Vous allez croire que je suis obsédé, mais j’ai envie de vous parler encore de Wikileaks. Faut dire aussi que tous les journaux titrent chaque jour avec des articles plus ou moins relatifs à ce site. Je ne parlerais pas à nouveau du bien fondé ou non de son action, vous pouvez toujours lire mon avis ici. Ce qui est sûr, et ce qui n’était peut-être pas le cas au début, c’est que j’ai de plus en plus l’impression qu’une nouvelle page de l’Histoire se tourne, que nous sommes en train d’assister à un événement aussi inédit qu’historique. Au-delà de la question de la diplomatie secrète, au-delà de la conception de « secret » et des conséquences de sa divulgation publique, c’est le sort d’un fondamental de notre société qui se joue en ce moment : la liberté d’expression.

Au vu de la réaction des démocraties modernes, il devient clair que nous sommes à un point charnier de contre conception libérale de la société. Regardez la réaction du chantre de la liberté et de son apôtre le plus emblématique : M. Obama. Ce dernier s’était engagé lors de sa campagne à se mettre au service de la transparence, à prôner a régulation du secret et des mensonges. Et le voilà aujourd’hui à la tête de la nation la plus hostile à Wikileaks et son idéal de vérité. Regardez a France, nation des droits de l’Homme et donneuse de leçon en chef. Aujourd’hui, elle passe une législation qui pourrait clairement porter préjudice à la liberté d’expression en permettant la rédaction de listes noires de censure qui seraient envoyées aux serveurs pour interdire l’accès des internautes à certains sites internet. La censure… Justifiée par des impératifs de sécurité et de lutte contre la cybercriminalité, bien entendu. Mais la censure… Ce symbole du totalitarisme, le meilleur ennemi de la démocratie, la gangrène chinoise… Nous y voilà. Même les sociétés Paypal, Visa ou Amazon, fer de lance du libéralisme économique, s’y mettent.

Là où j’éprouve un peu de difficulté à comprendre, c’est tout simplement pourquoi? Pourquoi vouloir censurer internet alors que c’est une œuvre totalement impossible? Pourquoi ne pas attendre un faux pas de « l’ennemi » plutôt que de le transformer en martyr? Nos gouvernements se sont pourtant déjà cassés les dents en tentant d’interdire le téléchargement illégal. Personne ne peut contrôler les flux et leur contenu. L’internet est une hydre adulée et vitale à notre société. Pourquoi lui essayer de lui couper la tête plutôt que de la chérir avant qu’elle en se transforme en monstre?

Bref. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle période. A la croisée des chemins. L’un est celui de la peur et de la domination, le sentier de la régression. L’autre est celui d’une nouvelle forme de lutte des classes, la réintrégration de la société civile dans le processus de gouvernement et d’information, la revanche de l’individu sur le mensonge dont le gave la société. J’ai bien parlé de lutte des classes. En politique, et plus généralement dans tout ce qui touche à l’information et les relations entre États et entre sociétés, existait depuis longtemps et de façon larvé une dualité, une division entre ceux qui savent et ont le pouvoir, et les ignorants. Loin de tout jugement de valeur, j’évoque juste ici l’existence d’une classe dirigeante qui « sait » et fait en sorte d’être la seule à le savoir, et une classe dirigée qui ignore et au fond, préfère ne pas vraiment savoir. Voilà ce que révèle aujourd’hui au grand jour Wikileaks. Peut-être certains en avaient ils la conviction, ou le sentaient-ils intuitivement, mais aujourd’hui, c’est tout un système qui est mis à nu et qui implose.

Je n’essaie pas de faire un appel à la résistance. Mais je suis persuadé que beaucoup de choses se jouent ici. Une liberté fondamentale est clairement assaillie, le mensonge déversé en flot ininterrompu, et l’État de droit, fondement de notre confiance en notre modèle, semble à un pas de basculer. Une guerre est en train de s’amorcer. Si vous n’aimez pas ce terme, préférez lui le mot « lutte ». Mais ne me prenez pas pour un exalté, la réalité est bien là. Depuis quelques jour son assiste à l’entrée en conflit à proprement parlé de deux factions : les États contre les hackers. Le journal danois Information titrait cette semaine « la première guerre du Net est déclarée ». Et ce n’était pas une blague. La cyberguerre n’est plus un concept fantasmagorique, mais bien un fait. Tous les sites qui ont porté atteinte à Wikileaks ont été attaqué et assaillis par une horde de hackers.

Le pionner d’Internet, John Perry Barlow (et célèbre auteur de la déclaration d’indépendance d’Internet) écrivait sur twitter : « La première guerre de l’information a maintenant commencé. Wikileaks est le champs de bataille. Vous en êtes les troupes ». Des propos à ne pas sous-estimer.

Ne faisons pas de catastrophisme. Mais il serait irresponsable de ne pas rester alerte. Quelle ironie. Quelle ironie de voir qu’aujourd’hui, les plus ardents défenseurs de notre liberté ne sont ni nos représentants, ni nos gouvernements, ni nos intellectuels, mais bien des « hors-la-loi » anonymes. Alors voilà. Peu importe les conséquences de ces révélations. Peu importe leur portée. Peu importe leur légalité. Ce qui prévaut aujourd’hui, pour moi, c’est la défense de cette liberté si fondamentale qu’on en oublierait presque son existence, ou l’existence que nous aurions sans elle.

Allons, chers lecteurs. Ne déprimez pas. Ecoutons ensemble un morceau dont les lyrics me rappellent étrangement certains thèmes évoqués ici.

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Pas de culture pour moi aujourd’hui, juste l’étude d’un phénomène sociologique étrange. On dit souvent (du moins, j’entends plus que souvent…) que les femmes n’ont aucun problème à se trouver un homme, pour une raison étrange, sans doute est-ce parce que nous autres, représentantes du sexe fort, nous faisons plus facilement offrir des verres que vous autres, représentants de la race exploitée. Anyway. On dit également souvent que les femmes sont des créatures frileuses. Et on m’achève en me parlant d’amour du printemps. L’une de ces rumeurs n’a absolument rien compris au sens pratique d’une femme… Et c’est la dernière! La saison des amours, c’est celle où il commence à faire bien trop froid dans son lit pour tolérer d’y dormir seul(e).

Soyons logique trente secondes : en hiver il fait froid, les nuits sont longues, ça glisse par terre, on sort beaucoup moins que tout le reste de l’année et, en plus, on se tape toutes les fêtes de famille avec l’éternelle question qui nous fait tous chier : « alors, les amours, ça va? ». Bah ouais. C’est à dire qu’on est quand même tous suffisamment sensés pour avoir capté qu’être en couple au printemps ne présente jamais que des avantages affectifs et sexuels (on va quand même laisser ça au couple, c’est confortable) mais, quand l’hiver arrive, le couple ça devient carrément un concept fonctionnel. Eh ouais.

Le résultat d’une mise en couple? Déjà, facture de chauffage moins élevée, d’une part. Pareil pour les frais médicaux : moins froid, moins de rhume! La dépression est écartée du fait d’une plus grande dose d’endorphine due à l’acte sexuel. Moins de dispute avec sa famille. Moins de prise de risque (dans la rue en glissant et dans la nuit en se promenant seule) au quotidien. Définitivement presque que des avantages. Presque… Bref. On ne reviendra pas sur mon côté handicapée sentimentale de base mais toujours est-il que cette explication quasi scientifique se tient au quotidien, se retrouve dans votre (/mon) entourage et que – au final – il serait peut-être temps de vous faire à l’idée que si vous voulez vous amouracher, c’est le moment… Parce que je ne pense pas être la seule à avoir un nombre incroyable de potes nés entre fin août et début novembre… Avec un peu de recul, neuf mois plus tôt, on tombe quand même en plein hiver. Eh ouais, dure réalité de la vie quand tu nous tiens. Je me suis même laissée prendre au piège, c’est vous dire.

Mes amis, la semaine dernière, jeudi soir, j’ai vécu une expérience hors du commun : je suis passée de l’autre côté du miroir – ou devrais-je dire de l’écran… Je n’étais plus à Nancy, non, loin de là, j’étais quelque part plusieurs années auparavant dans un studio holywoodien, sur le plateau de tournage d’A tombeau ouvert, un film de Martin Scorcese où Nicholas Cage joue le rôle d’un ambulancier new-yorkais, dépressif, alcoolique et complètement psychotique. Destruction, distraction! Et même que c’est même pas de moi.

Imaginez-vous un hôpital en centre ville, un soir de neige aux températures juste indécentes. Imaginez-vous en train de chercher l’entrée pour aller aux urgences avec une amie au bord de l’inconscience tant elle a des vertiges. Une paire de talons, du verglas par terre, le vent…. Et puis ce putain de froid mortifaire de merde que tu sais qu’il finira bien par t’avoir si tu ne trouves pas rapidement l’entrée de ce putain de service d’urgences. Le temps passe. L’entrée des urgences se profile au loin, délire incertain parmi les flocons grisâtres d’une ville qui n’aime pas le blanc, et vous vous approchez doucement, dans l’espoir d’une aide qui ne viendra peut-être pas aussi spontanément que vous auriez pu le croire voire – pire – l’espérer. Le passage au bureau administratif vous permettra d’observer d’un œil perplexe la sélection des niveaux d’urgence : un diagnostic oral et une prise de température, tout ce qu’il vous faudra pour signer pour une heure d’attente avec une malade dans une salle mal chauffée, pauvrement meublée et bien triste. Le temps passe, encore. Au bout d’une heure (et demie) et une demi douzaine de cafés plus tard, une infirmière viendra appeler votre amie et vous vous retrouverez à attendre autre chose… Non pas les soins mais le diagnostic… Non pas le médecin mais la réponse à la question accompagnée, de préférence, de la solution au problème. Vous vous illusionnerez, sans en avoir encore conscience. La malade préservée et en plein examen, c’est l’absurde qui viendra vous chercher…

Au Noé du tombeau ouvert, la pseudo réalité névrosée qui nous a cueillis mon comparse et moi a substitué un Benjamin en grande forme. Benjamin s’est présenté à nous de la façon la plus absurde qui soit, sexe à l’air, urinant en plein milieu de la salle d’attente. Puis il a animé le reste de la nuit appelant « Hélène » qui n’arrêtait pas de lui rétorquer – et on la comprend – « Benjamin ça suffit, tu te calmes maintenant! ». Dans À tombeaux ouverts, c’est l’équivalent du célèbre « Noé, si tu continues, je ne te tue pas! »… mais on ne peut pas demander aux urgences nancéiennes d’avoir autant la classe qu’une production américaine versant dans le noir, le cynique et l’absurde. Mais si ce n’était que ça, je n’aurais rien à rajouter. Eh oui. S’en suit le passage d’un gendarme, puis d’un homme, puis d’un autre gendarme. Un rapide coup d’œil jeté à l’arrache sur le carrelage dégueulasse de l’endroit me permet à peine d’entrevoir la réalité de la chose, à savoir des entraves aux chevilles du civil… Je ne vous donne pas les détails, vous avez très certainement compris. Alors que nous attendons – toujours – des nouvelles de notre malade, un homme entre dans la salle d’attente en mode wesh wesh « ta pa une klop steuplé ta vu j’s8 en stress fo k’j’fume ». Euh. Oui. Mais non. « nan mé zyva ta pa une klop sa race? ». Euh. Bah. Toujours pas…

Tandis que mon courageux compagnon de galère (et chauffeur de luxe) continuait de braver l’univers absurde de la salle d’attente, j’ai été appelée pour tenir compagnie à notre malade qui attendait de savoir si – oui ou non – il y avait des trucs dans sa tête. Et le temps passe, passe… Et passe. Le temps passe, encore… Et encore. Bon, il arrive quand ce scanner? Le temps passe, toujours, et emporte avec lui d’éternelles secondes d’une jeunesse qui s’évapore dans une impatience aux relents d’effroi. Rien ne va. L’hôpital se fout de la charité et t’achève, installant dans la même pièce que mon amie une arrière-arrière-arrière-[…]-arrière-grand-mère en fin de vie, un truc tout rachitique, couvert de bleus, ne pouvant respirer sans son apport particulier d’oxygène, une voix tremblante, des larmes… la totale. Et toute personne se rappelle à ce moment-là qu’il est bon d’être jeune. Oh oui. Escapades cafés/clopes en masse vers la salle d’attente, tant pour fuir les urgences que pour vérifier que le bisounours de la bande survie de l’autre côté du « sas » (de la porte, quoi). Et le temps passe. Encore. Au bout d’un certain temps, des ambulanciers arrivent pour chercher l’urgence et l’emmène passer son scanner. Alors que je suis gentiment affalée sur mon compagnon de galère en mode micro sieste et repos, une infirmière débarque pour nous proposer d’éteindre la lumière voire de nous rapporter des couvertures. Pour un peu, on se serait fait border…

Retour du scanner, attente du diagnostic. Attente encore. Attente toujours. Ponction lombaire ou pas? Ou pas. Et retour à la maison, non sans avoir vaguement remarqué que le wesh-wesh-klope s’est fait embarquer par les flics à force d’excitation absurdo-burlesque.

Le temps a passé, on a survécu… Je crois que mon regard sur le fil(m) conducteur de ce ramassis d’humanité en putréfaction a changé, pour toujours. Les urgences sont immuables.

Ma coblogueuse s’est massacrée l’épaule. Oui, c’est une excuse pour ne pas avoir posté ces derniers temps. Est-ce que ça m’a laissé le temps d’imaginer un nouveau sujet hyper intéressant qui a pu mûrir tranquillement dans mon esprit? Pas vraiment… Je suis incorrigible. Tout le monde vous le dira. Du coup, je vais faire preuve d’une remarquable créativité et originalité : parlons de Wikileaks.

Je pense que chacun aura entendu parlé de ce site? Difficile d’y échapper tant la polémique emplit nos journaux. Il y a de quoi vous me direz. Au final, le débat se résume en trois hypothèses plutôt simples à visualiser : pour les uns, Julian Assange est un crétin irresponsable, pour d’autres c’est un criminel, et pour ceux qui restent, il est le grand gourou de la liberté d’expression, l’apôtre de la vérité. Étudions ces trois hypothèses.

Oui, Julian est un irresponsable. Difficile à dire si l’on parle de courage ou de témérité. Non seulement notre ami est en train de se faire crucifier sur l’autel de la rancune, mais en plus son action pourrait avoir des conséquences plutôt imprévisibles et périlleuses. Alors bien sûr, quand on nous annonce que les ambassadeurs ont un certain goût pour l’espionnage, que le diplomate américain peut pas se payer la tête d’un Sarko autoritaire, ou que Angela Merkel ferait preuve d’un manque de créativité évident (ce qui paraît assez étonnant au vu des résultats plus que positifs que l’Allemagne est en train d’enregistrer comparé au reste de l’Europe), on est pas dans le sensas, dans l’incroyable ou dans la désillusion. Y faudrait vraiment être crétin pour tomber des nues sur ce genre de « révélations ». En revanche, lorsqu’on apprend que certains pays arabes (pour ne pas citer l’Arabie Saoudite) ont demandé aux américains d’envisager le bombardement (nucléaire?) de l’Iran, soutenant l’impérieuse nécessité de « couper la tête du serpent »), on est en droit de s’interroger sur les conséquences politiques de telles révélations. Il est inutile de préciser que les pays arabes ne s’étaient jamais officiellement prononcé en ce sens. Tout cela est d’autant plus inquiétant lorsqu’on constate que certains journalistes israéliens se servent de ces faits nouveaux pour justifier leurs positions belliqueuses et en tirer la triste conclusion que personne ne leur en voudrait s’ils décidaient d’user de frappes nucléaires tactiques sur le territoire iranien.

De même, les révélations concernant le peu d’enthousiasme que montrent en coulisse les responsables chinois à l’égard de leur voisin nord-coréen mettent légèrement en péril l’axe sino-coréen. Rappelons que la Chine est le seul pays à entretenir des relations diplomatiques stables avec cette dictature fanatique détentrice de l’arme nucléaire, qui (soit dit en passant) vient juste de provoquer son voisin du sud en bombardant son territoire.

Sans oublier que la conséquence directe d’une action révélant publiquement des secrets d’États sera de rendre ces secrets encore plus secrets. Ok pour donner un coup de pied dans la fourmilière, mais je doute de l’utilité pratique à long terme.

Julian Assange un criminel? Il est traité comme tel. Pour le moment, aucun État n’a cependant apporté la preuve qu’effectivement le méchant Julian ait violé une quelconque loi. En attendant, ses hébergeurs réseaux le lâchent, il est traqué comme un chien enragé, et même Paypal (qui appartient au groupe E-bay) vient de lui fermé l’accès à son service qui constituait le moyen de financement principal de son site. Mais étrangement, histoire de s’attaquer non aux faits mais à la source du scandale, une « sombre histoire de viol » (dixit David Pujadas, France 2) vient ternir l’image angélique de notre élu. Plus étrangement encore, le dossier qui avait été clos par la justice suédoise a été réouvert. A ceux qui kiffent la théorie du complot d’en juger. Personnellement, je trouve ca typiquement américain. Tout dans la finesse et la loyauté. Vous vous direz sûrement que je fantasme.

Et puis Julian Assange, apôtre de la liberté d’expression? Une chose est sûre, cette affaire ouvre une nouvelle ère tant pour la diplomatie que pour les médias d’information. Rien qu’à voir le flux continu d’informations et d’articles à ce sujet sur le net et dans la Presse, on sent que c’est quelque chose de gros. La date du 28 novembre 2010 restera sûrement dans les annales. Maintenant, la liberté d’expression c’est bien joli, mais ne serait-ce pas un peu naïf de croire que tout peut être dit? Si certaines choses sont « secrètes », ce n’est pas seulement pour satisfaire le fantasme de puissance de nos dirigeants. Ça vous fait pas peur vous une « société de la transparence absolue »? Après tout, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Anyway, l’avenir décidera de qui a eu raison dans son jugement sur cet homme et son action. Espérons que ces câbles ne soient pas utilisés afin d’étrangler et d’asphyxier notre monde déjà mal en point.

 

 

J’ai commencé mon dernier article par « Parlons peinture ». Je commencerais donc celui-ci par parlons ciné. Je sais, manque flagrant d’originalité. Mais c’est toujours dur de commencer un article. D’autant plus dur que quand vous regardez par la fenêtre, vous ne voyez que pluie, neige et brouillard. Je m’égare.

Je ne suis pas très cinéma français. Je kiffes plutôt les réalisateurs outre-atlantiques, et puis tous ceux provenant de cultures plus ou mois inconnues de ma contrée natale (asiatiques notamment). N’empêche que j’ai aimé De battre mon cœur s’est arrêté, Le premier jour du reste de ta vie, L’auberge Espagnole et autres classiques générationnels. Mais je me suis laissé tenté. Je suis donc allé voir L’homme qui voulait vivre sa vie. Et là, grosse claque.

Paul Exben a tout pour être heureux : une belle situation professionnelle, une femme et deux enfants magnifiques. Sauf que cette vie n’est pas celle dont il rêvait. Un coup de folie va faire basculer son existence, l’amenant à endosser une nouvelle identité qui va lui permettre de vivre sa vie. Voilà pour le synopsis. Réalisé par Eric Lartigau (réalisateur de Prête-moi ta main), ce film se veut l’adaptation du roman de Douglas Kennedy, romancier américain, apôtre de l’anti-puritanisme américain. Le premier choc est très certainement la qualité du jeu de Romain Duris. Je ne contesterai certainement pas que Roman Duris était déjà avant ce film un acteur brillant et prometteur. Mais là… Un jeu superbement sensible qui lui colle à la peau, un équilibre dans les émotions qui ne les rend que plus réalistes, cet acteur au torse poilu semble habité par ses deux personnages : avocat talentueux et parigo mal dans sa peau, mais aussi photographe de génie.

Si la réalisation est d’une qualité indéniable, c’est surtout le scénario qui aura retenu l’attention du spectateur, renvoyant à de nombreuses thématiques humaines et toute leur complexité et leurs contradictions. Dans cette société ultra-matérialiste, peut on vivre sa passion? Peut-on tout abandonner pour suivre la voix de notre coeur? A-t-on le droit à une deuxième chance?

Mais l’auteur va plus loin encore, explorant le rapport entre l’artiste et l’art, entre la reconnaissance et la célébrité, entre l’homme et sa conscience.

Poussé dans ses derniers retranchements, de quoi un homme est-il capable? Alors que notre héros fuit l’épisode macabre où il tue par accident l’amant de sa femme, faisant disparaître le corps, usurpant l’identité du rival puis mettant en scène à sa propre mort, le passé lui revient en pleine figure, hantise qu’il ne peut noyer que dans l’alcool et dans la soif inextinguible de ses retrouvailles avec l’art. Il y croyait pourtant à cette seconde chance, cette résurrection dans la peau de l’être qu’il avait toujours voulu être, dans la peau d’un homme nouveau qui voulait simplement vivre sa vie.

Mais la vie n’est pas toujours bien faite. Ou alors elle l’est trop bien, mais en devient cruelle. Peut-être que ce qu’il faut retenir de ce film, c’est qu’il ne faut pas rater le coche. Le train ne sifflera pas trois fois, mais bien qu’une seule. Quand on le rate ou qu’on se trompe de wagon, c’est pour la vie. Tout est question de choix, ou de courage pour faire ceux qui ne s’imposent pas nécessairement comme les plus raisonnables. La grandeur n’est alors plus dans l’expression de ses qualités mais dans l’expression de sa nature profonde. L’homme naît libre, puis il construit sa prison. Ce dont notre artiste n’avait pas conscience, c’est qu’en quittant dans le sang et la mort la prison bourgeoise qu’il s’était érigée, il jetait déjà les clefs de son nouveau cachot, celui d’une existence de fuite et de mensonge.

Au fond, ce film est à la fois optimiste et fataliste. Optimiste car l’homme peut se retrouver, peut aller au bout de ses rêves et réussir, car la vie accepte parfois de lui donner une nouvelle chance. Fataliste car le combat intérieur et les doutes de tout homme l’aveugle et obscurcissent sa lucidité. Fataliste car la vie l’a doté de nombreuse faiblesses et de peu de courage.

Pour poser un petit bémol à cette œuvre en guise de conclusion : la chute. Je ne peux pas vous la révéler, bien entendu. Mais sachez qu’elle est à l’image de l’existence : contradictoire, insatisfaisante, déprimante mais aussi porteuse d’espoir.

Cela fait longtemps que nous n’avons pas parlé sérieusement, nous… Alors soyons sérieux. Je suis une débauchée, une décadente, une hédoniste, une épicurienne. J’aime l’alcool, j’aime le tabac, j’aime le sexe et je ne m’en cache pas. Née au XIX°, j’aurais fait un poète d’enfer, une vraie romantique, peut-être même une pote de Charles Baudelaire. Ça m’aurait plu. Ou pas. Allez savoir. Toujours est-il, mes amis, que la décadence a son propre biographe et elle n’a choisi pas moins que Monsieur Oscar Wilde pour faire son éloge et raconter son histoire. Vous vous y attendiez, je sais.

Oscar Wilde n’a fait qu’une erreur dans sa vie, une vraie, et c’est d’être né à Dublin. Monsieur est irlandais. Né en 1854, il a illuminé de son génie et de sa grandeur un demi siècle qui n’attendait que lui… Pour s’éteindre en 1900 dans les bras de la belle Lutèce. De sa vie, on ne retiendra pas grand chose… Sinon qu’il était homosexuel et qu’il l’affichait. Oscar Wilde se fera particulièrement connaître à partir de 1891 et du scandale de Queensberry… Quand il s’amouracha d’un jeune Lord et entreprit d’afficher à la face du monde toute la délicieuse décadence dont il était capable. En découlera un procès, une condamnation et l’excellent « La ballade de la geôle de Reading », poème écrit à sa libération relatant les derniers instants d’un condamné à mort.

Oscar Wilde, c’est « Le portrait de Dorian Gray », la culture de l’opium et du beau, du laid, de l’immoral. Oscar Wilde, c’est « Ravenne », « Une femme sans importance », « De profundis », « Un mari idéal », « Le crime de Lord Arthur Savile » et j’en passe. Oscar Wilde romancier, Oscar dramaturge, Monsieur Wilde poète… Une plume, un style, construit dans la finesse et l’architecture, un niveau de langue délicat abattu à coups d’images et d’idées titanesques, désabusées, cyniques, décadentes, parfois même dégueulasses. Oscar Wilde, vérité, Oscar Wilde, mensonge, perdu dans ses illusions il arrive que le lecteur ne sache plus vraiment s’il est au paradis ou en enfer.

Et puis Oscar Wilde c’est la légende urbaine d’un style de vie bien particulier… « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est encore d’y céder », épicurisme outrancier mais tellement revendiqué par notre jeunesse dorée, désabusée et excessive. « Définir, c’est limiter », cultiver l’excès et l’exposer. « Il me semble parfois que Dieu, en créant l’homme, ait quelque peu surestimé ses capacités », acidité ambiante et effrayante. Oscar Wilde, il faut le dire, c’est surtout une grande gueule. Mais une grande gueule qui avait la classe et qui était plus que reconnue en tant que telle… Et une fois sorti de ces simples considérations biographiques, il ne faut pas oublier que Monsieur était avant tout un genre, une langue, des mots, des idées, des images… 

The Ballad Of Reading Gaol.
(My favorite quote)

Yet each man kills the thing he loves 
By each let this be heard, 
Some do it with a bitter look, 
Some with a flattering word, 
The coward does it with a kiss, 
The brave man with a sword!

Some kill their love when they are young, 
And some when they are old; 
Some strangle with the hands of Lust, 
Some with the hands of Gold: 
The kindest use a knife, because 
The dead so soon grow cold.

Some love too little, some too long, 
Some sell, and others buy; 
Some do the deed with many tears, 
And some without a sigh: 
For each man kills the thing he loves, 
Yet each man does not die.

Traduction.
La Ballade de la geôle de Reading
(Passage préféré de ma petite personne, aussi arbitraire cela soit-il)

Pourtant chacun tue ce qu’il aime,
Salut à tout bon entendeur.
Certains le tuent d’un oeil amer,
Certains avec un mot flatteur.
Le lâche se sert d’un baiser,
Et d’une épée l’homme d’honneur.
Certains le tuent quand ils sont jeunes,
Certains à l’âge de la mort,
L’un avec les mains du Désir,
Et l’autre avec les mains de l’Or.
Le plus humain prend un couteau :
Sitôt le froid gagne le corps.
Amour trop bref, amour trop long,
On achète, on vend son désir.
Certains le tuent avec des larmes
Et d’autres sans même un soupir.
Car si chacun tue ce qu’il aime,
Chacun n’a pas à en mourir.

En espérant vous avoir quelque peu inspirés, je m’en vais relire cette œuvre en entier…

Parlons un peu peinture. Y en a marre des articles socio-politiques. Et puis notre vie et nos états d’âme ne sont passionnants. Quoi que j’aurais bien quelques anecdotes d’étudiant bourré… Bref. Peinture je disais. J’ai des goûts assez brouillons. J’ai un peu de mal à me rattacher à un mouvement ou un genre. A vrai dire, il n’y a qu’une valeur sûre chez moi : l’encre. C’est mon faible. Alors je vais vous parler de deux découvertes récentes qui m’ont vraiment intéressé et touché. Les deux peintres sont étrangers mais ont vécu en France. L’un est arabe, l’autre est chinois. Leur technique est différente mais leur support est sensiblement le même. L’un peint des paysages, l’autre des calligraphies. Leurs pinceaux expriment l’univers, le tout, l’émotion à l’état brut loin de l’art conceptuel ou réaliste.

 

Je commencerais par Hassan Massoudy. Né en 44 à Najef, ville du sud de l’Irak, il s’exile en France en 1969 où il intègrera l’école des Beaux-Arts de Paris. Là, il fait de la peinture figurative. Il n’abandonne néanmoins pas la calligraphie, elle lui sert à financer ses études en réalisant des titres pour des revues arabes. Petit à petit, la calligraphie va s’infiltrer dans sa peinture figurative, pour, à la fin, prendre sa place et la faire disparaître (dixit wikipédia). Mis à part des collections de calligraphies sur grand format qui forment ses plus belles œuvres, il illustre de nombreux recueils (notamment Gilgamesh, une vraie merveille) et participera ou sera le créateur de plusieurs spectacles (Arabesque, Métaphore…).

Que dire de son œuvre… De l’esthétisme à l’état pur. Même le novice qui ne connaît rien à l’écriture arabe peut se sentir touché par ses travaux. Se détachant du noir et blanc traditionnellement consacré par les calligraphes arabes, il s’évade et imprègne ses peintures de couleurs vectrices d’émotions. Ses traits sont francs, recherchent l’instantanéité et le dynamisme, toujours portés par le mouvement et le flux de la vie. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux cultures, l’histoire d’un artiste, d’un philosophe qui cherche son expression dans le métissage.

 

Le second se nomme He Yifu. Artiste chinois né en 1952 à Kunming, il décède en 2008 des suites d’une maladie. Élève de l’Institut des Beaux-Arts de Pékin, il enseigne à l’Institut des Beaux-Arts du Yunnan la calligraphie et la peinture chinoise traditionnelle. Il aime aussi la France où il expose depuis plusieurs années. Tombé sous le charme de la Bretagne, il en offre des peintures surprenantes. C’est ici, à Grenoble, que je l’ai découvert. Il est actuellement exposé au Musée de l’Ancien Évêché où ses œuvres réalisées dans les Alpes ont été rassemblées. Et voici le coup de force de He Yifu : il est parvenu à faire redécouvrir à un grenoblois les Alpes qu’il contemple pourtant chaque jour. C’est l’histoire d’un chinois et de son art parcourant les montagnes, dessinant les fleuves et les montagnes, en été comme en hiver, leurs gorges étroites et leurs ravins défoncés, le dégel et la naissance des premiers fruits, la brume mystérieuse qui les enrobe et les masque parfois. S’en tenant parfois à un certain réalisme, il n’hésite cependant pas à user de couleurs irréelles, puissantes et belles. Dans la pure tradition chinoise, le peintre se détache du décor, du réel, pour peindre le Qi, l’essence de l’univers, le flux traversant toute chose. Un voyage puissant et imprégné de quelque chose de grand. Un voyage inachevé malheureusement.