Ecran


J’ai commencé mon dernier article par « Parlons peinture ». Je commencerais donc celui-ci par parlons ciné. Je sais, manque flagrant d’originalité. Mais c’est toujours dur de commencer un article. D’autant plus dur que quand vous regardez par la fenêtre, vous ne voyez que pluie, neige et brouillard. Je m’égare.

Je ne suis pas très cinéma français. Je kiffes plutôt les réalisateurs outre-atlantiques, et puis tous ceux provenant de cultures plus ou mois inconnues de ma contrée natale (asiatiques notamment). N’empêche que j’ai aimé De battre mon cœur s’est arrêté, Le premier jour du reste de ta vie, L’auberge Espagnole et autres classiques générationnels. Mais je me suis laissé tenté. Je suis donc allé voir L’homme qui voulait vivre sa vie. Et là, grosse claque.

Paul Exben a tout pour être heureux : une belle situation professionnelle, une femme et deux enfants magnifiques. Sauf que cette vie n’est pas celle dont il rêvait. Un coup de folie va faire basculer son existence, l’amenant à endosser une nouvelle identité qui va lui permettre de vivre sa vie. Voilà pour le synopsis. Réalisé par Eric Lartigau (réalisateur de Prête-moi ta main), ce film se veut l’adaptation du roman de Douglas Kennedy, romancier américain, apôtre de l’anti-puritanisme américain. Le premier choc est très certainement la qualité du jeu de Romain Duris. Je ne contesterai certainement pas que Roman Duris était déjà avant ce film un acteur brillant et prometteur. Mais là… Un jeu superbement sensible qui lui colle à la peau, un équilibre dans les émotions qui ne les rend que plus réalistes, cet acteur au torse poilu semble habité par ses deux personnages : avocat talentueux et parigo mal dans sa peau, mais aussi photographe de génie.

Si la réalisation est d’une qualité indéniable, c’est surtout le scénario qui aura retenu l’attention du spectateur, renvoyant à de nombreuses thématiques humaines et toute leur complexité et leurs contradictions. Dans cette société ultra-matérialiste, peut on vivre sa passion? Peut-on tout abandonner pour suivre la voix de notre coeur? A-t-on le droit à une deuxième chance?

Mais l’auteur va plus loin encore, explorant le rapport entre l’artiste et l’art, entre la reconnaissance et la célébrité, entre l’homme et sa conscience.

Poussé dans ses derniers retranchements, de quoi un homme est-il capable? Alors que notre héros fuit l’épisode macabre où il tue par accident l’amant de sa femme, faisant disparaître le corps, usurpant l’identité du rival puis mettant en scène à sa propre mort, le passé lui revient en pleine figure, hantise qu’il ne peut noyer que dans l’alcool et dans la soif inextinguible de ses retrouvailles avec l’art. Il y croyait pourtant à cette seconde chance, cette résurrection dans la peau de l’être qu’il avait toujours voulu être, dans la peau d’un homme nouveau qui voulait simplement vivre sa vie.

Mais la vie n’est pas toujours bien faite. Ou alors elle l’est trop bien, mais en devient cruelle. Peut-être que ce qu’il faut retenir de ce film, c’est qu’il ne faut pas rater le coche. Le train ne sifflera pas trois fois, mais bien qu’une seule. Quand on le rate ou qu’on se trompe de wagon, c’est pour la vie. Tout est question de choix, ou de courage pour faire ceux qui ne s’imposent pas nécessairement comme les plus raisonnables. La grandeur n’est alors plus dans l’expression de ses qualités mais dans l’expression de sa nature profonde. L’homme naît libre, puis il construit sa prison. Ce dont notre artiste n’avait pas conscience, c’est qu’en quittant dans le sang et la mort la prison bourgeoise qu’il s’était érigée, il jetait déjà les clefs de son nouveau cachot, celui d’une existence de fuite et de mensonge.

Au fond, ce film est à la fois optimiste et fataliste. Optimiste car l’homme peut se retrouver, peut aller au bout de ses rêves et réussir, car la vie accepte parfois de lui donner une nouvelle chance. Fataliste car le combat intérieur et les doutes de tout homme l’aveugle et obscurcissent sa lucidité. Fataliste car la vie l’a doté de nombreuse faiblesses et de peu de courage.

Pour poser un petit bémol à cette œuvre en guise de conclusion : la chute. Je ne peux pas vous la révéler, bien entendu. Mais sachez qu’elle est à l’image de l’existence : contradictoire, insatisfaisante, déprimante mais aussi porteuse d’espoir.

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Me revoilà. Ne perdons pas de temps en excuses. Disons que ce break a eu pour effet de renforcer notre motivation et notre zèle. C’est aussi la conséquence logique pour ma part d’une phase larvaire de grande intensité, d’une semaine passée à manger du saucisson sur mon canapé en regardant Heroes. Oui, Heroes. Cette série pour ados impuissants au scénario aussi bancale que dépourvu d’originalité. Les 50 et quelques heures des 4 saisons en une semaine… C’est une honte, je vous l’accorde. Du coup, je ne vais pas tarder à bifurquer sur une série qui présente un intérêt bien supérieur : The Big Bang Theory. Quoi? Une série de geek? Merde…

Peu 1porte (classe non?). Je me suis repris en main, tenté de me re-sociabiliser un minimum, donné un peu d’air et d’intérêt à mon train de vie routinier. Du coup, direction ciné. Seule et unique destination source d’inspiration et d’épanouissement à portée culturelle. Ouais. Mais qu’aller voir? Pas envie de religion, de fanatisme et de théo-rhétorique. Au diable des Hommes et des Dieux. La Palme d’Or de Cannes n’est plus diffusée. Snif. The Social Network… Merde quoi. On passe si peu de temps sur facebook que ça mérite d’en plus en faire un film? Le dernier Woody… Trop de mauvais retours, je préfère continuer à vivre dans mon monde merveilleux où Mr. Allen est Dieu. Mais mince, rien ne m’attire décidément… Ah si! Le dernier Inarritu bien sur! Ne vous ai-je jamais dit que j’étais un grand fan?

Donc. Biutiful. « C’est l’histoire d’un homme en chute libre. Sensible aux esprits, Uxbal, père de deux enfants, sent que la mort rôde. Confronté à un quotidien corrompu et à un destin contraire, il se bat pour pardonner, pour aimer, pour toujours… » dixit allociné. En gros, Uxbal est un enfoiré. Il baigne dans les magouilles, entretient des pauvres africains dans le commerce illégal de rue, cautionne l’exploitation de pauvres chinois par des compatriotes sans scrupules et distribue des pots-de-vin à tours de bras. Ce qui ne l’empêche pas de vivre dans un taudis et de donner à ses gosses une pitance on ne peut plus basique. Mais au fond, Uxbal a bon fond. Surtout quand il apprend qu’il va mourir d’un cancer. Ce qui fait de lui un lâche. Mais peu importe, car après tout, Uxbal est profondément humain, donc paradoxal, double et faible. Il cherche la rédemption, s’inquiète pour sa famille et son devenir après son trépas, et va même jusqu’à aider les personnes qu’il exploitait autrefois.

Voyez, sur le papier, le scénario est un peu bancal. Disons qu’il peut aisément sombrer dans un pathos déprimant ou bien sublimer le tragique destin d’un homme lambda, d’un « monsieur tout-le-monde » sans excès de morale et d’avilissement. Heureusement pour le spectateur, Alejandro Gonzalez Inarritu est un grand réalisateur et Javier Bardem un grand acteur. Immense même. A vrai dire, on doit la grande qualité de ce film essentiellement à ce dernier qui confirme une fois encore son incroyable talent et la variété de son jeu. Personne n’aurait mieux incarné la déchéance de cette homme fort, ce taureau parfois amoral, cet être sensible mais inaccessible. Transcendant la simple et traditionnelle descente aux enfers, il porte la complexité et l’intensité de l’âme humaine à un paroxysme.

En revanche, il est plus difficile de donner autant de lauriers au réalisateur. Malgré une mise en scène impeccable, un rythme parfaitement maitrisé laissant de l’espace pour de longs plans-séquences donnant l’opportunité au jeu de Bardem de gagner en intensité sans perdre néanmoins le spectateur, une gestion parfaite des atmosphères et des symboles, malgré tous ces ingrédients d’une grande qualité, la sauce a du mal à prendre. Pourquoi? Parce que parfois c’est trop. Parce que ce film vous prend aux trippes et vous remue les viscères. Parce qu’une telle intensité dans la douleur, une telle tournure du destin semble parfois trop irréelle. Parce que parfois M. Inarritu arrête de « montrer » pour « exhiber », exhiber la tristesse, la déchéance du corps et de l’esprit, exhibant tant la couche de Uxbal, dernier rempart pour sa diginité, que ses longs jets d’urine ensanglantée, et ce jusqu’à la dernière goutte.

Oui Alejandro. Tu es un grand. Mais la pudeur n’est pas, même aujourd’hui, une pensée rétrograde. La pudeur permet la suggestion, la suggestion fait appel à l’imagination du spectateur, et cette part de mystère faisait jusqu’à maintenant l’originalité et la beauté de ton cinéma. Ne t’égares pas!

Vous n’y croyiez plus et qui pourrait vous en vouloir? Je suis sincèrement désolée, il faut le dire, d’avoir abandonné le navire de la sorte. À titre d’excuse, je traverse une passe difficile en mode « non seulement je suis athée et en plus dieu me déteste », et pour cause! Voyage en Guadeloupe annulé à la veille du départ, relent de « crève, Cendar, le monde aura ta peau » et autres joyeusetés étudiantes. Mais qu’importe, peu1porte, blablabla. Je me reprends – oui, oui – et Cendar’s back. Avec un sujet d’article tout pourri, soit, mais un sujet d’article QUAND MÊME (*ovation générale dans l’hémicycle* je vous expliquerais ultérieurement). Bref : on n’est pas mort, désolée.

Sur ce, Lecteurs, passons aux choses sérieuses. Vous vous doutez bien que dans ma période dépressive, j’ai fait quelques trucs qui ne me ressemblent pas vraiment comme sécher les cours pour faire la gueule, enchaîner les soirées de façon irresponsable et – surprise – mater la blinde de films. Et quand je dis la blinde, je pèse mes mots! Ouais, ouais. Je sais. Je suis tombée bien bas…

Toujours est-il que de film de psychopathe en film de psychopathe, j’ai fini par me taper une petite réflexion sur le rôle des méchants dans l’univers cinématographique. Étant loin d’être seule dans ma tête et devant supporter une multitude de personnalités à tendances psycho-sociopathes, vous vous doutez bien que les films avec des méchants manichéens, c’est loin d’être mon trip. Sauf s’ils gagnent à la fin, évidemment. Si on exit – naturellement – mon aller direct pour le cinéma histoire de voir la dernière perle de Pixar aka Moi, Moche & Méchant (Didieeeeer!), on peut établir mes derniers acquis cinématographiques avec L’associé du Diable, 300, Pitch Black, Les Chroniques de Riddick, Immortel, Domino et c’est déjà pas mal pour une nana qui mate genre un film par mois (et encore).

Le délire dans chacun de ces films c’est qu’on s’éloigne de la dichotomie hollywoodienne classique du méchant vraiment moche et méchant et du gentil héroïque et tellement bon (souvent dans les deux sens du terme, vous le noterez). À savoir que dans 300, les héros sont comme de sacrés bourrins relativement sanguinaires (des spartiates, quoi), dans Domino on parle de chasseurs de prime (on a vu mieux niveau enfants de cœur), dans Pitch Black & les Chroniques de Riddick, on vous parle carrément d’un meurtrier moultement poursuivi (par des chasseurs de prime, d’ailleurs), dans Immortel on capte pas vraiment qui est gentil ou qui est méchant parce que même les Dieux sont des violeurs (ouais, je sais, rien d’étonnant, suffit de jeter un coup d’œil à la naissance aléatoire de Jésus dans notre culture mais tout de même, fallait oser) et – évidemment – dans l’Associé du Diable, on vous fait carrément l’apologie du Mal parce que, merde, le Diable c’est Al Pacino et c’est quand même monstrueusement la classe.

De là, une question – enfin plusieurs mais on va synthétiser – quelle est donc cette vision du méchant ou du pas méchant? C’est vrai, merde, elle est où l’époque où les films nous faisaient l’apologie du bien, que les méchants étaient fondamentalement méchants et que – en plus – ils perdaient? Le monde gagne en cynisme, mes amis, et ça fait du bien de le constater. Par ailleurs, force est de constater que la considération nuancée de l’être humain ne fera pas de mal à la morale. L’être humain n’est pas parfait et c’est pour ça qu’il est humain. L’être humain ne peut pas être foncièrement bon parce que sinon il devient fou (ou alors on le brûle Place de la Pucelle à Rouen, au choix). Le mal, quelque part, c’est bien. Le mal, c’est la faiblesse… Ou pas. Le côté obscur de la force – en plus d’avoir des cookies – attire parce qu’il est moins sévère que le bien. C’est plus facile de faire le mal (mais plus compliqué de le faire bien). C’est sexy d’être mauvais. Et tout devient plus simple. C’est plus humain… Plus souple. Dans le mal, on découvre des degrés, des nuances, une acceptation générale du concept (l’illégalisme toléré en est une illustration parmi tant d’autre), alors qu’être bon, c’est ne pas être mauvais. C’est tellement plus simple de se référer à un Diable qu’à un Dieu. On travaille tellement plus à être bon qu’à être mauvais. Considérer un méchant d’une façon plus détendue et plus naturelle, il faut dire que ça rend aussi l’exercice incroyablement plus crédible. Qui, de nos jours, peut avoir la prétention – dans un monde comme le nôtre – de n’aspirer qu’au bien et de n’agir qu’en regard de cette ligne de conduite? Que celui qui n’a jamais fauté me jette la première pierre. Être méchant, c’est tendance, on ne peut plus lutter. Et puis de toutes façons je serais mal placée pour affirmer le contraire : c’est tellement plus humain de ne pas être bon…

Je conclurai mon propos par deux citations de la scène finale de l’Associé du Diable parce que c’est d’un parlant très parlant.

La culpabilité, c’est un énorme sac plein de briques, tout ce que tu as à faire, c’est le poser. Pour qui tu le portes ton sac de briques ? Dis-moi Kevin. Dieu ? C’est ça ? Dieu ? Tu sais quoi ? J’vais te dévoiler une petite info exclusive au sujet de Dieu : Dieu aime regarder. C’est un farceur. Réfléchis : il accorde à l’homme les instincts, il vous fait ce cadeau extraordinaire et ensuite, qu’est-ce qu’il s’empresse de faire ? Et ça j’peux te l’jurer, pour son propre divertissement, sa propre distraction cosmique, personnelle, il établit des règles en oppositions. C’est d’un mauvais goût épouvantable… Regarde, mais surtout ne touche pas. Touche, mais surtout ne goûte pas ! Goûte, n’avale surtout pas ! Ha ha ha ! Et pendant que vous êtes tous là à sautiller d’un pied sur l’autre, lui qu’est-ce qu’il fait ? Il se fend la pêche à s’en cogner son vieux cul de cinglé au plafond. C’est un refoulé ! C’est un sadique ! C’est un proprio qu’habite même pas l’immeuble ! Vénérer un truc pareil ? Jamais !

« Je suis un humaniste! Peut-être même le dernier… »

Il fait beau, c’est bien. Je fume une roulée, c’est mieux. Mais le  meilleur, c’est que je squatte l’appart de ma coblogueuse. De même que son frigo et sa cave. Mais pour les retrouvailles, on a fait dans le soft : début de soirée ciné. Sachant que je crevais d’envie d’aller voir Inception depuis un bon moment et que je n’en trouvais pas le temps, ma mère de substitution Cendar m’a gaiement offert la place et une session cinématographique riche en émotions. Je plaçais pas mal d’espoirs dans ce film. Surtout dans DiCaprio après avoir été fortement impressionné par son jeu dans Shutter Island. J’étais aussi assez curieux de voir le nouveau bébé de Christopher Nolan qui est parvenu à nous faire du comics sauce hollywoodienne pas trop dégueu avec les deux derniers Batman.

Pour son dernier film, Nolan envoie la sauce. Acteurs de renom, french touch (Marion Cotillard), du Piaf en toile de fond, des effets spéciaux digne d’entrer dans les anales, un scénario alambiqué qui requiert toute l’attention du spectateur… De très bons ingrédients mais qui peuvent facilement tourner vinaigre. Dans un futur proche, des appareils permettent à des hommes de pénétrer les rêves des autres. Certains utilisent cette technologie à des fins illégales pour extraire et voler les secrets les plus enfouis. Plutôt original comme braquage non? Bref, notre équipe avec à sa tête un Léonardo DiCaprio au sommet de sa forme, accepte un contrat où il ne s’agira pas de voler un secret, mais de déposer une idée dans la tête de l’héritier du PDG d’un empire énergétique mourant afin que celui-ci disloque la multinationale de son père. C’est ça l’inception. Et c’est plutôt casse gueule comme thème. Mais Nolan est parvenu à créer un univers onirique et inquiétant, à donner de la profondeur au thème et à ses personnages, et assez de clarté au scénario pour que le spectateur ne soit pas paumé dans les limbes à la moitié du film.

Quelles sont les réussites de ce film? Le visuel, sans conteste. Sans avalanche d’effets inutiles, l’architecture du rêve est parfaitement pensée, les effets sont au service de l’atmosphère irréelle et inquiétante qui baigne le film. La musique composée par Hans Zimmer, lourde et puissante. Le scénario qui, à ma grande surprise, a été écrit et élaboré par Christopher Nolan pendant près de 10 ans. L’imbrication des rêves les uns dans les autres sur plusieurs niveaux qui ajoute à l’irréalité du rêve un doute sur l’existence d’une réalité unique. La grande clarté de l’histoire qui parfait pourtant terriblement nébuleuse durant les premières minutes du film. L’approche novatrice et originale de l’inconscient et de ses mécanismes qui pousse le spectateur à s’interroger sur la réalité et sur ses certitudes, puisqu’au final, les personnages vont non seulement violer l’esprit de leur victime mais vont y déposer et faire germer une idée qui n’est pas sienne selon un processus pernicieux d’autosuggestion qui amènera celle-ci à être persuadée que l’idée en question vient de lui.

Néanmoins, ce film ne sera jamais à mes yeux un chef d’œuvre pour trois raisons. D’une part pour ses scènes d’actions où l’on perçoit clairement les exigences des producteurs de la Warner Bros qui souhaite en faire un film grand public. Il y a malheureusement à mes yeux une incompatibilité entre l’onirisme et l’action brute. Le deuxième échec de Nolan est le visuel. Oui, quelques lignes plus haut je vous ai dit le contraire, je m’explique. Certes les effets sont spectaculaire et créent une ambiance originale, mais l’amateur d’art, d’onirisme et de symbolique psychologique que je suis regrette profondément le réalisme des rêves. Ils sont pour moi abstraction pure où se glissent symboles et mythe, temple des émotions brutes et de l’irréalité, mais ici, tout est trop claire, montré, pas assez ressenti. Et enfin, je suis aussi déçu par la fin. Non seulement par sa précipitation mais aussi pour son clin d’œil trop appuyé et un peu trop caricatural, sorte de copier coller de Shutter Island que je trouve un peu naïf.

Je ne voudrais pas être trop dur avec ce film qui se classe dans mon top 3 de l’année. Je salue donc la performance de Nolan et celle des acteurs, et plus particulièrement celle de DiCaprio qui a enfin prouvé qu’il avait de la profondeur et du jeu à revendre depuis que sa barbe à poussé, et celle de Marion Cotillard qui, malgré l’irritation maladive qu’elle cause chez moi pour une raison inconnue, a su jouer la folie avec un certain brio. Que de promesses futures dans ce trio.

Vous vous rendez compte que cela fait un bout de temps que j’ai pas parlé ciné? Je n’ai pas vraiment d’excuses… Disons qu’à part Inception, rien de m’a vraiment tenté. Et je l’ai toujours pas vu. Et puis niveau film (téléchargés légalement, évidemment), c’est la crise. Puis la foi m’est revenue, avant hier, devant Toy Story 3. Ne vous avisez pas de rire, les films d’animation me sont chers. Et je n’ai pas été déçu. Pas subjugué, certes, mais pas déçu. On aurait pourtant pu s’y attendre avec un énième volet d’une série culte. Rappelez-vous, Toy Story 1, un des premiers films d’animation 3D véritablement soigné, le premier pas dans l’ère numérique, la révélation Pixar… Si tout ça ne vous évoque rien, vous pouvez aussi aller vous pendre. Bref. Pour en revenir à nos moutons, la réussite de ce nouveau volet réside essentiellement dans son humour distillé avec soin, sans surenchère momentanée suivie de vides dérangeant. Chaque scène à son caractère comique, sans tomber dans le redondant ou le déjà vu, toujours simple, sans gueulardes et personnages hystériques. Et puis il ne faudrait pas oublier la merveilleuse créativité des jouets dont plus d’un vous arrachera un sourire. Pour être honnête cependant, on notera tout de même une 3D un peu gadget avec un goût de « histoire de », parce qu’un film d’animation aujourd’hui semble ne pas pouvoir se faire sans 3D. Dommage que les effets spéctaculaires de cette nouvelle technologie aient plus inspirés les créateurs des pubs Haribo et Oasis que les réalisateurs de films à gros budget.

Dans ma lancée, histoire de ne pas voir s’estomper la fièvre cinématographique qui s’est emparée de mon esprit, j’enchaine le jour suivant sur Repo Men, dont je ne préfère pas parler tant j’ai été décu par le contraste de qualité entre le début et la fin de ce film, puis sur The Blind Side. Que dire… C’est l’histoire d’une famille de bourgeois parvenus, petits clichés de l’American Dream actuel, qui prend en charge un jeune homme des banlieues, plus large que haut, mais surtout noir de peau et doué de capacités athlétiques hors du commun. Cette famille, donc, emprunte de gentillesse et de charité chrétienne (pouvant surtout se permettre de jeter l’argent par les fenêtres sans compter), permettra à Big Mike, le jeune black paumé, de se réaliser et de devenir une immense star du football américain.

En ce qui concerne le film en lui-même, un tel concentré de clichés de réussite, de ségrégation sociale et de sentiments chrétiens frise, sinon la bêtise, une naïveté rarement atteinte au cinéma. Heureusement que c’est une histoire vraie, sinon le réalisateur perdrait vraiment tout crédit. Quoi, ce n’en est pas une? Tiens? En tout cas, le traitement des personnages, des rapports humains et de la société est juste à vomir. Heureusement que Quinton Aaron, alias Big Mike (prononcez Big Mac, c’est plus fun) est là pour nous émouvoir un peu. Mais finalement, c’est Sandra Bullock, la bourgeoise, qui a obtenu un Oscar. Et un Golden Globe aussi. Pourquoi? Les jurés devaient être plus préoccupés à mater ses formes avantageuses qu’à juger réellement de sa performance scénique. Mais cela ne fait que confirmer mes soupçons, Hollywood a de la merde dans les yeux et des billets plein la bouche. Je vais finir par me mater Kirikou. C’est moins risqué pour ma santé mentale. Je vous tiens au jus.

Mes amis, je suis traumatisé. Traumatisé par une expérience de contre-culture la plus absolue. Une sorte d’assaut de la pseudo culture de masse américaine sur la culture grecque, sans humilité ni remords. Oui, hier, j’ai eu l’immense horreur de voir Le Choc des Titans. Comment décrire une telle infamie? Le synopsis y suffirait presque, en fait.

« La dernière bataille pour le pouvoir met en scène des hommes contre des rois et des rois contre des dieux. Mais la guerre entre les dieux eux-mêmes peut détruire le monde. Né d’un dieu mais élevé comme un homme, Persée ne peut sauver sa famille des griffes de Hadès, dieu vengeur du monde des Enfers. N’ayant plus rien à perdre, Persée se porte volontaire pour conduire une mission dangereuse et porter un coup fatal à Hadès avant que celui-ci ne s’empare du pouvoir de Zeus et fasse régner l’enfer sur terre. A la tête d’une troupe de guerriers courageux, Persée entreprend un périlleux voyage dans les profondeurs des mondes interdits. Luttant contre des démons impies et des bêtes redoutables, il ne survivra que s’il accepte son pouvoir en tant que dieu, qu’il défie son destin et crée sa propre destinée. »

Sentez vous les doux relents de protestantisme? Ou le culte du héros, une fois de plus. Mais trêve de mots sophistiqués, ce film est une bouse intersidérale. Limite inégalable. Elle n’a pour elle que ses effets spéciaux spectaculaires.

En tant que grand adepte de la mythologie grecque depuis l’enfance, ce film est juste une erreur, une horreur, une anomalie dans la matrice. Comprenez moi, de A à Z, tout est écorché, simplifié, détourné… Alors déjà, Zeus est bon mais un peu simple. Hadès, c’est Lucifer, il est méchant, cruel vengeur, sournois, et il a les yeux rouges et le teint pâle. Et euh, sinon que dire. Que les hommes n’ont jamais fait la guerre aux dieux? Que le Kraken présent dans le film est un anachronisme monstrueux doublé d’une erreur culturelle? Bah oué, le Kraken c’est scandinave… Et que dire de Pégase… « C’est un cheval ailé divin généralement représenté en blanc. Fils du dieu de la mer Poséidon et de la gorgone Méduse, il naît avec son frère Chrysaor lorsque cette dernière est décapitée par Persée. ». Marrant, parce que dans le film, Pégase est présent avant que la Méduse ne meurt. Et il est noir… Oui mes amis, noir… N’y voyez aucun allusion de mauvais goût. C’est juste que dans toute l’iconographie grecque, Pégase est blanc quoi… Bref, je pourrais vous étaler pendant des heures toutes les ignominies rencontrées (avec une mention spéciale pour le passage avec les jinns qui sont, soit dit en passant, issus de la culture musulmane qui a encore bien 1000 ans de gestations au moment des faits…).

Voilà lecteur. Je suis désespéré. Pas seulement par le superbe « allons tuer cette salope » que nous balance Persée habillé en GI, mais plutôt par le fait que le seul objectif du réalisateur et du scénariste semble être de caler le plus grand nombre possible de figures mythologiques populaires et d’en faire une épopée pseudo holywoodienne à arrière goût moralisateur et protestant. Si tu ne connais rien à la mythologie grecque, ne regarde surtout pas ce film qui va te polluer la tronche d’erreurs atroces. Si tu connais la mythologie et que tu l’apprécies, que t’as kiffé Virgile et Homère, que tu aimes les récits antiques, ses créatures et ses héros, tu peux éventuellement le regarder, mais il va te falloir une sacrée motivation pour le terminer. Rassurez-vous, je vais rehausser le niveau dans la semaine : j’ai téléchargé Légion. Le synopsis? Mais bien sûr. « Que se passe-t-il quand Dieu perd foi en l’humanité et envoie une légion d’anges pour exterminer la race humaine ? Un groupe de résistance se constitue en plein désert autour de l’archange Michael…

Hier, c’était ma fête. J’ai fini mon mois de travail à temps plein dans le restaurant où je bosse, histoire de passer en extra en plus de mon job d’août et de bosser 50 heures par semaine. Juste pour le kiffe, et parce que mon remplaçant est un one million man trop surestimé, j’me suis faite bizuter. Étrange, me direz-vous, on bizute les gens à l’entrée, pas à la sortie… mais bon, au Pichet, « on fait bien ce qu’on veut », m’a-t-on dit. Étais-je donc si jeune et si insouciante pour ne pas me douter de la cruauté que ça sous-entendait? Peut-être. Nutella, traînage sur 50 mètres puis fontaine. Le nutella, sur la gueule, dans les cheveux, le soutien-gorge, la bouche, la totale. Oui, mais voilà, j’aime pas le Nutella.. Et ce matin, je me suis réveillée avec un petit goût de gerbe dans la bouche. Alors j’étais d’humeur à mater un truc bieeeeen lourd. Alors j’ai tapé dans le lourd. Et j’ai décidé de vous en parler, parce que je suis à la tête de la Cendar Gerbe Industry. Cqfd.

En cette journée de congé dominical, j’ai donc regardé… Watchmen. La production américaine anti héros et américaine de l’année dernière qui m’a juste laissé un souvenir indélébile tant son ambiance est parfaite. Évidemment, il y a du surfait, mais du surfait gras, suppurent, dégueulasse, burlesque. Succulent.

Watchmen, c’est un film de l’hyper productif Zack Snyder, aka le mec qui prévoit de produire au moins 5 morceaux par année jusque 2011. C’est aussi le gars qui a fait 300. Alors, forcément, un petit film interdit au moins de douze ans, au prime abord, ça fait quand même un peu rire. Sauf quand t’entends la bande annonce. « le monde lèvera les yeux vers nous et nous dira  »Sauve-moi »… Et, dans un murmure, je lui répondrais  »Non… »… ». Parfait. Ah, ouais, hein? Regarde, lecteur :

Sinon…

Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ? (Source : allociné)

Après, je vais pas vous la jouer grande pro mais je vais vous parler franchement. Pourquoi Watchmen? Parce que l’ambiance ( et la BO ). Parce que la première scène du film est une scène de massacre où un mec se fait fracasser la gueule, le tout sur Unforgettable de Nat King Cole. Ya du cynisme, de l’horrible, des trucs qui te font éclater de rire… Pas parce que c’est drôle au premier sens du terme mais parce que t’as l’humour noir et de quoi te réjouir. Pas de tabous, une réalité différente où les super héros sont de vraies personnes, avec de vrais défauts et une absence de pitié et une violence pure qui leur ont été murmurées par les années, l’habitude et la lassitude. Un fond d’amertume, un ton acide, le film en lui-même, dans son concept, déchaussait déjà les dents… Mais le vrai secret de Watchmen, la vraie touche qui donne au film cette ambiance sombre, psychédélique voire psychotique… Ce petit goût de boue baudelairienne, cette petite griffe à la Poe… Ce fond de Love… C’est le personnage de Rorschach. Super héros névrosé et complètement dégouté par l’Humanité, il est le narrateur et fil conducteur de ce monstre de cynisme et de gerbe. C’est le journal de Rorchach, ce sont ses phrases, dures et pourtant lyriques. Une réalité dégoulinante, pleine d’insectes… Un monde d’odeurs, de vision. Un monde sale. Un monde vrai.

« La nuit pue la fornication et la mauvaise conscience. »

« À vie violente, fin violente. »

« Une ville remplie de cloportes humains qui parlent stéroïdes et pornographie infantile. »

Pour ne citer que des exemples. Le personnage est aussi mort que vif. Aussi réaliste qu’en plein délire. Parano, Rorchach est aussi malade que le monde et il détonne dans sa haine de l’Humanité qui entre en conflit suprême avec son rôle de super Héros et la quête qu’entend son état. La situation, la trame du film, dans laquelle il se retrouve hyperbolise ses défauts et ses fissures… Et je crèverais dix fois pour le passage de son emprisonnement.

Ce qui tue, dans Watchmen, c’est aussi la fin… Mais j’peux pas vous en parler. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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