Litté.


Cela fait longtemps que nous n’avons pas parlé sérieusement, nous… Alors soyons sérieux. Je suis une débauchée, une décadente, une hédoniste, une épicurienne. J’aime l’alcool, j’aime le tabac, j’aime le sexe et je ne m’en cache pas. Née au XIX°, j’aurais fait un poète d’enfer, une vraie romantique, peut-être même une pote de Charles Baudelaire. Ça m’aurait plu. Ou pas. Allez savoir. Toujours est-il, mes amis, que la décadence a son propre biographe et elle n’a choisi pas moins que Monsieur Oscar Wilde pour faire son éloge et raconter son histoire. Vous vous y attendiez, je sais.

Oscar Wilde n’a fait qu’une erreur dans sa vie, une vraie, et c’est d’être né à Dublin. Monsieur est irlandais. Né en 1854, il a illuminé de son génie et de sa grandeur un demi siècle qui n’attendait que lui… Pour s’éteindre en 1900 dans les bras de la belle Lutèce. De sa vie, on ne retiendra pas grand chose… Sinon qu’il était homosexuel et qu’il l’affichait. Oscar Wilde se fera particulièrement connaître à partir de 1891 et du scandale de Queensberry… Quand il s’amouracha d’un jeune Lord et entreprit d’afficher à la face du monde toute la délicieuse décadence dont il était capable. En découlera un procès, une condamnation et l’excellent « La ballade de la geôle de Reading », poème écrit à sa libération relatant les derniers instants d’un condamné à mort.

Oscar Wilde, c’est « Le portrait de Dorian Gray », la culture de l’opium et du beau, du laid, de l’immoral. Oscar Wilde, c’est « Ravenne », « Une femme sans importance », « De profundis », « Un mari idéal », « Le crime de Lord Arthur Savile » et j’en passe. Oscar Wilde romancier, Oscar dramaturge, Monsieur Wilde poète… Une plume, un style, construit dans la finesse et l’architecture, un niveau de langue délicat abattu à coups d’images et d’idées titanesques, désabusées, cyniques, décadentes, parfois même dégueulasses. Oscar Wilde, vérité, Oscar Wilde, mensonge, perdu dans ses illusions il arrive que le lecteur ne sache plus vraiment s’il est au paradis ou en enfer.

Et puis Oscar Wilde c’est la légende urbaine d’un style de vie bien particulier… « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est encore d’y céder », épicurisme outrancier mais tellement revendiqué par notre jeunesse dorée, désabusée et excessive. « Définir, c’est limiter », cultiver l’excès et l’exposer. « Il me semble parfois que Dieu, en créant l’homme, ait quelque peu surestimé ses capacités », acidité ambiante et effrayante. Oscar Wilde, il faut le dire, c’est surtout une grande gueule. Mais une grande gueule qui avait la classe et qui était plus que reconnue en tant que telle… Et une fois sorti de ces simples considérations biographiques, il ne faut pas oublier que Monsieur était avant tout un genre, une langue, des mots, des idées, des images… 

The Ballad Of Reading Gaol.
(My favorite quote)

Yet each man kills the thing he loves 
By each let this be heard, 
Some do it with a bitter look, 
Some with a flattering word, 
The coward does it with a kiss, 
The brave man with a sword!

Some kill their love when they are young, 
And some when they are old; 
Some strangle with the hands of Lust, 
Some with the hands of Gold: 
The kindest use a knife, because 
The dead so soon grow cold.

Some love too little, some too long, 
Some sell, and others buy; 
Some do the deed with many tears, 
And some without a sigh: 
For each man kills the thing he loves, 
Yet each man does not die.

Traduction.
La Ballade de la geôle de Reading
(Passage préféré de ma petite personne, aussi arbitraire cela soit-il)

Pourtant chacun tue ce qu’il aime,
Salut à tout bon entendeur.
Certains le tuent d’un oeil amer,
Certains avec un mot flatteur.
Le lâche se sert d’un baiser,
Et d’une épée l’homme d’honneur.
Certains le tuent quand ils sont jeunes,
Certains à l’âge de la mort,
L’un avec les mains du Désir,
Et l’autre avec les mains de l’Or.
Le plus humain prend un couteau :
Sitôt le froid gagne le corps.
Amour trop bref, amour trop long,
On achète, on vend son désir.
Certains le tuent avec des larmes
Et d’autres sans même un soupir.
Car si chacun tue ce qu’il aime,
Chacun n’a pas à en mourir.

En espérant vous avoir quelque peu inspirés, je m’en vais relire cette œuvre en entier…

Je me suis fait une réflexion l’autre jour : internet, et surtout les réseaux communautaires numériques, sont le fléau du XXI siècle. Est-ce que vous imaginez le temps en moyenne que la plupart d’entre nous passent à traîner sur les pages, wall et photos de pseudos amis sans intérêts? Toutes ces heures consacrée à chatter de sujets inintéressants, fuyant à tout prix le boulot et l’écoulement du temps? Pour ma part, j’en ai réellement pris conscience durant mon break en Afrique du Sud. Ce qui me mène à une autre remarque : je n’ai pas autant lu depuis des années. Bah ouais, je me suis fait la quasi intégrale de Tosltoi en un mois… Et je suis tombé amoureux. Tiens! Voilà un sujet pas trop chiant. Here we are.

Léon Tolstoï – comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Николаевич Толстой) -, né le 28 août (calendrier julien)/9 septembre 1828 à Iasnaïa Poliana en Russie et mort le 7 novembre (calendrier julien)/20 novembre 1910 à Astapovo, est un des écrivains majeurs de la littérature russe, surtout par ses romans et ses nouvelles, riches d’analyse psychologique et de réflexion morale et philosophique. À la fin de sa vie, il devient une sorte de maître à penser prônant une vie simple et morale et combattant les institutions oppressives et les formes de violence : il a eu de ce fait une grande influence sur des personnalités comme le Mahatma Gandhi, Romain Rolland et bien d’autres.

Bon, merci wiki, ça c’était pour l’homme. Quant à l’œuvre, elle est assez immense. Je suis donc quelque peu prétentieux de prétendre m’être envoyé l’intégrale.

 

Alors Tolstoï, c’est quoi? Tolstoi, c’est les grands espaces, les montagnes abruptes, les vallons mystérieux. Ouais, Tolstoï c’est un grand hippie. Plus sérieusement, que ce soit à travers son roman Les Cosaques, que dans ses nouvelles Hadji-Mourat et Maitres et Serviteurs, la nature est omniprésente, imposante, écrasante. Elle est à la fois l’appel primordial, incarnation de la vie dans ses forces créatrices, mais elle est aussi l’appel de la mort. Mais la vie est certainement pour Tolstoï la chose la plus sacrée, considération faisant de l’homme l’être le plus cruel qui soit. Combien de fois des guerriers et jeunes hommes bouillonnant de vie la perdent, tout simplement, en quelques secondes, sans laisser d’autres souvenirs derrières eux que les quelques biens en leur possession, attisant l’égoïsme de leurs anciens amis. Dans Hadji-Mourat, la nouvelle débute sur une scène banale où l’auteur tente d’arracher une tatare, fleur coriace poussant dans les contrées russes. Tellement coriace qu’après avoir terminé sa sinistre besogne, notre homme ne se trouve qu’en possession du cadavre de la plante qui se sera battue de toutes ses forces contre l’irrésistible mort. La nature est précieuse et perd toute sa beauté lorsque l’homme s’en mêle.

Mais Tolstoï c’est aussi l’homme. Pardon, l’Homme. Avec un grand H s’il vous plaît. Si d’autres ont pu dépeindre une image de l’Homme plus complète, embrassant aussi ses aspects lumineux, aucun autre auteur, sinon peut-être son compatriote Dostoïevski, n’a sur dépeindre avec une aussi grande précision, gravité, puissance et pertinence la condition humaine, son égoïsme, les prisons qu’il se bâtit et le mal qu’il s’inflige tant à lui même qu’à ses congénères. Qui mieux que lui aurait dépeint la la frénésie, l’ardeur enfiévrée qu’un homme peut ressentir face à l’appât du gain (Combien de terres faut-il à un homme)? Qui mieux que lui aurait pu pointer du doigts, un sourire ironique aux lèvres, les vices du capitaliste, ses petites angoisses maladives et ridicules, sa suffisance et son avidité (Maîtres et Serviteurs)? Qui aurait pu résumer en 80 pages toute la profondeur d’un voyage initiatique, toute sa complexité, sa densité, et ses égarements, toute la beauté et le pitoyable d’un Père Serge? Même Hermann Hesse n’a pas pu faire aussi dense. Et je ne parle même pas de son portrait impitoyable de la société, de ses codes qui, loin d’avoir vieillis, semblent plus modernes que jamais ; de l’arrogance des êtres insignifiants, de l’égoïsme de ceux-ci, de leur hypocrisie même face à la mort (La mort d’Ivan Illitch). Je terminerais juste en disant que j’ai rarement eu l’occasion de parcourir des pages aussi riches, riches en profondeur, en science et en pertinence, que celles de Tolstoï. Cette écriture, simple et détaillée, brève et mélancolique, douce et tranchante à la fois, cette écriture qui peut dépeindre le malêtre et l’espoir, cette écriture pénètre au fond du cœur du lecteur et y déposent quelques vérités, dont l’une des plus frappante demeure celle que cet auteur hors du commun se fait de l’amour dans La Sonate à Kreutzer.

Je vous enjoint à parcourir vous aussi ces pages qui donnent matière à penser avec le cœur, penser avec les tripes et tout ce qui va avec.

Il est venu le temps de vous faire un article digne de ce nom… Et j’ai déjà mon sujet. Oui, oui. Hallelujah! C’est le cas de le dire. Je vous étonne? Vous connaissez forcément Jeff Buckley, Hallelujah, la chanson ultra déprimante et romantique que tout le monde a déjà fredonné… Well. Vous pensez qu’elle est de lui? Erreur. Vous êtes étonnés? Bande de petits joueurs… Hallelujah, c’est de Leonard Cohen. Leonard Cohen, bordel! Ça ne vous parle pas? Musique.

 

I’m your man, probablement la déclaration d’amour masculine la plus parfaite jamais écrite par l’industrie musicale… Et cette chanson a été écrite par ce grand monsieur qu’est Cohen. Canadien né en 1934, Cohen est avant tout un poète, connu et reconnu, notamment pour son recueil sur le nazisme (oui, il est juif, oui)… Mais pas seulement. Ses textes dégagent une profondeur à la saveur particulière que je ne saurais vous décrire sans vous les avoir d’abord introduits.

Ce que je fais ici.

Je ne sais si le monde a menti
Moi j’ai menti
Je ne sais pas si le monde a conspiré contre l’amour
Moi j’ai conspiré contre l’amour
L’atmosphère de la torture n’est pas agréable
Moi j’ai torturé
Même sans le nuage champignon
J’aurais quand même haï
Ecoutez
J’aurais fait les mêmes choses
même si la mort n’avait pas existé
Je ne veux pas qu’on me tienne
comme un ivrogne
sous le robinet glacé des faits
Je refuse l’alibi universel

Comme une cabine téléphonique vide
qu’on a vue la nuit et dont on se souvient
Comme les miroirs d’un hall de cinéma
qu’on ne regarde qu’à la sortie
Comme une nymphomane qui réunit
des milliers d’amants
dans une étrange fraternité
j’attends
De chacun de vous un aveu

Leonard Cohen, amour, solitude, religion, sexualité et complexité humaine. Leonard Cohen, chanteur, chanteur à la voix grave, lourde, profonde et guturale qui nous murmure des paroles pour le moins étonnante, bouleversante. Leonard Cohen romancier, Leonard Cohen inspiré. Méconnu. Universel malgré tout… Le nom de cet illustre monsieur est notamment mentionné dans Pennyroyal Tea (Nirvana, bande d’incultes), alors que Kurt Cobain chante, je cite : « Give me a Leonard Cohen afterworld / So I can sigh eternally ». Leonard Cohen, c’est avant tout la classe et l’élégance digne des années 30 mais dans la durée, dans la longueur, avec une âme à la fois torturée et doucereuse. Leonard Cohen, grand monsieur, et je crois que je n’ai pas besoin de m’étendre davantage. Enjoy.

Il paraît qu’on doit à nouveau faire des articles intéressants et complets. Vous êtes pas un peu exigeant? J’ajouterais presque le célèbre « nanméoh! ». Mais n’abusons pas. Oui, j’utilise la première personne du pluriel. Nous. Je vous fais peur? Tant mieux. Ça tombe à pic car justement, l’auteur dont je voulais vous parler est un spécialiste de la dualité qui tourne bien souvent à la schizophrénie. Rappelez vous, je l’avais évoqué en parlant de Thomas Mann. Bon. Vous suivez vraiment pas. Il s’agit d’Hermann Hesse. Selon une fausse strasbourgeoise, mais authentique campagnarde, on prononcerai [Hesseu]. Mais moi je préfère Hesse. Mais on s’en fout.

« Hermann Hesse (né le 2 juillet 1877 à Calw, Allemagne; mort le 9 août 1962 à Montagnola, Suisse) était un romancier, poète, peintre et essayiste allemand puis suisse. Il a obtenu le prix Goethe, le prix Bauernfeld en 1905 et le Prix Nobel de littérature en 1946. ». Cela vous suffit ou je continue? Vous aurez compris que ce n’est pas un inconnu des milieux littéraires ou le délire d’un bloggueur surdose de caféine.

Je viens de terminer pour la énième fois Narcisse et Goldmund, et… que dire. Monumental? L’auteur raconte dans ce roman la vie de Goldmund, depuis son enfance écolière dans un monastère, sa rencontre avec Narcisse, jeune instituteur et moine aux capacités intellectuelles hors du commun, son départ et le début d’une existence vagabonde parsemée de vie et de mort, d’amour et de peines, de femmes et d’expériences de chair. Vous aurez compris entre les lignes que l’auteur parle clairement de sexe. Qui l’eut cru en voyant sa mine d’allemand étriqué et sévère. Je digresse.

La puissance de ce roman réside dans la virtuosité d’Hermann Hesse à opposer deux natures contradictoires, incompatibles, présentes dans chacun de ses romans : l’intellect et l’art. La pensée et le sentiment, l’abstrait et le vécu. Il le fait, vous l’aurez compris, à travers les personnages de Goldmund, l’artiste hédoniste qui renonce à la vie monacale, et Narcisse, le moine brillant, dont la connaissance et la compréhension des êtres qui l’entourent dépasse l’entendement. « Tandis que l’un veille dans le désert, l’autre s’endort sur le sein de la Mère ». C’est sur cette phrase qu’Hesse résume toute son œuvre. Et je ne parle pas seulement de ce roman en particulier, car cette dualité est omniprésente. Ses pages sont envahies par des héros, élites de la pensée ou des sentiments, perdus et éclairés, déchirés par leurs natures contradictoires, poignardés par le vulgaire, déçus et ravis par l’homme à la fois. Mais l’auteur ne nous fait pas ici le récit d’un combat. Ces deux personnages et leurs natures ne sont pas en lutte, elles cohabitent mais ne peuvent pleinement se comprendre. Ce sera même Narcisse qui révèlera sa vraie nature à un jeune Goldmund encore accroché aux rêves que son père faisait pour lui. Ce sera ainsi une amitié des plus pures et grandiose, sans égoïsme ni passion, qui se nouera entre les deux protagonistes, une amitié qui survivra au départ de Goldmund qui part et se laisse emporter par l’appel de la Mère. La Mère. Il ne s’agit pas ici de la sienne, vous l’aurez compris. L’existence même de Goldmund est entièrement tournée vers la quête de la Mère universelle, cette Eve symbolique du retour à la vie dans sa forme la plus pure, icône de l’univers dont le sourire reflète tant tristesse qu’amour et cruauté. Quand il dessinera, sculptera, séduira et prendra toutes les femmes qui croiseront son chemin, quand il poussera à son comble cette existence vagabonde, anti bourgeoise et totalement puérile, ce sera toujours pour se rapprocher d’un pas, approfondir d’un trait sa vision de la Mère. Cette vision prendra forme sur son lit de mort, mais je ne peux vous en dire trop au risque de gâcher le suspens.

Ce qui est à retenir de Narcisse et Goldmund, et de Hesse en général, c’est à la fois l’unicité de son œuvre et sa puissance articulée autour d’un thème central : la quête de soi, le voyage spirituel intérieur qui mène à la véritable connaissance de sa nature. Car oui, cette vision du monde et de l’homme est quasi religieuse, teintée de syncrétisme chrétien-bouddhiste, prônant le lâcher prise, l’expérience des sens pour en expérimenter les limites et la futilité, puis par l’humilité, l’accès à un état de transcendance se rapprochant grandement de l’approche bouddhiste. A lire absolument : Siddharta. Je ne vous ennuie pas plus longtemps, c’était juste histoire de me rassurer et de me dire que je pouvais encore écrire une page word entière sans trop en chier. Et comme vous connaissez mon talent pour les conclusions, on s’en passera.

 

Folie inspiratrice qui me dévergonde, mon cerveau se répand sur mon clavier et éclabousse mon écran d’injures philosophiques. Je suis en retard, je suis complètement folle. Cendar est décédée à l’ombre d’un café et de ses illusions mortes, ne reste plus que l’auteur du personnage, épuisée. Je suis autre, j’ai perdu la tête et l’envie. Je lis Nietzsche, je bois du martini, je cumule deux emplois et je manque de sommeil. Portée par la fièvre de mots trop longtemps retenus, je réalise que je n’écris même plus. Nietzsche a dit « je crains que nous ne nous débarrassions jamais de Dieu, puisque nous croyons encore à la grammaire ». Vous ne me suivez pas? J’en suis désolée mais j’aime ça. Nietzsche a dit, Crépuscule des Idoles, « Le ‘monde-vérité’ – inaccessible? En tous cas pas encore atteint. Donc inconnu. C’est pourquoi il ne console ni ne sauve plus, il n’oblige plus à rien : comment une chose inconnue pourrait-elle nous obliger à quelque chose? ». Le paradis est mort, son idée avec elle… Alors on se raccroche à une réalité plus tangible. L’argent. BP colmate ses puits, du pétrole a disparu. Le Sénat français réalise que le gouvernement s’est fait enculer à sec par les industries pharmaceutiques quant au contrat sur les vaccins contre la fameuse grippe A. Les vieux survivent à cause des orages, la canicule n’est plus et l’enjeu démographique ne m’a jamais plus préoccupée que lorsque je traverse la zone touristique de ma ville… Quartier dans lequel je travaille. Deuxième emploi, double paie, je me ramasse dans la gueule le côté obscur de la force, la réalité épuisante de l’idéal capitaliste… Pour vivre, pour bien vivre, pour pouvoir payer, encore et encore, il faut de l’argent, qui ne pousse pas des arbres. Je suis folle, je sais, je bosse environ 60heures par semaine et je n’ai pas de jours de congé. Je vous effraie? Moi aussi, j’ai peur, parce que je ne sais plus de quoi vous parler.

Je suis inconstante, l’interdiction du mariage homosexuel a été jugée anticonstitutionnelle en Californie, contraire au huitième amendement. J’adore lire des entêtes comme « Lambda vs. Schwarzeneger ». Et on ne se rend pas compte de la jouissance que peuvent procurer les petites choses de la vie. Nietzsche a établi que nous ne pouvions apprécier la valeur de la vie. Vivants incapables car, objet même du litige, ils se retrouvent dans l’impossibilité d’être juge. Quant aux morts, la raison est différente mais parfaitement compréhensible. Nous ne pouvons juger de la valeur de la vie mais on la brûle par les deux bouts, on la comprime, on l’oppresse, on se perd en des milliards de pensées déjà obsolètes. J’ai envie de reprendre mon livre là où je l’ai laissé. Vous vous en foutez. Faudrait que j’arrête de sortir, que je rentre chez moi juste après le travail, que je n’aille pas boire un verre avec mes collègues, que je m’auto-sucre le cheeseburger familial. Évitons la case départ, ne touchons pas 10 000€. Je suis la motivation incarnée. Ce que je fume? Chesterfield. Je sais, vous n’y croyez pas. Vous devriez. Est-ce que je perds la tête? Ma littérarité ne s’évapore pas avec l’éthanol, je suis en manque de création, en manque d’ordre et de flou artistique. J’ai besoin d’écrire, autre chose que des articles, autre chose que des mots perdus sur un écran impersonnel. Nietzsche, puisqu’il est aujourd’hui mon fil conducteur, a parlé de Socrate comme d’un malade, malade de vices et d’irraison raisonnée, qui aurait cherché dans la raison le remède de la vie. A cela Friedrich rétorque que ce genre de vie est une maladie dont seule la mort est le remède. « Socrate n’est pas médecin, seule la mort est ici médecin. Socrate seulement fut malade longtemps. ». Samedi, je vous parlerais de mon travail en bureau ou comment Cendar flingue la forêt amazonienne.

Dieu est mort, Shakespeare est mort, Nietzche est mort et, moi même, je ne me sens pas très bien. Je vous gerbe aux pieds en vous saluant bien bas, bonne soirée.

Lecteurs, lectrices, aujourd’hui je vais faire les choses bien… Pour me faire pardonner de ma tendance à avoir le cerveau lessivé en sortant du travail. Pour faire les choses convenablement, je vais donc revenir à mes premières amours, livres, littératures, ambiances, etc. C’est en considération de ce petit discours complètement trop formel pour être digeste que j’ai décidé de partager avec vous l’un des romans de mon enfance… Et quel putain de roman!

En quelques mots : Le Vieil homme & la Mer, Ernest Hemingway. Comme ça, on est tous d’accord et maintenant on parle sérieusement. On parle sérieusement parce que le livre dont je vous parle, c’est mon grand père qui me le lisait quand j’étais gamine. Mon grand père était marin, c’était un grand homme et il avait une affection toute particulière pour cette œuvre majeure de Monsieur Hemingway, ce Vieil Homme, cette mer, cette lutte, cette putain d’ambiance toute particulière qui fait que, paru en 1952, le manuscrit recevra – attention – le prix Nobel de Littérature en 1954. En gros : c’est pas un livre de pédé, comme on dit. Consécration absolue à travers ce titre, tout suédois puisse-t-il être, mais – que vous situiez quand même le bonhomme – il a également écrit, entre autre, Pour qui sonne le glas.

Anyway. Choses sérieuses, choses sérieuses. Le Vieil homme et la Mer raconte l’histoire de Santiago, un vieux pêcheur cubain, un pêcheur miséreux, un vieil homme de la vieille époque qui n’a pas suivi avec son temps et qui reste accroché aux traditions et aux choses de la pêche que la révolution industrielle commence doucement à effacer. Et Santiago prend la mer, un jour de plus, la mort et la sérénité à l’âme, sans grande conviction réelle, pragmatique dans le fond, mais avec la foi, le rêve, que la mer lui rende en poisson tout le respect qu’il lui témoigne. Et quel respect. Quel amour. Santiago est un pêcheur, un marin, et la mer le lui rend finalement, lui offrant la prise d’un Espadon gigantesque, un espadon si grand et si puissant que le vieil homme n’est pas en mesure de le maîtriser dans l’immédiat. S’en suit alors la lutte de cet homme contre ce poisson, face à la mer, pour le meilleur et pour le pire. Le temps passe, jours et nuits, et le récit – court – va de pensées en pensées, de phrases en phrases. Santiago parle, au poisson, à la mer, à la lune. Et il attend, patiemment, il se bat. Santiago se bat avec force, volonté, ténacité, il se bat comme on se bat dans la vie, comme on se bat contre la mort, contre le temps. En cet instant et à jamais, pendant ce bras de fer entre un homme et la nature, il est éternel. Il n’est pas mort, pas vraiment vivant non plus, évaporescent semble assez adapté pour qualifier tant l’homme que l’environnement. On pèche en plein rêve, éthéré.

Alors le Vieil homme et la Mer, ouais, c’est une chose sérieuse, un petit trésor de mon enfance qui a pour lui le mérite d’une plume aiguisée et d’un travail de l’ambiance d’une exceptionnelle qualité. Le Vieil homme et la Mer, c’est un bijoux de la littérature marine parmi tant d’autres, comme Moby Dick ou l’Île au Trésor, mais d’un genre particulier avec une finesse et une simplicité savoureuses qui vous transportent loin, très loin, quelque part dans le Gulf Stream, là où vous n’avez probablement jamais mis les pieds. Mais vous en rêverez. Pourquoi? Parce que même 15 ans après, j’arrive encore à y penser en marchant dans la rue et à rentrer chez moi, des souvenirs et des images plein les tripes, avec la seule envie de partager ça avec vous. Bonne lecture.

Un homme illustre a dit un jour : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? ». Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve ça particulièrement juste. A nuancer cependant. Certains livres font rêver, rien de brutal là dedans, mais non moins d’intérêt cependant. A quoi bon lire un livre que vous oublierez, ou qui ne vous servira qu’à alimenter une conversation bourgeoise et pseudo littéraire chez un ami parisien? Je sais, le cliché, c’était facile. Bref, l’homme illustre qui prononça cette illustre phrase n’est autre que l’illustre Franz Kafka. Et figurez-vous que je viens tout juste de me plonger dans son œuvre. Oui, s’il se trouve un littéraire pur et dur parmi vous – autre que ma cloblogueuse, bien entedu – il criera certainement au scandale en s’arrachant les cheveux. Mais fuck. Je viens de terminer La Métamorphose, et quand on parlait de coup de poing, on peut dire que cette nouvelle en est un exemple parfait. Un bel uppercut même.

Mais parlons un peu de Kafka. Je crois qu’on peut dire sans prendre trop de risque que Kafka est le parangon même du mec dérangé. « Kafka, qui montrait des signes d’hypocondrie, souffrait, ainsi qu’on le pense maintenant, de dépression clinique et de phobie sociale, mais présentait aussi des phénomènes vraisemblablement liés au stress : migraines, insomnies, constipations et furoncles. Il se méfiait de la médecine régulière et essayait de combattre ses plaintes avec des cures naturopathes, un régime végétarien et en buvant du lait non pasteurisé ». Merci wiki. En gros, Kafka était complètement dérangé. Mais comment pourrait-on écrire La Métamorphose sans l’être… Je sais pas si on peut ajouter grand chose à son sujet. Écrivain existentialiste de langue allemande (autrichien d’origine), son œuvre est assez vaste mais sa courte existence (40 ans) ne lui a pas permis de nous léguer un héritage littéraire très conséquent.

Comme je vous le disais au début, j’ai donc lu La Métamorphose et découvert – avec horreur – le triste sort de Grégoire, jeune commercial qui se réveille un matin dans sa chambre transformé en… vermine. En cloporte oui, en blatte! Je m’emballe… Mais voilà, il n’y a pas de métaphore ici, le jeune Grégoire, pas très futé mais plutôt sympa se retrouve emprisonné dans le corps d’un insecte de la taille d’un humain, emprisonné dans sa chambre gardée avec vigilance par sa famille que son apparence répugne au point de ne plus pouvoir supporter son existence, condamné à l’oubli, au mépris, à l’incompréhension et au dégoût. Oui, l’idée elle-même est atroce. Atrocement injuste déjà, parce que le pauvre bougre n’avait rien demandé. Et puis immonde aussi. Immonde de voir à quel point l’auteur se délecte de la description du corps visqueux et chitineux de la victime, de son supplice. Mais L’auteur ne cherche pas à choquer. Non, il cherche à mettre ce fameux coup de poing dans le menton du lecteur, de lui montrer de manière admirable mais totalement instinctive la suffisance de l’homme, la brutalité de ses réactions, et les limites de ses sentiments, là où l’amour se transforme en haine, l’inquiétude en dégoût.

Oui lecteur, Grégoire est un personnage à la Kafka. Déraciné, emprisonné, incompris. Il est le canard boiteux de sa génération, marginal dans un monde sclérosé et autoritaire. Il est l’être qui n’aurait pas dû exister, parce que sa nature, la nature de l’homme et la société ne lui accordent pas ce droit. Dans un bref moment de lucidité, Grégoire lui même prend conscience de cet état contre-nature et lance un plaintif et résigné « je ne devrais pas exister ».

Voilà une œuvre qui vous donnera matière à réfléchir. Mais accrochez-vous, il faut pouvoir le supporter et mettre ses préjugés et critères esthétiques de côté.

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