mars 2010


Si mes ongles ne poussaient pas aussi rapidement, je crois que je ne me les couperais pas. Jamais. Oui, je sais, ce début d’article est un peu étrange mais on a tous nos petites manies, non? Il y en a ce sont les cheveux, d’autres les chaussures, d’autres les tee-shirt et d’autres, encore, leur téléphone, leur ordinateur, leur ménage, leur voiture, leur animal de compagnie, etc. On a tous notre petite pointe de maniaquerie… Eh bah, moi, c’est les ongles. Je suis l’exemple type de la nana qui, au milieu d’une conversation sérieuse voire tragique, va vous regarder avec un regard de chien battu et vous sortir LA phrase : « je me suis cassée un ongle, ma vie est fichue ». Ça a un côté tellement cliché et superficiel que je devrais en avoir honte mais on ne se refait pas.

Je ne saurais pas vous dire exactement pourquoi je fais une telle fixation… Je trouve que les mains sont des membres particulièrement délicats et utiles et les ongles en sont quelque part le miroir… Well, well, well… Bref. Toujours est-il que je suis maniaque des ongles. J’ai presque toujours une lime à ongles sur moi, je pète un câble quand je m’en casse un et il me suffit parfois de ça pour me dire que je vais vraiment passer une journée de merde.

On me décrit souvent comme une personne bizarre et décalée et, en toute honnêteté, ça me va très bien mais, quand même, j’aimerais bien comprendre cette espèce d’obsession que nous avons tous et qui nous pousse à avoir un comportement suspect envers un symbole en particulier. Parce que personne n’est épargné. Personne!

Déjà, mettons-nous d’accord sur les termes. Parler d’une maniaquerie obsessionnelle, c’est une lapalissade. La maniaquerie est une obsession. Ça peut d’abord être une manie, un truc léger, mais ça peut aussi revêtir une forme proche du trouble obsessionnel compulsif (TOC) et, là, ça tourne presque à la pathologie (faisant œuvre ici d’euphémisme, cela est entendu). Par maniaquerie, on entend le comportement d’une personne maniaque c’est à dire excessivement soigneuse. C’est, quelque part, une forme de perfectionnisme… Sauf que c’est souvent sur un point en particulier. Un point, seulement, et ça peut être quelque chose de totalement inutile, stupide, insipide… Autant le dire : ça me perturbe.

Non parce que, certes, chez moi c’est assez général… Mais je le vois bien autour de moi. Ma coloc et ses cheveux. Un ami et son sac Louis Vuitton. D’autres avec leur maquillage. D ‘autres avec leurs chaussures, avec leur visage, leurs mains, leur mollets, leur putain de ménage… D’où vient cette espèce de malformation maniaque que nous souffrons tous à différentes échelles?

J’aimerais bien, moi, qu’on m’explique pourquoi je me sens telle une merde de caniche sur les chaussures de sa petite vieille attitrée chaque fois que ma manucure ne me convient pas. J’aimerais vraiment qu’on me dise en quoi un ongle bien limé fait de moi quelqu’un de moins perturbé. C’est qu’un putain de bout d’organisme vivant, c’est tout. Pareil pour le reste.

Après, on pourrait engager sur la notion de normalité. Sommes-nous tous fous? Ou se trouve la norme? Qu’est-ce que c’est que tout ça? Est-ce que ça nous poursuivra toute notre vie? Sommes-nous malades?

Ahah, la bonne question.
Allez, pour une fois j’essaye de ne pas répondre. Je préfère laisser la place à une invité de marque. Elle s’appelle Delphine, c’est une lectrice fidèle, et elle  nous offre aujourd’hui une de ses réflexions sur ses jeunes années.

Moi qui flippe violemment à l’approche de la vingtaine, j’ai apprécié. Bonne lecture.

 

Entre chiens et loups

Les jours où je ressens vraiment mon âge sont rares. En règle générale, j’ai plutôt tendance à croire que je fais toujours partie des 20-30 ans. Et puis, il y a les autres jours, ceux où chacune des années écoulées est bien présente. Ces jours-là, j’ai envie de plonger dans le passé et de retrouver les souvenirs de mes 19 ans.

En allant faire mes courses, un instant de ce passé pas si lointain m’a sauté aux yeux sur la jaquette d’un DVD en promo. 5 euros pour une machine à remonter le temps, c’est donné. Alors j’ai acheté «Les nuits Fauves» et, en ce dimanche pluvieux, j’ai retrouvé mes souvenirs…


L’histoire d’une course contre la mort: Jean, un homme face au SIDA(Cyril Collard), recherche la pureté dans l’amour et l’innocence de Laura (Romane Bohringer). Destruction, déchéance, amour à la folie ou folie de l’amour.

Une magnifique mise en abîme: Cyril Collard se filme lui-même dans le rôle de Jean, jeune réalisateur talentueux, bissexuel, cocaïnomane, sidaïque et autodestructeur. Et surtout, il filme Romane Bohringer, jeune fille à la dérive, issue du showbiz parisien, et qui veut devenir actrice.

Le film a vieilli et moi aussi… Les images de clip des années 90, le sujet, les dialogues, les musiques et pourtant… il est beau, beau comme le sont les anges noirs, beau comme la mort, beau comme la dépravation. Peut-être que je le trouve beau parce qu’il me rappelle mes 20 ans, Romane qui pleure en dédiant son César du meilleur espoir féminin à Cyril, mort du SIDA avant la cérémonie. Peut-être que je le trouve beau parce que j’y retrouve un visage du passé, un amour de jeunesse pas tout à fait oublié. Peut-être que je le trouve beau parce que dans l’innocence de mes 20 ans, je ne l’avais pas entièrement compris quand il est sorti et qu’aujourd’hui, je perçois toute la splendeur du désespoir, tout l’attrait de la déchéance. Comme un immense vertige, si attractif et si répugnant à la fois. Peut-être que le trouve beau parce que j’ai rencontré ces hommes que la nuit appelle; et que moi aussi j’ai entendu l’appel troublant de la noirceur.

Il y a des êtres lumineux, solaires, diurnes. Il y en a qui sont charmants.
Il y a des êtres sombres, lunatiques, nocturnes. Ils sont irrésistibles.
Un ange déchu, c’est seulement un être de lumière qui a été attiré par la puissance de l’ombre.

«Est-ce que j’t’ai dit, l’histoire de cet homme,
qui voulu tout des femmes de l’opium?
Moralité, il est mort alité,
tout passe tout casse
le joint, le cul lasse»

Il n’y a pas que les grands destins qui soient tragiques, il n’y a pas que des drames magnifiques. Alors ce soir, je vais me coucher avec la tête pleine de souvenirs et des images d’un film qui a probablement mal vieilli. A ceux qui ont traversé, même pour un instant, chacune de ces années. Aux éphémères et aux éternels, aux battements de coeur et aux moments volés, à ceux qui sont partis, à ceux qui auraient voulu rester, la nuit me sera douce puisqu’elle sera la vôtre.

«Nous les écorchés vifs, on en a des sévices»

Ma coblogueuse m’a fait remarqué que je centrais trop mes sujets de conversation sur le Cinéma et le Hip Hop. Ok. Promis je le ferai plus. Avant un petit moment. J’attends vos plaintes et réclamations s’il le faut. En attendant, je me suis engagé envers moi-même à poster cet article qui traite – de manière secondaire – de hip hop. Vous vous rappelez peut-être de nos articles respectifs sur la Fanfare Touzdec. Laissez moi vous rafraîchir la mémoire. Nous nous sommes rendus au tremplin Crous, déjà conquis, pour voir le jeune collectif de brass band nous livrer leur performance. Ma coblogueuse avait cependant une longueur d’avance sur moi, puisqu’elle les avait déjà vu au Loco Mosquito en duo avec un collectif de hip hop. Ce qu’elle ne m’avait pas dit en revanche, c’est que parmi ce collectif se trouvait le groupe The Lyricists. Erreur fatale, car si je l’avais su, je me serai bougé le derrière contre vents et marées.

Mais qui sont ces personnes capables de me faire ravaler ma flemme pathologique et ma culture pantouflarde? Rien d’autre que quatre jeunes rappeurs de notre patelin paumé (précisons que l’un d’eux est un pote aussi). Pour les présenter rapidement, le groupe réunit Yung-J aka Justin, Dr Ice aka Tristan, Fuss-T King aka Martin et The Shaman aka Augustin. Vous trouvez peut-être que ça fait un peu amateur? Hé bien vous avez raison, ce sont des amateurs, et aussi des passionnés de Hip Hop. Mais ça ne les empêche en rien d’être créatif, d’avoir des choses à dire et de me faire kiffer. Leurs références? Gangstarr, Nas, Common, Rakim, Big L… pour n’en citer que quelques uns. A première vue, The Lyricist ne manque pas de crédibilité artistique. Fort de cette base musicale de qualité, ils ont déjà composé près de 15 titres et envisagent d’autoproduire leur premier album. Sans trop se prendre la tête, ils esquissent les premières ligne de leur style, fermement ancré dans la culture underground américaine, tout en mêlant anglais et français. Si vous souhaitez -et je l’espère – approfondir votre connaissance de ce groupe, rendez-vous sur leur Myspace où vous trouverez notamment quelques unes de leurs morceaux.

Vous l’aurez compris, je suis conquis. Non pas que leurs morceaux soient incroyables, il reste du travail, mais les bases y sont. On perçoit la passion de chacun pour la musique et leur joie envers sa composition. On peut leur reprocher, sinon un manque de rythme, un manque d’assurance dans le flow. De même dans les instru, les idées y sont, mais l’approfondissement est encore nécessaire. Mais il faut aussi être indulgent : sans studio, expérience et professionnels du son, difficile de prétendre immédiatement à la perfection esthétique et formelle. Toujours est-il que j’ai un coup de cœur particulier pour Keep It How You Do et l’intro de Freedom of Speech qui reprend une scène mythique de Easy Rider. Mais trêve de parole. Je clos avec la scène en question et je vous encourage vivement à aller écouter Keep it How You Do sur leur Myspace.

Aujourd’hui, tous ensemble, parlons bouquins. J’ai toujours souffert de périodes d’achat compulsif niveau livres… Et j’ai une façon très particulière (mais classique) de les choisir. En règle générale, si je ne cherche pas un livre en particulier, c’est que je ne me dirigerais pas vers les classiques. Direction les dernières parutions, donc. Après… Tout se fait au titre. Oui, je suis faible, oui, je sais, je me laisse influencer par le marketing, ouais, ouais, ouais… Nécessairement, je me retrouve vite avec des romans au nom bizarre en mains comme « Fume et tue », « Faisons l’amour » ou encore… Mort aux cons. Ah bah, oui, hein, avec un titre pareil, j’étais obligée de jeter un coup d’œil à ce livre sans quoi je serais morte de ne pas être suffisamment moi.

La deuxième étape, c’est systématiquement étudier un minimum la couverture… En l’occurrence, l’animal arbore des ballons en plastique, comme ceux qu’on tire à la carabine dans les fêtes foraines. En fait, c’est même exactement ça… Première idée « ah, ça sent le massacre d’abrutis, ça me plait. ». Passé ce premier examen superficiel… Troisième étape.

La troisième étape, c’est le quatrième de couverture et le synopsis. Lecture :

« Contrairement à l’idée répandue, les cons ne sont pas réformables; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n’ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu’ils sachent que je les surveille et que le temps de l’impunité est révolu. Je compte à mon actif cent quarante neuf meurtres de cons. Afin qu’ils ne soient pas morts pour rien, je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat. »

Qui n’a jamais rêvé de tuer son voisin le dimanche matin quand il vous réveille à coups de perceuse? Ou d’envoyer dans le décor l’automobiliste qui vous serre de trop près? Le héros de cette histoire, lui, a décidé un jour de passer à l’action.

C’est là que je commence à sourire d’un air carnassier. Juste ravie, juste contente, juste envie de commencer le livre. Bon, quand même, histoire de parfaire mon avis, je feuillette les pages dites d’édition. Citation d’avant propos : « La tolérance? Il y a des maisons pour ça. » de Paul Claudel.

Ni une ni deux, je sortais de chez mon libraire le livre en mains. A ce stade de séduction, je n’avais pas vraiment le choix, voyez-vous, c’était un peu comme si Johnny Depp en personne était venu me faire du gringue : pas moyen de résister.

Le dernier problème qui se posait à moi, c’était d’affronter Carl Aderhold, aka l’écrivain de Mort aux cons. Eh ouais : premier roman, pas d’antécédent, lecture à l’aveugle. Le souci c’est, évidemment, qu’avoir un bon scénario ne suffit pas à faire un bon livre. Il faut aussi un style d’écriture qui soit correct, plaisant… Aéré, aussi, pour ce genre de romans sans grande prétention et, surtout, maîtriser le cynisme avec maestria sans quoi la déception pointe le bout de son nez et le pavé finit empoussiéré sous mon lit. Force est de constater que si Carl Aderhold n’a pas la plume du siècle, il maîtrise ses mots et sert au mieux son propos…

Et le bilan, dans tout ça? Je me suis régalée, tout simplement… Le propos, en plus d’être inédit, est à la fois sadique, cynique et tordant. Un excellent souvenir de ma première lecture qui remonte à deux semaines de vacances dans un camping type club Med paumé dans le Gers. C’était il y a deux ans. Si les beaufs qui emplissaient les environs ont failli avoir raison de mes nerfs, au moins Carl Aderhold les tuait pour moi. Un vrai exutoire. Le tout est absurde, entre littéraire, technique et scientifique… On s’y perd sans se perdre, on rit, on est surpris, charmé, on sourit… Je valide mon achat et vous invite chesterfieldement à vous procurer ce livre. Sorti en format de poche cette année, vous ne devriez pas avoir à vous ruiner.

Difficile d’écrire un dimanche pluvieux. Lendemain de soirée qui plus est. Mon chat perd toujours ses poils, et mes Princes de Lu ont perdu leur croquant. Vie de merde. Un seul remède pour se remonter un peu le moral : parler musique. Mais il faudrait quelque chose en adéquation avec le moment. Genre quelque chose d’assez mélancolique, pas trop ensoleillé, mais pas déprimant non plus. Voilà la solution : Fashawn aka The Phenom.

Le bonhomme a tout juste 21 ans et appartient à la scène hip hop underground Californienne. On pourrait dire qu’il n’a pas eu le genre de vie dont vous et moi rêvons. Du genre père incarcéré, mère toxico, placé dans un foyer… Le genre d’univers qui vous fait sombrer, ou bien qui vous donne la force et la volonté de vous en sortir. Vite repéré, il entame sa carrière avec quelques mixtapes – sorte de compiles de morceaux remixés par un DJ – et sort son premier album, Boy Meets World, en 2009. Et on peut dire que pour un premier jet, c’est un coup de maître. Je vais pas trop traîner, mais vous faire un rapide tour d’horizon de l’album.

Ce qui frappe en premier, c’est l’étonnante maturité des thèmes abordés et du traitement musical. L’éducation, le monde, les angoisses, la liberté et la vie y sont présents. A l’heure où Kesha hurle son bonheur sur les ondes radios – bonheur qui se résume à se brosser les dents avec du Whisky – Fashawn nous parle avec humilité de ses doutes et questionnements. J’aime tout particulièrement le refrain du morceau « Stars » qui est sûrement le meilleur de l’album :

So many stars, so many stars

Which one to choose, which way to go

Each one’s a song for me

So many stars to see

Musicalement, les rythmes sont hip hop certes, mais les autres influences qu’y s’y mêlent le ferait presque oublier. Deux tendances sautent aux yeux : la Soul et les cuivres groovy. Tout cela est fait de manière à être à peine perceptible s’y l’on n’y prête pas attention, laissant une large place au flow et aux paroles. L’album débute la rage au cœur et enchaîne sur les rythmes effrénés de « Freedom », le genre de morceau qui pourrait donner une bonne leçon à Jay-Z. Puis on passe à « Hey Young World », beaucoup plus doux, teinté de mélancolie et de douceur. Dans la même veine, « Stars » et « Life as a Shorty ». Bref, je vais pas passer en revue tout l’album. Je préfère vous laisser écouter par vous même : Boy Meets World.

Pour ma part, je suis charmé. Pas seulement par la maturité du jeune rappeur, mais aussi pour la puissance évocatrice de ses morceaux, la sensibilité des ambiances et l’originalité des sonorités. Un artiste à suivre attentivement.

Je vais dire de la merde mais c’est pas ma faute. J’ai quémandé l’inspiration sur facebook et personne n’a daigné m’aider. Devant ce manque sidérant de solidarité, je vais, pour changer, devoir me débrouiller toute seule.

Aussi, puisque…

Eh bien je vous emmerde. Et comme, de toutes façons, je n’arriverais jamais à trouver quelque chose de satisfaisant niveau sujet aujourd’hui et que j’ai déjà fait le coup des photos surprises… Tous ensemble, abrégeons mes souffrances.

BORDEL CHESTERFIELDIEN.
Juste pour toi, public, ce qui traîne dans ma tête et sur mon pc en ce moment.

 

Citations sur les péchés capitaux.

Poème : Le Meurtre d’Emile Verhaeren.
– Soudain, voici la peur de ce cadavre froid
Et la peur de la peur crédule et subreptice –

Le numéro d’un restaurant qui fait, notamment, des steaks tartares au saint-marcelin fondu, mélange que je vous recommande chaleureusement.

Une sérieuse envie de Tequila, Citron, Coca, que je vous recommande également.

Une vidéo pour réveiller ma femme en lui offrant un pré « 18 juin 2010 ».

Un article du Coloc Code.

Une pensée pour Paulo.

& un sérieux besoin de café.

Ouais, ouais, ouais. Lundi, je vous parlerai littérature, ça vous intéressera sans doute plus.
Bonne cuite à tous (on est samedi, faut pas déconner).

Après 5 ans d’absence, je suis retourné au théâtre. Ma coblogueuse aura sûrement du mal à pardonner cette offense faite à cette branche majeure de l’art, mais j’avoue n’avoir jamais vraiment accroché aux jeux et codes des spectacles sur planches. J’ai donc pu assister à la représentation de la pièce Madame de Sade dans mon patelin paumé. Et il faut bien dire que j’ai été plutôt charmé, ce qui m’amène à reconsidérer en profondeur mon appréciation du théâtre.

La pièce de Yukio Mishima a remporté en 2009 le Molière des meilleurs costumes. Et d’un point de vue esthétique et de créativité, rien à redire, on en a pour notre argent. Les robes sont en réalités cerclées d’une armature en fer, leur donnant des formes incongrues reflétant la personnalité de leur porteuse : la rondeur pour la bonne pieuse potache, une forme ailée pour la sœur qui est plus que distraite, l’ouverture pour la maîtresse débauchée, et la rigidité pour la mère socialement formatée. Au delà de leur esthétique première, ces montages de fer sur roulettes incarnent divinement bien la prison, la carapace dans laquelle chacune des femmes s’est enfermée. Car cette pièce est en effet articulée autour de la femme, et ce malgré l’omniprésence du marquis de Sade qui n’apparaîtra cependant jamais. Sans qu’il y ait réellement d’histoire articulée autour d’un fil conducteur au sens propre du terme, ces femmes – la femme du marquis de Sade, sa belle-mère, sa belle-soeur, sa maîtresse et accessoirement une connaissance embourgeoisée et exaltée – font l’effet de petits satellites gravitant autour de l’aura du maître.

Il y a d’ailleurs un paradoxe fort : alors que le marquis est physiquement emprisonné, son aura semble encore présente dans l’univers mis en scène, manipulateur et égocentrique, alors que les femmes – en apparence libre – se retrouvent emprisonnées par l’empreinte de l’homme, son influence et ses manigances.

Il est en réalité question de la réalité de la morale et des valeurs, tant leur pertinence que leur existence. Alors que le marquis est tantôt présenté comme un monstre, tantôt comme un martyr, l’ensemble de l’œuvre tend vers sa mystification. Le vice y est ainsi présenté par l’épouse, la soeur et la maîtresse comme une quête de pureté, réinventant les codes et abolissant les frontières entre l’homme et Dieu, tandis qu’il est au contraire présenté comme une voie vers l’enfer par la morale sociale et religieuse de la belle-mère et de la nonne.

Mais au delà du seul vice, c’est la question de l’amour, du plaisir et de la fidélité qui est posée. Peut on aimer sans plaisir? Peut-on trouver du plaisir sans amour? La fidélité est-elle amour ou prison? L’épouse, la belle-sœur et la maîtresse, incarnant ces questionnements de manière absolue, s’affrontent par l’esprit et l’expérience durant toute la scène, tenant de prouver leur bonheur alors que toutes semblent pourtant souffrir d’un manque profond. La marquise finira même par rejeter l’idée de bonheur au profit de la fidélité qui est, plus qu’un choix, un serment fait tant à l’être aimé qu’à soi-même et à Dieu. Choisissant la dureté – mais aussi la sécurité – de l’illusion, elle ne pourra d’ailleurs pas affronter le retour du marquis après 18 ans d’emprisonnement, préférant entrer au couvent pour que le mythe et la sacralisation longuement édifiées ne se fissurent pas.

Mais il ne s’agirait pas d’oublier la trame de fond de la pièce qui porte à elle seule toutes les forces en présence lors de la Révolution. Tandis que Charlotte – la majordome – s’émancipe peu à peu et refuse l’autorité de ses maîtres, la belle-mère incarne la noblesse qui refuse de perdre ses privilèges et ses codes. De même s’affrontent à travers la femme et la maîtresse la puissance écrasante et abrutissante de la moralité, et les appétits et aspirations libertaires dans l’ère du temps. La mort de la maîtresse est à elle seule, par une habile métaphore à la Marianne, le symbole et l’incarnation de la chute des privilèges, offrant son corps et son âme à la foule dans sa folie destructrice, tanguant entre idolâtrie et diabolisation. Ainsi, peu à peu, les dalles de la maison bourgeoise sont descellées et emmenées par le majordome, ne laissant à la fin que l’image d’un temps révolu, à l’image des ces vieux temples délabrés de l’Antiquité.

Bref. Je vous enjoint à vous déplacer pour cette pièce qui m’a redonné goût au théâtre. Au passage, petite anecdote : Yukio Mishima était apparemment tellement imprégné de l’univers de la pièce qu’il s’est suicidé lors d’un rituel à l’âge de 40 ans. Enjoy.

Et une semaine après le concert, Cendar se motiva enfin à écrire son putain d’article sur Volo. Il était temps, n’est-ce pas? Pas que j’ai peur de l’oublier, je ne risque pas, mais il me semble que tâcher de parler en terme « d’actualité » pourrait être une bonne idée. Je préfère prévenir, si quelques mots d’anglais se glissent dans le texte plus qu’à l’accoutumée, ce sera la faute de ma tendance à la truancy, à savoir que je suis en cours d’anglais, que je ne voulais pas y aller, que j’y étais obligée et que j’écris cet article depuis une heure de civilisation américaine sur le système d’éducation américain. Inintéressant avec un prof transparent. Je préfère vous parler musique, ce sera autrement plus constructif, right?

Alors Volo, c’est un groupe de nouvelle scène française, composé de deux membres, à savoir les frères Volovitch : Frederic (a.k.a. Fredo, pour les intimes) et Olivier. On ne se demandera pas d’où ils sortent le nom de leur groupe, ça m’a l’air assez transparent. Par contre, d’où sortent-ils, eux? Eh bien, il faut le dire, ils ont fait un petit tour par un groupe estudiantalement connu : les Wriggles (vous savez : un petit lapin qui s’appelait poupine avait rendez-vous avec sa poupinette, ses parents voulaient pas qu’elle devienne sa copine parce qu’en fait poupinette c’était une belette… Thierry le chasseur est un sacré bourrin puisqu’il est con… tent d’aller chasser. Il aime les fleurs, connait la forêt par cœur il est con… etc.). Toujours est-il que depuis la dissolution du groupe & de la fin de Julie la p’tite olive, les frères Volovitch ont fait du chemin, sorti 5 albums, 3 au sens propre du terme, 1 bref (s’intitulant Bref, by the way) & 1 live.

Le principe de Volo, ce sont des chansons que l’on qualifiera sans mal de bien écrites sur des thèmes de tous les jours avec une musicalité toute particulière, légère, agréable. Des rythmes simples, on ne pourra pas parler de grand art, mais des chansons de tous les jours, de la vie, du quotidien. On trouve des titres plutôt comiques comme les Lapins, Tu m’fais marrer Bébé, le Medef, J’ai rien branlé, et d’autres plus sérieux comme C’est pas grand c’qu’on vit, Comme tout le monde, C’est leur guerre, Allons Enfants. Plutôt que de vous faire une liste longue comme mon bras de leur discographie, je vous propose à la place une petite playlist. Click, Darlings.

Toujours est-il que jeudi dernier, accompagnée par mon filleul, j’ai séché le cours que je subis actuellement et pris le premier train pour Lyon. La tournée est organisée pour la sortie de leur dernier album : En Attendant. A la base, j’étais assez mitigée quant à ce dernier opus. J’ai trouvé les textes un peu plus faiblard et une grosse perte de la musicalité par rapport aux autres albums. Force est de constater que le live, c’est carrément autre chose. En premier lieu : il fallait s’y attendre, on a eu droit à des titres phares type Elisa ou Tu m’fais marrer Bébé. En second lieu : perte de musicalité? N’importe quoi la meuf. Agréable surprise : nouvelle version des titres de l’album, ajout d’une guitare supplémentaire, mise en avant de la contrebasse, ajout musical approximatif = 70%. Le pied total. Une redécouverte de l’album, juste délicieux.

Niveau ambiance, il faut savoir que Volo est un groupe à suivre mais pas vraiment commercial c’est à dire qu’on n’entend pas Volo sur les ondes radio, on ne voit pas Volo à la télé, on ne voit pas Volo en général, mais on les connait. Par des potes, un hasard, une recherche, un cadeau surprise de deezer ou de jiwa, bref, Volo apparaît comme ça et ne disparaît jamais. Forcément, ça fait un peu secte, dans le fond, et on se retrouve à un petit concert intimiste, dans une salle modeste mais entre gens qui savent, qui les connaissent. La fosse est une sorte d’amas organique qui murmure les paroles en même temps que les frères Volo, les gens sourient, c’est un peu comme s’ils se connaissaient tous. Je garderais un certain regret quant à notre départ anticipé, dernier train pour Gre oblige.

Je ne saurais pas vous expliquer mon histoire d’amour avec ce groupe. J’entends Allons Enfants et il y a un truc qui vibre. Le bonheur me fait rire. C’est pas grand c’qu’on vit m’arrache une grimace mélancolique. Anvers me fascine. Obligé me rappelle de bons souvenirs. Dans mon café préféré me donne envie d’une bière. On vit avec Volo, en plus de l’écouter, et c’est pour ça que j’aime ce groupe.

Et, puis, fallait s’en douter, de toutes façons, une ex-L tombe toujours sous le charme d’un groupe qui sait écrire ses chansons. Je suis une cible facile.

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