décembre 2010


Vous m’excuserez. Encore une fois. Si, si, vous le ferez. Ma vie se résume à un rythme régulier et morne (travail, manger, sortir, dormir), un rythme qui ne laisse aucune place ni à la culture, ni à l’information et encore moins à la créativité. Dans ces conditions, et n’étant pas capable de disserter sur les – rares – anecdotes de ma vie, je préfère ne pas prendre le risque de tomber dans le fortement médiocre (en espérant que ce n’est pas le cas d’habitude, d’ailleurs). Je vous offre donc un amuse-gueule que, j’espère, vous apprécierez en attendant mon retour triomphal par la grande porte sous peu. Voici une playlist que j’ai nommé smooth instant parce que… parce que c’est smooth, c’est kiffer l’instant, et ça le fait! Ou pas. En attendant relaxez vous et ouvrez vos oreilles. Les critiques sont permises bien entendu.

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Âmes errantes de la blogosphère, salutations et joyeux Noël ! Qui dit Noël dit nécessairement réunion de famille et qui dit famille, a fortiori, sous-entend par ce biais conversations pour le moins folkloriques. Une fois qu’on a écarté les discussions sur les différentes sortes de four, les fuck offs mal placés et les débats sur les prénoms pourris (que je gagne systématiquement), on finit par réussir à dégager quelques sujets d’article pour le moins intéressants. Coincée quelque part dans le sud ouest en pleine campagne, je subis quotidiennement les remarques sur la pression sociale de mon cousin réac’ (et barbu mais on l’aime comme ça)… En attendant, la pression sociale, tu ne peux pas en mesurer ni le poids ni l’ampleur tant que tu n’as pas eu un vagin. La pression sociale, son horreur et sa douleur, c’est définitivement (eh ouais) un truc de femme. Et pourquoi ? Mais parce que vous ne vous épilez pas mes agneaux !

La pression sociale par excellence, le moule le plus oppressant, c’est ce qui tient de la mode, de l’apparence… Et attention, pas la peine d’essayer d’y échapper, il y a des points profondément inévitables. Le poids restera toujours une question de choix et les régimes ne seront pas débattus (du moins pas après 3 jours à bouffer comme une vache) mais on ne peut que s’incliner ne serait-ce que devant l’argument de l’épilation. Les poils, c’est ni féminin ni tendance et, les femmes, elles en souffrent. Plus encore, vous n’avez jamais porté de talons, non plus. Vous ne pouvez pas comprendre. Impossible pour vous de réaliser la douleur que représente la pression sociale puisque vous ne vous y pliez que trop peu… Trop peu, oui, puisque la pression sociale, sous bien des aspects, n’est qu’une oppression psychologique, un silence imposé, une privation éventuelle… Mais dans les faits… Dans les faits, nous autres gonzesses, mesdames, jeunes filles et autres espèces du genre, on prend cher. Epilation jambes, maillots, aisselles, sourcils… Douleur. Larmes. Résignation…

D’autant plus qu’on sait parfaitement que jamais aucune actrice ne décidera de mettre les poils à la mode et encore plus que, refuser la pression sociale, c’est se condamner à l’abstinence. Aucun humain n’est assez fort pour ça : la chair est faible. Bref, tu nais avec un double chromosome X et tu te retrouves condamnée à la pression sociale ad vitam eternam. On me dira que l’argument est facile, je vous propose – moi, à vous messieurs – de vous offrir une épilation maison pour qu’on en rediscute ensuite. Florence Foresti a fait un petit sketch sympa sur la grossesse (ici), on ne parle pas de l’accouchement… L’épilation, c’est pareil, quand tu demandes à tes ainées « ça fait mal au début mais après tu sens plus rien ». Ah bah ouais, t’as les jambes désensibilisées, à force ! On ne dira pas que tu pleures pendant deux heures à chaque fois au début. Ah bah non, on va pas décourager toutes les gamines de la planète. Et je vous le dis, aujourd’hui, la pression sociale, le mal ultime de la société, il se résume très simplement : c’est aussi douloureux qu’une première épilation et il faut être une femme pour le comprendre.

Cher petit papa Nawel,

Cette année, j’ai été sage (même si tout est relatif). J’ai tenu mon blog correctement et pardonné aux carabins leur bêtise. J’ai travaillé tout l’été, lutté contre l’alcoolisme et n’ai pas été hospitalisée. Je mange raisonnablement et je ne fais plus la guerre au gras. J’ai dépensé mon argent en vêtement, certes, mais uniquement pour avoir la classe. Petit Papa Nawel, j’ai même réussi à me faire à l’idée que j’habite à Nancy et à trouver des aspects positifs à cette constatation. Je pense qu’on peut se mettre d’accord : cette année, le père Fouettard n’a pas intérêt de pointer le bout de son nez sinon je lui réduis la mâchoire en bouillie.

Aussi, si je peux me permettre, voici la liste de mes réclamations s’il-te-plaitesques… Ou pas, en fait. Non, parce qu’on me l’a déjà faite à moi, le coup de la liste, la liste de tes rêves, qui matérialise tous tes fantasmes, tes espoirs, tes désirs… Et qu’à la fin tu ne reçois que le truc le plus pourrave que t’avais écrit en dernier, histoire de clore le divin morceau de papier par l’énumération d’un nombre pair d’objets convoités. Quand arrive l’âge de la raison, Père Noël, tu rimes parfois (souvent) avec frustration. Où est passé ce superbe équivalent électronique du poisson rouge en plus expressif que j’avais commandé à l’âge de mes 10ans? Rudolph l’a bouffé ou quoi? Et ma machine à écrire? Pareil? Foutage de gueule. Je veux pas dire mais question usine à jouets, des fois, ça craint.

Je pense à tous ces enfants aujourd’hui qui attendent monts et merveilles au pied de leur sapin, à quelques jours de la sacro-sainte date de la toy party de l’année, et j’ai mal au cœur. Je dis stop. Je dis non. Assez de frustration, d’enfants obèses qui décompensent par les papillotes, assez de crises de foie, d’alcoolisme précoce… Assez! L’année prochaine, sois réglo, envoie des listes de jouets en stock, qu’on sache enfin à quoi s’attendre… Tu sais, Père Noël, le système hospitalier est déjà suffisamment blindé pour que tu puisses te permettre de décupler le nombre d’ulcères à la période où mettre des brancards dans un couloir tient du crime contre l’humanité.

Alors, oui, je sais, nous sommes une génération d’insatisfaits, d’ingrats… C’est vrai, je te l’accorde. En même temps, quand tu vois tous les massacres et autres injustices cruelles qu’on nous sert tous les jours aux informations, comment peux-tu nous en vouloir de placer nos rêves les plus fous dans la seule chose encore sûre sur cette putain de planète : le matérialisme. Les choses. Capitalisme, flux monétaires et financiers, dépenses, achat, possession… Jouet. Le rêve de l’enfance, aujourd’hui, c’est le pur produit de cette société de consommation, c’est quelque chose de sûr, de tangible, de concret… Un objet, un seul, et des milliers de petites étincelles au fond des yeux d’un gamin. On s’en fout que sa mère soit morte du sida et qu’il soit destiné à la suivre de près : pendant quelques jours, il pensera être un roi, un élu, tout ça parce que – pour une fois – t’auras fait ton boulot correctement. Je veux pas te mettre la pression, Père Noël, mais le monde a besoin de toi, il faut que tu nous vendes du rêve pour qu’on retrouve la foi et qu’on remette ce monde en ruines sur pieds. Mets-toi au Taylorisme! Dope tes rennes! Exploite tes lutins! Délocalise ton usine en Chine! Fais quelque chose… Il est temps, il est l’heure, on a tiré sur toutes les sonnettes d’alarme… Sors-toi les doigts du cul! Ça suffit maintenant, on prend un coca (paraît que t’aimes ça) et on reprend son rôle en main. Correctement.

Non mais c’est vrai, Père Noël, faut pas déconner, bientôt on va nous dire que t’as été tué par le KGB, que t’existes pas et que, en fait, ce sont nos parents chéris qui tentent de nous combler, bon gré, mal gré, sans pouvoir répondre à nos attentes exorbitantes et insensées… La blague.

Bien à toi,

Cendar

Vous allez croire que je suis obsédé, mais j’ai envie de vous parler encore de Wikileaks. Faut dire aussi que tous les journaux titrent chaque jour avec des articles plus ou moins relatifs à ce site. Je ne parlerais pas à nouveau du bien fondé ou non de son action, vous pouvez toujours lire mon avis ici. Ce qui est sûr, et ce qui n’était peut-être pas le cas au début, c’est que j’ai de plus en plus l’impression qu’une nouvelle page de l’Histoire se tourne, que nous sommes en train d’assister à un événement aussi inédit qu’historique. Au-delà de la question de la diplomatie secrète, au-delà de la conception de « secret » et des conséquences de sa divulgation publique, c’est le sort d’un fondamental de notre société qui se joue en ce moment : la liberté d’expression.

Au vu de la réaction des démocraties modernes, il devient clair que nous sommes à un point charnier de contre conception libérale de la société. Regardez la réaction du chantre de la liberté et de son apôtre le plus emblématique : M. Obama. Ce dernier s’était engagé lors de sa campagne à se mettre au service de la transparence, à prôner a régulation du secret et des mensonges. Et le voilà aujourd’hui à la tête de la nation la plus hostile à Wikileaks et son idéal de vérité. Regardez a France, nation des droits de l’Homme et donneuse de leçon en chef. Aujourd’hui, elle passe une législation qui pourrait clairement porter préjudice à la liberté d’expression en permettant la rédaction de listes noires de censure qui seraient envoyées aux serveurs pour interdire l’accès des internautes à certains sites internet. La censure… Justifiée par des impératifs de sécurité et de lutte contre la cybercriminalité, bien entendu. Mais la censure… Ce symbole du totalitarisme, le meilleur ennemi de la démocratie, la gangrène chinoise… Nous y voilà. Même les sociétés Paypal, Visa ou Amazon, fer de lance du libéralisme économique, s’y mettent.

Là où j’éprouve un peu de difficulté à comprendre, c’est tout simplement pourquoi? Pourquoi vouloir censurer internet alors que c’est une œuvre totalement impossible? Pourquoi ne pas attendre un faux pas de « l’ennemi » plutôt que de le transformer en martyr? Nos gouvernements se sont pourtant déjà cassés les dents en tentant d’interdire le téléchargement illégal. Personne ne peut contrôler les flux et leur contenu. L’internet est une hydre adulée et vitale à notre société. Pourquoi lui essayer de lui couper la tête plutôt que de la chérir avant qu’elle en se transforme en monstre?

Bref. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle période. A la croisée des chemins. L’un est celui de la peur et de la domination, le sentier de la régression. L’autre est celui d’une nouvelle forme de lutte des classes, la réintrégration de la société civile dans le processus de gouvernement et d’information, la revanche de l’individu sur le mensonge dont le gave la société. J’ai bien parlé de lutte des classes. En politique, et plus généralement dans tout ce qui touche à l’information et les relations entre États et entre sociétés, existait depuis longtemps et de façon larvé une dualité, une division entre ceux qui savent et ont le pouvoir, et les ignorants. Loin de tout jugement de valeur, j’évoque juste ici l’existence d’une classe dirigeante qui « sait » et fait en sorte d’être la seule à le savoir, et une classe dirigée qui ignore et au fond, préfère ne pas vraiment savoir. Voilà ce que révèle aujourd’hui au grand jour Wikileaks. Peut-être certains en avaient ils la conviction, ou le sentaient-ils intuitivement, mais aujourd’hui, c’est tout un système qui est mis à nu et qui implose.

Je n’essaie pas de faire un appel à la résistance. Mais je suis persuadé que beaucoup de choses se jouent ici. Une liberté fondamentale est clairement assaillie, le mensonge déversé en flot ininterrompu, et l’État de droit, fondement de notre confiance en notre modèle, semble à un pas de basculer. Une guerre est en train de s’amorcer. Si vous n’aimez pas ce terme, préférez lui le mot « lutte ». Mais ne me prenez pas pour un exalté, la réalité est bien là. Depuis quelques jour son assiste à l’entrée en conflit à proprement parlé de deux factions : les États contre les hackers. Le journal danois Information titrait cette semaine « la première guerre du Net est déclarée ». Et ce n’était pas une blague. La cyberguerre n’est plus un concept fantasmagorique, mais bien un fait. Tous les sites qui ont porté atteinte à Wikileaks ont été attaqué et assaillis par une horde de hackers.

Le pionner d’Internet, John Perry Barlow (et célèbre auteur de la déclaration d’indépendance d’Internet) écrivait sur twitter : « La première guerre de l’information a maintenant commencé. Wikileaks est le champs de bataille. Vous en êtes les troupes ». Des propos à ne pas sous-estimer.

Ne faisons pas de catastrophisme. Mais il serait irresponsable de ne pas rester alerte. Quelle ironie. Quelle ironie de voir qu’aujourd’hui, les plus ardents défenseurs de notre liberté ne sont ni nos représentants, ni nos gouvernements, ni nos intellectuels, mais bien des « hors-la-loi » anonymes. Alors voilà. Peu importe les conséquences de ces révélations. Peu importe leur portée. Peu importe leur légalité. Ce qui prévaut aujourd’hui, pour moi, c’est la défense de cette liberté si fondamentale qu’on en oublierait presque son existence, ou l’existence que nous aurions sans elle.

Allons, chers lecteurs. Ne déprimez pas. Ecoutons ensemble un morceau dont les lyrics me rappellent étrangement certains thèmes évoqués ici.

Pas de culture pour moi aujourd’hui, juste l’étude d’un phénomène sociologique étrange. On dit souvent (du moins, j’entends plus que souvent…) que les femmes n’ont aucun problème à se trouver un homme, pour une raison étrange, sans doute est-ce parce que nous autres, représentantes du sexe fort, nous faisons plus facilement offrir des verres que vous autres, représentants de la race exploitée. Anyway. On dit également souvent que les femmes sont des créatures frileuses. Et on m’achève en me parlant d’amour du printemps. L’une de ces rumeurs n’a absolument rien compris au sens pratique d’une femme… Et c’est la dernière! La saison des amours, c’est celle où il commence à faire bien trop froid dans son lit pour tolérer d’y dormir seul(e).

Soyons logique trente secondes : en hiver il fait froid, les nuits sont longues, ça glisse par terre, on sort beaucoup moins que tout le reste de l’année et, en plus, on se tape toutes les fêtes de famille avec l’éternelle question qui nous fait tous chier : « alors, les amours, ça va? ». Bah ouais. C’est à dire qu’on est quand même tous suffisamment sensés pour avoir capté qu’être en couple au printemps ne présente jamais que des avantages affectifs et sexuels (on va quand même laisser ça au couple, c’est confortable) mais, quand l’hiver arrive, le couple ça devient carrément un concept fonctionnel. Eh ouais.

Le résultat d’une mise en couple? Déjà, facture de chauffage moins élevée, d’une part. Pareil pour les frais médicaux : moins froid, moins de rhume! La dépression est écartée du fait d’une plus grande dose d’endorphine due à l’acte sexuel. Moins de dispute avec sa famille. Moins de prise de risque (dans la rue en glissant et dans la nuit en se promenant seule) au quotidien. Définitivement presque que des avantages. Presque… Bref. On ne reviendra pas sur mon côté handicapée sentimentale de base mais toujours est-il que cette explication quasi scientifique se tient au quotidien, se retrouve dans votre (/mon) entourage et que – au final – il serait peut-être temps de vous faire à l’idée que si vous voulez vous amouracher, c’est le moment… Parce que je ne pense pas être la seule à avoir un nombre incroyable de potes nés entre fin août et début novembre… Avec un peu de recul, neuf mois plus tôt, on tombe quand même en plein hiver. Eh ouais, dure réalité de la vie quand tu nous tiens. Je me suis même laissée prendre au piège, c’est vous dire.

Mes amis, la semaine dernière, jeudi soir, j’ai vécu une expérience hors du commun : je suis passée de l’autre côté du miroir – ou devrais-je dire de l’écran… Je n’étais plus à Nancy, non, loin de là, j’étais quelque part plusieurs années auparavant dans un studio holywoodien, sur le plateau de tournage d’A tombeau ouvert, un film de Martin Scorcese où Nicholas Cage joue le rôle d’un ambulancier new-yorkais, dépressif, alcoolique et complètement psychotique. Destruction, distraction! Et même que c’est même pas de moi.

Imaginez-vous un hôpital en centre ville, un soir de neige aux températures juste indécentes. Imaginez-vous en train de chercher l’entrée pour aller aux urgences avec une amie au bord de l’inconscience tant elle a des vertiges. Une paire de talons, du verglas par terre, le vent…. Et puis ce putain de froid mortifaire de merde que tu sais qu’il finira bien par t’avoir si tu ne trouves pas rapidement l’entrée de ce putain de service d’urgences. Le temps passe. L’entrée des urgences se profile au loin, délire incertain parmi les flocons grisâtres d’une ville qui n’aime pas le blanc, et vous vous approchez doucement, dans l’espoir d’une aide qui ne viendra peut-être pas aussi spontanément que vous auriez pu le croire voire – pire – l’espérer. Le passage au bureau administratif vous permettra d’observer d’un œil perplexe la sélection des niveaux d’urgence : un diagnostic oral et une prise de température, tout ce qu’il vous faudra pour signer pour une heure d’attente avec une malade dans une salle mal chauffée, pauvrement meublée et bien triste. Le temps passe, encore. Au bout d’une heure (et demie) et une demi douzaine de cafés plus tard, une infirmière viendra appeler votre amie et vous vous retrouverez à attendre autre chose… Non pas les soins mais le diagnostic… Non pas le médecin mais la réponse à la question accompagnée, de préférence, de la solution au problème. Vous vous illusionnerez, sans en avoir encore conscience. La malade préservée et en plein examen, c’est l’absurde qui viendra vous chercher…

Au Noé du tombeau ouvert, la pseudo réalité névrosée qui nous a cueillis mon comparse et moi a substitué un Benjamin en grande forme. Benjamin s’est présenté à nous de la façon la plus absurde qui soit, sexe à l’air, urinant en plein milieu de la salle d’attente. Puis il a animé le reste de la nuit appelant « Hélène » qui n’arrêtait pas de lui rétorquer – et on la comprend – « Benjamin ça suffit, tu te calmes maintenant! ». Dans À tombeaux ouverts, c’est l’équivalent du célèbre « Noé, si tu continues, je ne te tue pas! »… mais on ne peut pas demander aux urgences nancéiennes d’avoir autant la classe qu’une production américaine versant dans le noir, le cynique et l’absurde. Mais si ce n’était que ça, je n’aurais rien à rajouter. Eh oui. S’en suit le passage d’un gendarme, puis d’un homme, puis d’un autre gendarme. Un rapide coup d’œil jeté à l’arrache sur le carrelage dégueulasse de l’endroit me permet à peine d’entrevoir la réalité de la chose, à savoir des entraves aux chevilles du civil… Je ne vous donne pas les détails, vous avez très certainement compris. Alors que nous attendons – toujours – des nouvelles de notre malade, un homme entre dans la salle d’attente en mode wesh wesh « ta pa une klop steuplé ta vu j’s8 en stress fo k’j’fume ». Euh. Oui. Mais non. « nan mé zyva ta pa une klop sa race? ». Euh. Bah. Toujours pas…

Tandis que mon courageux compagnon de galère (et chauffeur de luxe) continuait de braver l’univers absurde de la salle d’attente, j’ai été appelée pour tenir compagnie à notre malade qui attendait de savoir si – oui ou non – il y avait des trucs dans sa tête. Et le temps passe, passe… Et passe. Le temps passe, encore… Et encore. Bon, il arrive quand ce scanner? Le temps passe, toujours, et emporte avec lui d’éternelles secondes d’une jeunesse qui s’évapore dans une impatience aux relents d’effroi. Rien ne va. L’hôpital se fout de la charité et t’achève, installant dans la même pièce que mon amie une arrière-arrière-arrière-[…]-arrière-grand-mère en fin de vie, un truc tout rachitique, couvert de bleus, ne pouvant respirer sans son apport particulier d’oxygène, une voix tremblante, des larmes… la totale. Et toute personne se rappelle à ce moment-là qu’il est bon d’être jeune. Oh oui. Escapades cafés/clopes en masse vers la salle d’attente, tant pour fuir les urgences que pour vérifier que le bisounours de la bande survie de l’autre côté du « sas » (de la porte, quoi). Et le temps passe. Encore. Au bout d’un certain temps, des ambulanciers arrivent pour chercher l’urgence et l’emmène passer son scanner. Alors que je suis gentiment affalée sur mon compagnon de galère en mode micro sieste et repos, une infirmière débarque pour nous proposer d’éteindre la lumière voire de nous rapporter des couvertures. Pour un peu, on se serait fait border…

Retour du scanner, attente du diagnostic. Attente encore. Attente toujours. Ponction lombaire ou pas? Ou pas. Et retour à la maison, non sans avoir vaguement remarqué que le wesh-wesh-klope s’est fait embarquer par les flics à force d’excitation absurdo-burlesque.

Le temps a passé, on a survécu… Je crois que mon regard sur le fil(m) conducteur de ce ramassis d’humanité en putréfaction a changé, pour toujours. Les urgences sont immuables.

Ma coblogueuse s’est massacrée l’épaule. Oui, c’est une excuse pour ne pas avoir posté ces derniers temps. Est-ce que ça m’a laissé le temps d’imaginer un nouveau sujet hyper intéressant qui a pu mûrir tranquillement dans mon esprit? Pas vraiment… Je suis incorrigible. Tout le monde vous le dira. Du coup, je vais faire preuve d’une remarquable créativité et originalité : parlons de Wikileaks.

Je pense que chacun aura entendu parlé de ce site? Difficile d’y échapper tant la polémique emplit nos journaux. Il y a de quoi vous me direz. Au final, le débat se résume en trois hypothèses plutôt simples à visualiser : pour les uns, Julian Assange est un crétin irresponsable, pour d’autres c’est un criminel, et pour ceux qui restent, il est le grand gourou de la liberté d’expression, l’apôtre de la vérité. Étudions ces trois hypothèses.

Oui, Julian est un irresponsable. Difficile à dire si l’on parle de courage ou de témérité. Non seulement notre ami est en train de se faire crucifier sur l’autel de la rancune, mais en plus son action pourrait avoir des conséquences plutôt imprévisibles et périlleuses. Alors bien sûr, quand on nous annonce que les ambassadeurs ont un certain goût pour l’espionnage, que le diplomate américain peut pas se payer la tête d’un Sarko autoritaire, ou que Angela Merkel ferait preuve d’un manque de créativité évident (ce qui paraît assez étonnant au vu des résultats plus que positifs que l’Allemagne est en train d’enregistrer comparé au reste de l’Europe), on est pas dans le sensas, dans l’incroyable ou dans la désillusion. Y faudrait vraiment être crétin pour tomber des nues sur ce genre de « révélations ». En revanche, lorsqu’on apprend que certains pays arabes (pour ne pas citer l’Arabie Saoudite) ont demandé aux américains d’envisager le bombardement (nucléaire?) de l’Iran, soutenant l’impérieuse nécessité de « couper la tête du serpent »), on est en droit de s’interroger sur les conséquences politiques de telles révélations. Il est inutile de préciser que les pays arabes ne s’étaient jamais officiellement prononcé en ce sens. Tout cela est d’autant plus inquiétant lorsqu’on constate que certains journalistes israéliens se servent de ces faits nouveaux pour justifier leurs positions belliqueuses et en tirer la triste conclusion que personne ne leur en voudrait s’ils décidaient d’user de frappes nucléaires tactiques sur le territoire iranien.

De même, les révélations concernant le peu d’enthousiasme que montrent en coulisse les responsables chinois à l’égard de leur voisin nord-coréen mettent légèrement en péril l’axe sino-coréen. Rappelons que la Chine est le seul pays à entretenir des relations diplomatiques stables avec cette dictature fanatique détentrice de l’arme nucléaire, qui (soit dit en passant) vient juste de provoquer son voisin du sud en bombardant son territoire.

Sans oublier que la conséquence directe d’une action révélant publiquement des secrets d’États sera de rendre ces secrets encore plus secrets. Ok pour donner un coup de pied dans la fourmilière, mais je doute de l’utilité pratique à long terme.

Julian Assange un criminel? Il est traité comme tel. Pour le moment, aucun État n’a cependant apporté la preuve qu’effectivement le méchant Julian ait violé une quelconque loi. En attendant, ses hébergeurs réseaux le lâchent, il est traqué comme un chien enragé, et même Paypal (qui appartient au groupe E-bay) vient de lui fermé l’accès à son service qui constituait le moyen de financement principal de son site. Mais étrangement, histoire de s’attaquer non aux faits mais à la source du scandale, une « sombre histoire de viol » (dixit David Pujadas, France 2) vient ternir l’image angélique de notre élu. Plus étrangement encore, le dossier qui avait été clos par la justice suédoise a été réouvert. A ceux qui kiffent la théorie du complot d’en juger. Personnellement, je trouve ca typiquement américain. Tout dans la finesse et la loyauté. Vous vous direz sûrement que je fantasme.

Et puis Julian Assange, apôtre de la liberté d’expression? Une chose est sûre, cette affaire ouvre une nouvelle ère tant pour la diplomatie que pour les médias d’information. Rien qu’à voir le flux continu d’informations et d’articles à ce sujet sur le net et dans la Presse, on sent que c’est quelque chose de gros. La date du 28 novembre 2010 restera sûrement dans les annales. Maintenant, la liberté d’expression c’est bien joli, mais ne serait-ce pas un peu naïf de croire que tout peut être dit? Si certaines choses sont « secrètes », ce n’est pas seulement pour satisfaire le fantasme de puissance de nos dirigeants. Ça vous fait pas peur vous une « société de la transparence absolue »? Après tout, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Anyway, l’avenir décidera de qui a eu raison dans son jugement sur cet homme et son action. Espérons que ces câbles ne soient pas utilisés afin d’étrangler et d’asphyxier notre monde déjà mal en point.