filleul. Vous savez, ces jeux (minables ou jouissifs, selon votre référentiel) qui gargouillent, grognent et font preuve d’un tel arsenal que la compensation phallique est effective au bout de 5 secondes de jeu. Voilà. Truc pas agréable au réveil. Tout à fait. Donc – m’agrippant à ce cliché sur les hommes – je maudis Phil depuis cette page. Ah. Les hommes. Tous les mêmes!

J’aimerais vous parler de trucs intéressants & récents mais malheureusement tout le monde a déjà couvert l’évènement MAM, l’affaire Pornic nécessite que je sois un poil plus réveillée (mais promis, je vous la fais sous peu puisque je suis en vacances) et le reste me laisse sans voix pour le moment. Je suis en plein Palahniuck, j’ai récemment fini le dernier Ellis, c’est vrai, mais j’ai fait le tour des minimalistes – Ellis mis à part, c’est vrai – et aspire à vous présenter autre chose. J’ai ma petite idée, cependant.

(Yavait des snipers sur les toits, Phil est mort. Encore.)

Tout ça pour vous dire que je vous emmerde MAIS qu’on n’est pas mort et que je vais essayer de garder le navire en attendant que Phil puisse faire semblant d’être un peu là. Un peu. Semblant. En attendant, vous pouvez toujours suivre mon dernier petit bébé en date, le Contre Journal, oeuvre du Grand Battle Canard qu’on ne présente plus (mais on devrait y penser), ici même, sous trs peu – le temps que la machine se lance, quoi – http://contrecanard.wordpress.com/

Au plaisir, bande de dégénérés.

Voici venue l’heure du bilan. Pourquoi maintenant? Parce que demain, c’est l’anniversaire de ce blog. Et oui, un an déjà. Un an de dur labeur (ou pas) à tenter de rédiger des articles d’une certaine qualité, à tenter de susciter votre intérêt ou vos réactions avec plus ou moins de succès, un an à critiquer nos hommes politiques, notre société post moderne et les produits de consommation des grand majors de production. 364 jours, 253 articles répartis en 10 catégories, 30 506 pages visitées , 1480 tags et 1951 commentaires. Alors je serais tenté de vous remercier, mais là ça deviendrait vraiment trop formel, limite larmoyant, et j’aime pas ça. Alors faisons un bilan plus global.

En ce début d’année 2011, la gauche est toujours aussi déprimante. Adieu les idéaux, adieu Gracchus Baboeuf et Saint Simon, adieu Jaurès et et Blum, bienvenue en politique. Ni programme innovant, ni élan social, ni utopie, ni crédibilité. Bienvenue dans la gauche du deuxième millénaire de notre ère. Tandis que Martine Aubry pousse la chansonnette, DSK n’arrive toujours pas à porter ses couilles. Alors qu’on nous présente Hollande comme une alternative crédible, Royal enfourche le taureau nommé PS et entame de nouveau son rodéo. Une fois encore, le PS n’offre aucune alternative ni ne suscite aucun engouement. N’est-ce pas la pire des trahisons? N’est-ce pas me trahir, moi, qui aimerait pourtant tant voter à gauche?

Un autre constat, triste s’il en est, est celui de la médiocrité du journalisme français en cette heure sombre. J’avais pourtant cru à sa renaissance, tel le phœnix qui renait de ses cendres, avec l’affaire Wikileaks. Mais l’onde de choc est passée. Autre théorie : l’onde de choc a été entièrement absorbée et étouffée par le pouvoir. Vous me pensez parano peut-être? Pourtant il suffit d’aller sur la page web du Monde pour s’en rendre compte : pas un seul câble n’est abordé, et ce depuis plus d’un mois. Ha si, il y en a bien quelques uns, du genre « Wikileaks révèle la corruption du régime Ben Ali ». Quel scoop. Le Pouvoir a triomphé de la Liberté. L’homo modernus préfère se complaire dans l’ersatz que constitue la néolibéralisme plutôt que de défendre l’idéal là ou il est. Et le journalisme (à l’exception du journalisme alternatif) a capitulé.

Mais force est de constater que la situation est la même partout. Force est aussi de constater que l’évènementiel domine tout, que la soif de l’artificiel, de l’éphémère, prime sur tout le reste. L’Iran chasse la Corée, puis la Corée chasse l’Iran. La Tunisie balaye d’un revers de main la Côte d’Ivoire. La brusque hausse des actions du CAC 40 fait dire à tous les experts que la crise est terminée, que la récession touche à sa fin. La préparation d’un nouveau sommet du G20 fait oublier les échecs du précédent. Voilà où en est notre société : piégée dans une fuite permanente, une fuite en avant qui nous force à ne surtout pas regarder en arrière sans pour autant regarder en avant, nous empêchant tant de tirer les leçons de nos erreurs que d’anticiper objectivement les évènements à suivre.

Pas très optimiste me direz vous. Non, en effet. Mais je vois peu de lumière à travers les nuages. Mais ne vous méprenez pas, vous commencez à me connaître de toute manière. Au fond, je ne suis pas un fataliste. J’ai toujours foi en l’homme, mais cette foi vacille clairement ce qui concerne l’humanité. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : notre génération est sacrifiée sur l’autel de la précédente. Alors on s’amuse, on s’éclate, on boit pour oublier ou rêver, pour retrouver un peu de cette chaleur humaine. Notre société ne nourrit plus ni espoir véritable, ni utopie. Or il n’est pas d’horreur au monde qui surpasse la froide cruauté de ce soleil de glace, dirait Baudelaire. Buvons donc, portons un toast à ce monde. Embrassons l’artificiel tant qu’il existe, roulons nous dans cette fange capitaliste, complaisons nous dans cette ignorance volontaire, plantons notre tête dans cette terre stérile, et profitons-en tant que ca dure.

Et n’oubliez pas de souhaiter un joyeux anniversaire à ce blog qui est, je l’espère, aussi déprimant qu’à ses premiers jours!

 

J’ai 20 ans, je suis insomniaque et je viens de prendre un cachet qui m’empêchera de rédiger cet article jusqu’à la fin… Pourquoi? Parce que je suis en période de partiels, que je suis une étudiante appliquée et qu’il faut que je dorme pour avoir la tête à réussir. Alors je me drogue. Pourquoi? Parce que je suis un pur produit de ma génération. 90, on a passé le nouveau millénaire… C’est l’heure du bilan.

Jeunesse fatiguée, désabusée, qui n’en peut plus de pouvoir se réorienter. Sciences trop vastes, humanité trop développée, économie sur-évaluée… Et la période des soldes. On se perd au détour d’un macdo, on vend son âme au dieu Avenir, Promesses, Amour, Gloire & Beauté. Et puis – de temps en temps – on paye son loyer et on bouffe des coquillettes. Jeunesse déséquilibrée qui croit encore que le Bigmac est un antidépresseur… A torts? Peut-être pas. Que celui qui n’a jamais décompensé sur un menu maxi best of me jette la première pierre, ça me donnera une bonne raison de faire jouer le principe de légitime défense.

Jeunesse frustrée, désillusionnée, perdue avec ses idéaux au milieu d’un monde qui ne lui cache plus rien, ou presque (merci Wikileaks). La vérité, c’est mortel… Même que, des fois, ça fait du mal. La vérité, ça blesse… Parce qu’il y a encore pire que la vérité : l’ignorer. Se voiler la face, encore, pour pouvoir s’acheter le dernier tee-shirt à la mode en ignorant (effrontément) le petit chinois qui l’a cousu de ses petits doigts. De toutes façons, si c’est pas moi, ce sera un autre. Le monde ne m’attendra pas. Le monde ne nous attend pas.

J’ai 20 ans. Quand je rentre chez moi, je marche sur le bord extérieur du trottoir à chaque coin de rue, au cas où un mec pas net traînerait par là avec de sales idées dans la tête. Je fais 1m73, une taille 36 : un vrai morceau de viande. Les hommes cherchent des femmes, d’autres en payent, les derniers cherchent désespérément des femmes en essayant de les payer et réduisent à néant tout le reste de leur espèce. On ne se marie plus, on ne veut plus d’enfants, on préfère vivre de sexe et de vodka que d’amour et d’eau fraîche.

Entre bordel psychologique et délire psychédélique, je dessine le portrait pessimiste d’un monde qui n’apparait que trop facilement sous son mauvais jour. Quid du prix Nobel? Paix, littérature, sciences? Quid de l’Art? Quid de la Culture? Quid des choses simples de la vie, des rêves? Quand je serais grande, j’irais vivre dans un Château en Ecosse avec S. Connery et même qu’il aura pas vieilli et que j’en aurais rien à foutre de la différence d’âge. Dans mon sac, j’ai la peluche d’un personnage Disney. J’aime jouer à prendre des photos de moments simples de ma simple existence (aussi compliquée puisse-t-elle me paraître les jours de fatigue). Mon passe-temps préféré c’est boire un verre avec des potes sur un fond de bonne musique. Et pourtant le monde marche sur la tête en mélangeant tout au sexe, à l’alcool et à la drogue. Je ne peux même pas lui en vouloir : c’est tellement bon.

On rêve d’échappatoire, on veut quitter Alcatraz, abandonner le navire, disparaître dans un nuage de fumée vers le Paradis de Kurt Cobain et Jimmi Hendrix. Jim Morrison toise Roselyne Bachelot, quelque part un peu plus loin, Jésus apprend les bienfaits du LSD à 13 crétins dont l’un s’appelle déjà Nicolas. Comme quoi.

J’aime bien persécuter les gens, aussi. Cette année, j’ai décidé de ne pas prendre de bonnes résolutions sinon de rester fidèle à moi-même, toujours au poste, là où on ne m’attend pas. J’enterre mes morts, crache sur vos tombes, décore mon appartement et rédige un article qui n’a pour sens que celui que mon esprit d’étudiante épuisée veut bien lui donner. L’Homme est-il encore apte à la vie qu’il s’est créé? Y a-t-il une fin? Qui était là le premier, de la poule ou de l’œuf? Heureusement qu’Alain Chabat existe pour apaiser nos esprits exacerbés par un trop plein de questions sans réponses. Et puis de toutes façons, les chats ils dépensent leur pognon au baby-foot, ils passent leur temps à fumer des pétards et à monter au plafond. Les chats, c’est vraiment des branleurs.

Mon cachet ne fait pas suffisamment effet, j’ai 20 ans, un examen demain, je suis encore jeune et j’emmerde le monde.

Vous m’excuserez. Encore une fois. Si, si, vous le ferez. Ma vie se résume à un rythme régulier et morne (travail, manger, sortir, dormir), un rythme qui ne laisse aucune place ni à la culture, ni à l’information et encore moins à la créativité. Dans ces conditions, et n’étant pas capable de disserter sur les – rares – anecdotes de ma vie, je préfère ne pas prendre le risque de tomber dans le fortement médiocre (en espérant que ce n’est pas le cas d’habitude, d’ailleurs). Je vous offre donc un amuse-gueule que, j’espère, vous apprécierez en attendant mon retour triomphal par la grande porte sous peu. Voici une playlist que j’ai nommé smooth instant parce que… parce que c’est smooth, c’est kiffer l’instant, et ça le fait! Ou pas. En attendant relaxez vous et ouvrez vos oreilles. Les critiques sont permises bien entendu.

Âmes errantes de la blogosphère, salutations et joyeux Noël ! Qui dit Noël dit nécessairement réunion de famille et qui dit famille, a fortiori, sous-entend par ce biais conversations pour le moins folkloriques. Une fois qu’on a écarté les discussions sur les différentes sortes de four, les fuck offs mal placés et les débats sur les prénoms pourris (que je gagne systématiquement), on finit par réussir à dégager quelques sujets d’article pour le moins intéressants. Coincée quelque part dans le sud ouest en pleine campagne, je subis quotidiennement les remarques sur la pression sociale de mon cousin réac’ (et barbu mais on l’aime comme ça)… En attendant, la pression sociale, tu ne peux pas en mesurer ni le poids ni l’ampleur tant que tu n’as pas eu un vagin. La pression sociale, son horreur et sa douleur, c’est définitivement (eh ouais) un truc de femme. Et pourquoi ? Mais parce que vous ne vous épilez pas mes agneaux !

La pression sociale par excellence, le moule le plus oppressant, c’est ce qui tient de la mode, de l’apparence… Et attention, pas la peine d’essayer d’y échapper, il y a des points profondément inévitables. Le poids restera toujours une question de choix et les régimes ne seront pas débattus (du moins pas après 3 jours à bouffer comme une vache) mais on ne peut que s’incliner ne serait-ce que devant l’argument de l’épilation. Les poils, c’est ni féminin ni tendance et, les femmes, elles en souffrent. Plus encore, vous n’avez jamais porté de talons, non plus. Vous ne pouvez pas comprendre. Impossible pour vous de réaliser la douleur que représente la pression sociale puisque vous ne vous y pliez que trop peu… Trop peu, oui, puisque la pression sociale, sous bien des aspects, n’est qu’une oppression psychologique, un silence imposé, une privation éventuelle… Mais dans les faits… Dans les faits, nous autres gonzesses, mesdames, jeunes filles et autres espèces du genre, on prend cher. Epilation jambes, maillots, aisselles, sourcils… Douleur. Larmes. Résignation…

D’autant plus qu’on sait parfaitement que jamais aucune actrice ne décidera de mettre les poils à la mode et encore plus que, refuser la pression sociale, c’est se condamner à l’abstinence. Aucun humain n’est assez fort pour ça : la chair est faible. Bref, tu nais avec un double chromosome X et tu te retrouves condamnée à la pression sociale ad vitam eternam. On me dira que l’argument est facile, je vous propose – moi, à vous messieurs – de vous offrir une épilation maison pour qu’on en rediscute ensuite. Florence Foresti a fait un petit sketch sympa sur la grossesse (ici), on ne parle pas de l’accouchement… L’épilation, c’est pareil, quand tu demandes à tes ainées « ça fait mal au début mais après tu sens plus rien ». Ah bah ouais, t’as les jambes désensibilisées, à force ! On ne dira pas que tu pleures pendant deux heures à chaque fois au début. Ah bah non, on va pas décourager toutes les gamines de la planète. Et je vous le dis, aujourd’hui, la pression sociale, le mal ultime de la société, il se résume très simplement : c’est aussi douloureux qu’une première épilation et il faut être une femme pour le comprendre.

Cher petit papa Nawel,

Cette année, j’ai été sage (même si tout est relatif). J’ai tenu mon blog correctement et pardonné aux carabins leur bêtise. J’ai travaillé tout l’été, lutté contre l’alcoolisme et n’ai pas été hospitalisée. Je mange raisonnablement et je ne fais plus la guerre au gras. J’ai dépensé mon argent en vêtement, certes, mais uniquement pour avoir la classe. Petit Papa Nawel, j’ai même réussi à me faire à l’idée que j’habite à Nancy et à trouver des aspects positifs à cette constatation. Je pense qu’on peut se mettre d’accord : cette année, le père Fouettard n’a pas intérêt de pointer le bout de son nez sinon je lui réduis la mâchoire en bouillie.

Aussi, si je peux me permettre, voici la liste de mes réclamations s’il-te-plaitesques… Ou pas, en fait. Non, parce qu’on me l’a déjà faite à moi, le coup de la liste, la liste de tes rêves, qui matérialise tous tes fantasmes, tes espoirs, tes désirs… Et qu’à la fin tu ne reçois que le truc le plus pourrave que t’avais écrit en dernier, histoire de clore le divin morceau de papier par l’énumération d’un nombre pair d’objets convoités. Quand arrive l’âge de la raison, Père Noël, tu rimes parfois (souvent) avec frustration. Où est passé ce superbe équivalent électronique du poisson rouge en plus expressif que j’avais commandé à l’âge de mes 10ans? Rudolph l’a bouffé ou quoi? Et ma machine à écrire? Pareil? Foutage de gueule. Je veux pas dire mais question usine à jouets, des fois, ça craint.

Je pense à tous ces enfants aujourd’hui qui attendent monts et merveilles au pied de leur sapin, à quelques jours de la sacro-sainte date de la toy party de l’année, et j’ai mal au cœur. Je dis stop. Je dis non. Assez de frustration, d’enfants obèses qui décompensent par les papillotes, assez de crises de foie, d’alcoolisme précoce… Assez! L’année prochaine, sois réglo, envoie des listes de jouets en stock, qu’on sache enfin à quoi s’attendre… Tu sais, Père Noël, le système hospitalier est déjà suffisamment blindé pour que tu puisses te permettre de décupler le nombre d’ulcères à la période où mettre des brancards dans un couloir tient du crime contre l’humanité.

Alors, oui, je sais, nous sommes une génération d’insatisfaits, d’ingrats… C’est vrai, je te l’accorde. En même temps, quand tu vois tous les massacres et autres injustices cruelles qu’on nous sert tous les jours aux informations, comment peux-tu nous en vouloir de placer nos rêves les plus fous dans la seule chose encore sûre sur cette putain de planète : le matérialisme. Les choses. Capitalisme, flux monétaires et financiers, dépenses, achat, possession… Jouet. Le rêve de l’enfance, aujourd’hui, c’est le pur produit de cette société de consommation, c’est quelque chose de sûr, de tangible, de concret… Un objet, un seul, et des milliers de petites étincelles au fond des yeux d’un gamin. On s’en fout que sa mère soit morte du sida et qu’il soit destiné à la suivre de près : pendant quelques jours, il pensera être un roi, un élu, tout ça parce que – pour une fois – t’auras fait ton boulot correctement. Je veux pas te mettre la pression, Père Noël, mais le monde a besoin de toi, il faut que tu nous vendes du rêve pour qu’on retrouve la foi et qu’on remette ce monde en ruines sur pieds. Mets-toi au Taylorisme! Dope tes rennes! Exploite tes lutins! Délocalise ton usine en Chine! Fais quelque chose… Il est temps, il est l’heure, on a tiré sur toutes les sonnettes d’alarme… Sors-toi les doigts du cul! Ça suffit maintenant, on prend un coca (paraît que t’aimes ça) et on reprend son rôle en main. Correctement.

Non mais c’est vrai, Père Noël, faut pas déconner, bientôt on va nous dire que t’as été tué par le KGB, que t’existes pas et que, en fait, ce sont nos parents chéris qui tentent de nous combler, bon gré, mal gré, sans pouvoir répondre à nos attentes exorbitantes et insensées… La blague.

Bien à toi,

Cendar

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