Ma coblogueuse s’est massacrée l’épaule. Oui, c’est une excuse pour ne pas avoir posté ces derniers temps. Est-ce que ça m’a laissé le temps d’imaginer un nouveau sujet hyper intéressant qui a pu mûrir tranquillement dans mon esprit? Pas vraiment… Je suis incorrigible. Tout le monde vous le dira. Du coup, je vais faire preuve d’une remarquable créativité et originalité : parlons de Wikileaks.

Je pense que chacun aura entendu parlé de ce site? Difficile d’y échapper tant la polémique emplit nos journaux. Il y a de quoi vous me direz. Au final, le débat se résume en trois hypothèses plutôt simples à visualiser : pour les uns, Julian Assange est un crétin irresponsable, pour d’autres c’est un criminel, et pour ceux qui restent, il est le grand gourou de la liberté d’expression, l’apôtre de la vérité. Étudions ces trois hypothèses.

Oui, Julian est un irresponsable. Difficile à dire si l’on parle de courage ou de témérité. Non seulement notre ami est en train de se faire crucifier sur l’autel de la rancune, mais en plus son action pourrait avoir des conséquences plutôt imprévisibles et périlleuses. Alors bien sûr, quand on nous annonce que les ambassadeurs ont un certain goût pour l’espionnage, que le diplomate américain peut pas se payer la tête d’un Sarko autoritaire, ou que Angela Merkel ferait preuve d’un manque de créativité évident (ce qui paraît assez étonnant au vu des résultats plus que positifs que l’Allemagne est en train d’enregistrer comparé au reste de l’Europe), on est pas dans le sensas, dans l’incroyable ou dans la désillusion. Y faudrait vraiment être crétin pour tomber des nues sur ce genre de « révélations ». En revanche, lorsqu’on apprend que certains pays arabes (pour ne pas citer l’Arabie Saoudite) ont demandé aux américains d’envisager le bombardement (nucléaire?) de l’Iran, soutenant l’impérieuse nécessité de « couper la tête du serpent »), on est en droit de s’interroger sur les conséquences politiques de telles révélations. Il est inutile de préciser que les pays arabes ne s’étaient jamais officiellement prononcé en ce sens. Tout cela est d’autant plus inquiétant lorsqu’on constate que certains journalistes israéliens se servent de ces faits nouveaux pour justifier leurs positions belliqueuses et en tirer la triste conclusion que personne ne leur en voudrait s’ils décidaient d’user de frappes nucléaires tactiques sur le territoire iranien.

De même, les révélations concernant le peu d’enthousiasme que montrent en coulisse les responsables chinois à l’égard de leur voisin nord-coréen mettent légèrement en péril l’axe sino-coréen. Rappelons que la Chine est le seul pays à entretenir des relations diplomatiques stables avec cette dictature fanatique détentrice de l’arme nucléaire, qui (soit dit en passant) vient juste de provoquer son voisin du sud en bombardant son territoire.

Sans oublier que la conséquence directe d’une action révélant publiquement des secrets d’États sera de rendre ces secrets encore plus secrets. Ok pour donner un coup de pied dans la fourmilière, mais je doute de l’utilité pratique à long terme.

Julian Assange un criminel? Il est traité comme tel. Pour le moment, aucun État n’a cependant apporté la preuve qu’effectivement le méchant Julian ait violé une quelconque loi. En attendant, ses hébergeurs réseaux le lâchent, il est traqué comme un chien enragé, et même Paypal (qui appartient au groupe E-bay) vient de lui fermé l’accès à son service qui constituait le moyen de financement principal de son site. Mais étrangement, histoire de s’attaquer non aux faits mais à la source du scandale, une « sombre histoire de viol » (dixit David Pujadas, France 2) vient ternir l’image angélique de notre élu. Plus étrangement encore, le dossier qui avait été clos par la justice suédoise a été réouvert. A ceux qui kiffent la théorie du complot d’en juger. Personnellement, je trouve ca typiquement américain. Tout dans la finesse et la loyauté. Vous vous direz sûrement que je fantasme.

Et puis Julian Assange, apôtre de la liberté d’expression? Une chose est sûre, cette affaire ouvre une nouvelle ère tant pour la diplomatie que pour les médias d’information. Rien qu’à voir le flux continu d’informations et d’articles à ce sujet sur le net et dans la Presse, on sent que c’est quelque chose de gros. La date du 28 novembre 2010 restera sûrement dans les annales. Maintenant, la liberté d’expression c’est bien joli, mais ne serait-ce pas un peu naïf de croire que tout peut être dit? Si certaines choses sont « secrètes », ce n’est pas seulement pour satisfaire le fantasme de puissance de nos dirigeants. Ça vous fait pas peur vous une « société de la transparence absolue »? Après tout, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Anyway, l’avenir décidera de qui a eu raison dans son jugement sur cet homme et son action. Espérons que ces câbles ne soient pas utilisés afin d’étrangler et d’asphyxier notre monde déjà mal en point.

 

 

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