septembre 2010


Je suis prise au dépourvue… Vraiment. Mea culpa, j’ai sciemment évité hier la corvée du « keskejvébienpouvouarécrirojourdui » en me basant sur le retour de Phil, prévu aujourd’hui, histoire de le laisser réinvestir les lieux proprement (et surtout de ne pas trop me fouler, j’avoue). Oui mais, voilà, alors que j’étais en plein cours – intensif – d’anglais, j’ai reçu un petit message tout mignon : cet espèce d’enfoiré m’abandonne un jour de plus, il est coincé en Afrique du Sud, son vol a été annulé, il faut que je prévienne le peuple. Le peuple est prévenu. S’en suit, par la même, les appels à ses parents et les rappels de ses parents… La totale. Enfin, ne vous inquiétez pas, il revient demain! Ouais, tout ça pour pas grand chose au final… Et me voilà obligée de griller un sujet d’article potentiel. Rien que ça.

Et de quoi vous parler en ce jour de mauvais temps lorrain si ce n’est du froid? Bah du plaisir de la cigarette juste derrière les portes vitrées, avec vue sur la ville, au chaud, une fois le soir venu. La cigarette, parlons-en mes amis, va donc prendre grâce à cette très chère Roselyne 30 centimes supplémentaires en Novembre. La vie est difficile. Comment tolérer une telle augmentation? Quand je pense que je claque plus d’une centaine d’euros pour cultiver mon cancer chaque mois, je commence à avoir les nerfs… Mais je n’arrêterai pas. Non. Vous vous doutez bien qu’on en n’arrive pas vraiment à mon stade avec l’envie d’arrêter dès qu’une connasse rajoute trente centimes sur un paquet… Eh non. Quitte à manger macdo moins souvent, le vrai étudiant fumeur continuera de fumer. Quitte à ne s’acheter qu’une paire de chaussures au lieu de deux, la vraie femme active continuera de fumer. Et quitte à devoir patienter un mois de plus pour pouvoir changer de voiture, notre ministre de l’Intérieur continuera de fumer (je ne voulais pas tomber dans le cliché de l’homme d’affaire et je suis persuadée que Alliot-Marie fume. Si ce n’est pas le cas, on blâmera quelqu’un d’autre, Madame Lagarde, par exemple… Ou Super Nany, paix à son âme).

Et dans le pire des cas, l’extrême des extrêmes, la quintessence de l’horreur… Bah faites comme moi : migrez dans l’Est. En Lorraine, c’est fabuleux, tout est moins cher. Bars, restaurants, même les grandes surfaces. Les loyers sont bas. Tout est moche, il fait super froid, certes, mais pour récompenser les survivants réussissant à subsister dans cette contrée aussi étrange que lointaine, le rythme de vie est beaucoup plus abordable. Diantre, me direz-vous, mais elle n’est donc pas obligée de se priver pour pouvoir continuer de cultiver son cancer? Ça va même carrément plus loin… A côté de la Lorraine, outre ce pays étrange mais magnifique appelé l’Alsace, on trouve aussi le Luxembourg. Et, au Luxembourg, les cigarettes ne sont pas chères. Pas chères du tout. Il faut juste avoir la chance d’avoir un ami qui puisse y aller régulièrement et, miracle, une cartouche de 30 pour 38€. Je ne t’en voudrais pas si tu crèves de jalousie, Lecteur, rassure-toi, mais une information pareille ne se garde pas pour soi.

Alors sachez-le, à titre d’information, si vous vous sentez l’âme aventurière, je prends des stagiaires à partir du 13 octobre, date de mon emménagement en plein centre ville de Nancy, dans un 40m² refait à neuf… Et je ne vous donne pas mon loyer parce que sinon vous allez vous mettre à pleurer.

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J’ai un sacré problème dans ma vie tenant au rapport qu’entretient mon appareil digestif avec mon état émotionnel… Quand je suis contrariée, j’ai la gerbe, au sens figuré, certes, mais également au sens littéral puisque je fais partie de cette tranche de la population qui souffre de ce qu’on appelle les gastrites. Une gastrite, c’est comme une gastro sauf que ça n’a rien à voir avec le virus, c’est juste que t’as la haine. Et niveau contrariété, aujourd’hui, on a tapé dans le lourd… Bah ouais, c’est l’histoire de Cendar qui met les pieds en dehors de sa fac à 16h02 et qui arrive chez elle à 17h28. Est-elle allée boire un café avec des amis? Que nenni mes amis… Alors, me direz-vous, c’est qu’elle est allée faire une course ou bêtement du shopping? Eh bien non, non plus… J’ai juste attendu le tram. Le tram, pour rentrer « chez moi », à une heure de marche du centre ville, en montée… Je n’avais donc pas le choix, je devais donc attendre ce putain de tram… Ce tram qui ne venait pas… Et pourquoi? Grève me direz-vous, en ce jour de grève nationale – phénomène fédérateur de la nation française – ça n’aurait rien d’étonnant. Mais non, non plus. J’attendais juste que le tram puisse passer, c’est à dire que ses seigneuries atrophiées du cerveau de la CGT et autres associations syndicales daignent enfin finir leur putain de défilé.

Qu’on se mette d’accord, aussi capitaliste que je puisse être, je respecte l’avis de chacun et ne m’offusque que rarement d’un motif de grève… Mais, là, crédibilité zéro les mecs. Crédibilité zéro, d’une part, à cause du motif en lui même : la réforme des retraites. Je m’explique – et je m’explique d’un point de vue purement théorique et apolitique – quant à mon affirmation : partant du principe que la retraite instaurée à 60 ans était prévue pour les gens dont l’espérance de vie effective à l’époque était de 70/75 ans et que, aujourd’hui, un retraité vit en moyenne jusque 80 ans, la retraite à 60ans tient encore à peine debout. Mais si on considère que d’ici vingt ans, les gens vivront aisément jusque 100 ans, comment expliquer que, commençant à travailler aux alentours de 25 ans, en moyenne, on se retrouve à la retraite à 60 et qu’on vive jusque 100ans? On aime Nico ou on ne l’aime pas, c’est chacun son opinion politique, ok, mais là d’un point de vue mathématique, faut se faire une raison : jamais la population active française ne pourra supporter le poids économique que représente tous nos amis du troisième (et quatrième) âge. D’autant plus que cette même population active qui, quelque peu stupidement, se bat pour garder sa retraite à 60 ans, refuse de payer plus d’impôts… Alors que l’augmentation des impôts est la seule autre alternative au gouffre économique qui s’annonce.

Pour vous faire un résumé, si on ne se base pas sur une réforme des retraites potable, les jeunes de 20 ans vivront dans une France endettée jusqu’aux dents qui ne pourra plus assurer ni la couverture sociale ni l’éducation gratuite, dont l’enseignement ne cessera de baisser en qualité et – bientôt – on sera encore plus mal que les chinois, péruviens, mexicains, etc. Même les cubains seront contents de vivre à Cuba plutôt qu’en France! En fait, si la France avait fait attention à ses cours de maths quand elle était à l’école au lieu de donner dans le « 0+0 = la tête à Toto », elle serait à même de réaliser que Nico ne veut pas la faire chier, bien au contraire… Et si la France était moins nombriliste, elle réaliserait aussi que tous ses voisins ont déjà été sujets au même genre de réforme et que personne ne s’est amusé à se la jouer 68tard.

Quant à la pénibilité du travail, j’aimerais que ces gens aillent discuter avec les gens qui avaient le même poste qu’eux il y a 20 ou 30 ans, qu’ils se mangent une journée comme eux les mangeaient et qu’on reparle de cette fameuse pénibilité…

Faire blocus à la réforme, c’est entraver les négociations – intelligentes – qui se baseraient sur de vrais critères de pénibilité (que je ne réfute en aucun cas, j’imagine bien qu’un ouvrier n’a pas envie de travailler jusque 70ans) et qui prendraient en compte le vrai fond du problème au lieu de se borner à tout faire pour faire taire les gens dans la rue. Ces gens qui écrivent des panneaux bourrés de fautes d’orthographe qui plus est et qui insulte les flics… Faut pas insulter les CRSS, amis syndiqués, parce que ce sont eux qui empêchent les gens comme moi de venir vous assommer à coups de code du Travail.

Et puis Zéro Crédibilité parce que, quand même, à Nancy, l’hymne de la manifestation aujourd’hui, c’était quand même « t’es si mignon » de Renée La Taupe. Je me demande si Renée la Taupe se sent vraiment concernée par la réforme des retraites…

Alors voilà, ce soir, j’ai la gastrite qui me démange… Et j’envisage sérieusement le recours à cette superbe opération dont mon coloc et radiateur nocturne du moment m’a parlée hier : la sympatectomie. Je vous intrigue? Cherchez sur wikipedia… En tous cas, j’estime être le sujet idéal pour me faire couper le nerf sympathique. De toutes façons, il ne m’a jamais vraiment servi.

Oui, je sais, j’ai un peu abandonné le navire… Pour mon excuse, j’étais en week-end, pas de pc en accès direct et/ou suffisamment long pour pouvoir vous pondre un article. D’habitude, dans ce genre de situation, Phil prend le relai pour mes quelques jours d’absence et vous ne remarquez presque rien… Mais comme je suis le relai de Phil pour le mois, vous vous doutez bien que ce système connaît in fine quelques dysfonctionnements. Toujours est-il que je suis en plein retour à la réalité, un retour difficile qui agite mes pauvres neurones en un bordel chesterfieldien digne de ce nom… Le bordel pris dans son entièreté n’est pas vraiment propice à la réflexion.

Je me rappelle, quand j’étais gamine et que je me sentais mal, je me racontais des histoires. J’inventais des contes, sans queue ni tête, dans le seul but d’arriver à me défouler, à me purger de ce trop plein psychologique et intellectuel qui me rendait complètement folle en plus de me réduire à un état d’ineffacité proprement insupportable. Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter l’une de ces histoires, un truc improvisé et spontané, pour le meilleur… Et pour le pire.

Notre histoire débute dans des temps immémoriaux, dans une époque où le téléphone portable n’existait pas encore. Un petit garçon jouait aux échecs, tous les jours, pour devenir le plus fort… Son seul problème résidait dans le fait qu’il y jouait seul. Tous les jours, jours après jours, parties après parties, le petit garçon s’acharnait sur son échiquier. À la recherche de la solution à un problème qu’il ne voyait pas. Pas d’échange, pas d’adversaire, pas le moindre petit début de schizophrénie lui permettant de mener une partie contre lui digne de ce nom. Systématiquement, quoi qu’il fasse, les blancs étaient toujours d’un niveau ridiculement bas quand les noirs parvenaient toujours à un échec et mat monstrueusement simple mais tellement efficace. Et, toujours, sa mère lui demandait « mais pourquoi les Noirs? ». Pourquoi les Noirs? « c’est la faute de Manola ». Qui était Manola? Personne ne le savait vraiment… Et le petit garçon jouait, encore et encore, toujours devant les yeux de ses parents… Les noirs gagnaient, systématiquement. Un jour, un peu inquiet, son père prit de son temps pour jouer contre son fils. Le petit garçon prit les noirs et, sans surprise, battit son père à plates coutures. « C’est pour Manola ». Manola, Manola, mais qui était donc cette femme-là? Cette femme-ci? Qui? Eh bien quoi. Quoi. Pourquoi quoi? Le petit garçon renversa l’échiquier en hurlant que c’était pour Manola mais que, Manola, c’était pas une personne. Manola, c’était quoi, c’était la faute de Maman. La faute de Maman? Parfaitement. Courant avec ses petites jambes, le petit garçon mena son père jusqu’à la cave où dormait la bonne, l’esclave de la famille. Dans son sommeil, elle murmurait, rageuse et fiévreuse, « je les aurais, un jour, j’aurais la tête du Roi ». Ce n’était pas qui, c’était Manola. Un jour, sans doute, le Roi perdrait-il la tête, mais cette histoire ne nous intéresse pas encore… C’est que j’avais décidé de donner dans le conte moralisateur et pas vraiment gore. Un autre jour, peut-être, à l’occasion d’une partie d’échec.

Quand j’étais gosse, ce genre de petits récits m’aidaient, ils n’avaient pas grand intérêt mais ça avait l’avantage certain de peupler mon esprit d’images, de sons et d’odeurs. Le fond de mon cerveau m’apparaissait souvent comme un écran de cinéma, je trouvais ça amusant. En grandissant, on perd un peu cette tendance à imager les choses, à les construire dans l’absurde et dans le symbolique. Quelque part, je trouve ça dommage, parce qu’un conte sur le pouce, ça vaut ce que ça vaut, mais au moins ça vaut quelque chose. Et c’est pas américain.

C’est en parcourant des articles de la presse nationale et internationale que j’ai réussi, en bonne pseudo journaliste du monde virtuel, à trouver la réponse à un problème majeur de la société française. À l’heure où je vous parle, le monde du travail et la sphère politique sont en crise à cause de ce phénomène étrange et fort lointain à mes yeux de vingtenaire qu’est la réforme des retraites… Le gouvernement blâme l’économie, la CGT le gouvernement, le gouvernement la CGT, la CGT les patrons, les patrons… Bref. En plus de pas être d’accord, ça se met sur la gueule et ça perd un temps précieux pendant lequel – malheur dans une telle situation – ils ne cotisent pas (pour leur retraite, sic.). Et quelle perte de temps inutile que la leur puisque j’ai découvert dans l’une de mes tribulations inconscientes et loufoques l’identité du vrai responsable de cette volonté de faire travailler les gens plus vieux… Vous comprendrez que je me refuse dans cet article à vous donner un avis de juriste et de jeune citoyenne éclairée sur la question de la réforme des retraites… parce que ce serait trop formel et un peu barbant… C’est tellement plus divertissant de s’en prendre au seul vrai responsable de tout ce marasme politico-socialo-syndicalo-salarial. Bah ouais, en fait, si certains sont persuadés que ce serait trop facile de travailler plus vieux, c’est la faute de ce mec qu’on surnomme Dieu. Bah ouais, à force de bosser 7 jours sur 7 depuis la Création, tu m’étonnes que le vieillard inspire des idées bizarres aux dirigeants français. Surtout à Nico, lui qui n’aspire qu’à grandir, qu’à s’élever.

Après, c’est vrai que Dieu et moi on s’est jamais très bien entendu, il ne m’a jamais pardonné le fait de considérer qu’il n’existe pas, que les catholiques sont… Hum. Respect de la liberté de penser, tout ça, et il kiffe pas trop la mienne. Alors si en plus de me faire la gueule et de bouder Chester (le seul et Tout Puissant), le barbu se met à foutre le bordel dans une France déjà éclopée, je vais vaguement songer à me faire excommunier. Excommunier, parfaitement, parce que l’anathème c’est quand même vachement tendance. Dekezako de quoi que j’te parle lecteur? C’est ça ta question? L’anathème, c’est l’excommunication catholique majeure. T’es tellement dans l’hérésie qu’on peut même pas t’excommunier. C’est comme essayer de faire rentrer un camionneur texan dans une smart. T’abandonnes et tu le renvoies dans son pick-up. Bah, là, on t’excommunie pas, on t’anathème la gueule… Tout ça parce que Dieu et les gens d’église n’ont pas beaucoup d’humour… Tu grinces peut-être des dents, peut-être as-tu été baptisé… Tu ne réalises pas ce que je te raconte. Et pourtant… Je vais t’expliquer pourquoi l’anathème va te vendre du rêve.

Déjà, tu pourras dire que tu as été victime d’un monde précaire, poussiéreux et arriéré en te comparant au Dr. Rivaldo Mendes, excommunié en mars 2009, pour avoir pratiqué une interruption médicale de grossesse sur une fillette de 9 ans, tombée enceinte de jumeaux suite au viol de son beau-père. Histoire de bien rappeler que, quand même, tu es des côtés des êtres humains. Par ailleurs, en évoquant ton excommunication, tes amis penseront que tu as des problèmes de téléphonie. Les corriger fera le plus grand bien à ton ego… Le catholicisme romain est la première religion au Monde, en vertu de l’adage russe : « se faire des amis est une occupation de paysans, se faire des ennemis un plaisir d’aristocrate » l’excommunication fera de toi une personne rare à la compagnie recherchée. Tu seras libre, et heureux, de pouvoir bafouer, SANS HONTE, tous les ordres divins. Au pire, t’iras en Enfer… En fait, tu risqueras rien. Et puis tu deviendras un adulte responsable en ne pouvant plus t’acharner sur Dieu à tous bouts de champ. Faudra assumer. Ou blasphémer. Au choix.

Alors, dis-moi lecteur, l’anathème ça te tente toujours pas?

Histoire de devenir une adulte responsable, j’apprends à faire des concessions. Façon violente de commencer un article mais c’est pour vous mettre dans le bain… Je m’explique. Une adulte responsable, c’est une personne qui va fermer sa gueule devant le contrôleur SNCF quand il va la faire chier. Être une adulte responsable, c’est aussi faire des budgets, planifier des trucs, faire des sacrifices, accepter des trucs de la part d’autrui en contre partie de ce qu’on leur fait subir (dans mon cas, me supporter est une contre partie pesante). Alors faire des concessions… Dans le genre concession, squattant chez un ami en mode SDF, je le laisse faire à manger et donc garder le contrôle de mon domaine de prédilection. Well. Jusque là, tout va bien, me direz-vous… Mais comment réagir quand l’ami en question, prétextant vous trouver un peu maigre (wtf?), décide de s’acharner à vous gaver telle une oie? C’est là que tout se complique, évidemment. D’abord parce que je ne suis pas maigre (non mais oh, on respecte ma couche de graisse), ensuite parce que je déteste qu’on me force à manger et, enfin, parce que j’aime pas qu’on me fasse à manger, ça me donne trop l’impression d’être une assistée. Et j’aime pas.

Alors, au nom de toutes les oies du monde, aujourd’hui je me rebelle. Quand on n’a pas faim, on n’a pas faim… Faire manger les gens de force, ça les fait vomir… Et puis pourquoi cet acharnement? Pourquoi vouloir priver les oies de leur plaisir de manger juste pour les faire grossir? Pourquoi se contenter d’alimenter les gens? Qu’on se mette d’accord, je suis complètement ouverte à l’avis selon lequel il faut faire en sorte qu’une personne se nourrisse correctement. Oui, je comprends que la santé en dépende. Mais si une personne ne manque pas de nourriture, si une personne, pauvre oie qu’elle est, se sent bien comme elle est et tient son rythme toute seule comme une grande, foutez lui la paix. Bah ouais, manger peu mais manger bien. Manger peu mais kiffer manger ce qu’on mange. Manger à son rythme, quand on a faim, de façon raisonnable.

Oies de tous horizons, rebellez-vous, sortez de vos tanières et levez vos banderoles. A bas le gavage!

Comme dirait un célèbre collège de grands penseurs…

Salut le peuple, ça va?
On a faim! On a faim!
Eh bien, il faut manger…
Oui mais on peut pas! On peut pas!
Alors il faut te forcer…

Merci les inconnus pour cette intervalle me donnant une chute de poste correcte.

Je suis à Nancy. S’entend par cette information que j’ai été prise à Nancy et que je n’habite désormais plus Grenoble. S’entend donc par là qu’une nouvelle vie commence là où se termine mon été. C’est toujours dans ces moments-là qu’on a besoin d’un petit retour en arrière… Et quel meilleur retour en arrière qu’un trip musical? Très bonne question mais la réponse m’importe peu parce que sinon je grillerais mon sujet d’article du jour. Eh ouais. Juste pour vous, quelques chansons tirées de mes jeunes années… Je pense que vous vous y retrouverez. Tous.

Exemple. La tribu de Dana. Manau. Eh bah ouais les copains, c’est quand même un putain de morceau des années 90, tout le monde le connait celui-là. Et ceux qui ont suivi… Genre j’entends le loup, le renard et la belette… Etc. C’était une sorte d’arrivée prodigieuse du rap français pour les non initiés, pour les jeunes, pour tout le monde. C’était LA chanson de toutes les booms, la chanson de la radio, la chanson ultime, en général. Vieux souvenirs que celui-là.

Lambé An Dro. Matmatah. Pas mal non plus, celui-là, années 90, début du groupe avec l’explosion magistrale du tube de l’été… S’en suit multiples titres dont l’incontournable Apologie pour tous les jeunes roots en mal de défonce qui revendiquaient, déjà, à l’époque, la légalisation du canabis…

Mangez-moi. Billy ze Kick. Alors là, c’est le summum du morceau à réécouter quelques années plus tard. Gamin, on l’a tous chantée, on la trouvait marrante, ça nous faisait tous marrer. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est avant tout un morceau de drogué, toxicomane, teuffeur… On kiffe toujours autant quoi que probablement étonné de nous imaginer chanter ce morceau quand on était minot (ou pas parce que je sais qu’on a des quinquagénaires qui traînent dans le coin). Évidemment, le clip est une tuerie.

We will rock you. Queen. Qui passait en boucle sur les ondes radio. Qu’on yogurtait à foison. Qui faisait de nous des fans de rock. Et que je mets surtout pour le plaisir de vous passer un truc qui déboîte un peu sa maman dans mes diverses élucubrations musicales sans quoi je serais probablement bonne pour la pendaison.

Barbie Girl. Aqua. Les années 90 en puissance, du rose, du plastique, une voix de crécelle sur un début de son pop-techno. Une sorte d’Abba mélangé à Casimir lobotomisé façon barbie hollywoodienne… Et un Ken digne de Vin Diesel. Hey Barbie. Hey Ken. Ready for a ride? Sure Ken. Jump in… Et le pire c’est probablement que ce fut le seul opus d’un genre jamais égalé…

Lemon Tree. Fool’s Garden. Parce que superbe reprise de nos amis les Beattles et qu’il fallait bien que je la case quelque part.

Chat. Pow Wow. Plus pour nos parents mais Pow Wow quand même. Parce que sensualité et absurdité mêlées dans une seule et même chanson, le ton sur un fond musical pas du tout dégueulasse et agrémenté d’une performance vocale plus qu’appréciable. Et puis mythique. Moi vouloir être chat… De l’audace en compact disc.

Wannabe. Spice Girls. Parce que je vous ai déjà épargné Larusso et que je ne peux pas passer à côté d’un truc pareil… Faut que je me calme.

Parce que c’était mon enfance, peut-être la vôtre, parce que vous connaissez forcément ces chansons et que ça faisait un moment que je ne vous avais pas servi de quoi gerber et vous marrer en même temps. Un mec qui ris pendant qu’il vomit, j’ai toujours trouvé ça physiquement intéressant à observer, vous êtes pas obligés de me pardonner pour ça. Enjoy.

Cendar a pris le train, ce matin, Cendar a même acheté le Nouvel Obs avant de monter dans son premier transport, celui avant la correspondance. Cendar a kiffé la couverture sur Sarko et cette putain de question « cet homme est-il dangereux? ». Cendar pourrait vous parler de ça et arrêter de parler d’elle à la troisième personne du singulier. Si je m’accorde assez facilement avec toutes mes autres personnalités sur le fait qu’il est nécessaire de reprendre le « je » là où je l’avais laissé, force est de constater pour vous, pauvres pêcheurs lecteurs, que je ne vous parlerai pas de politique. Faudrait pourtant que je m’y remette, c’est bientôt la rentrée, mais non. J’ai pas envie. Pas vraiment. Je suis dans le train, donc, en partance pour Nancy sans savoir combien de temps j’y resterai puisque je suis toujours dans cette maison de fou à la recherche du laisser passer A38 ou formulaire E111. Bah ouais, je sais toujours pas où je vais faire mes études et il était temps pour moi de m’occuper de ça en personne, de reprendre les rênes du navire et de vous perdre dans des non-sens multiples et gras.

Alphonse Allais a dit, je cite, « Partir, c’est mourir un peu. Mourir, c’est partir beaucoup. ». Aujourd’hui, je suis partie. J’ai pris un train, la tangente et j’ai même débarrassé le plancher. Vous ne savez pas où je veux en venir? Toujours pas? Je suis celle qui est partie. Il y a deux catégories d’individus dans ce genre de situation : ceux qui restent et ceux qui partent. Bien souvent, j’ai été celle qui est restée, celle qui a souffert le manque, celle qui a tourné en rond et fait les cent pas… Mais c’est quoi le pire? Est-ce que c’est rester et regarder tout le monde partir, à sucer le plaisir jusqu’à la moëlle de ce temps qui nous est encore imparti, ou est-ce que c’est partir et se dire qu’on est sur les rails, en route pour de nouvelles aventures? Je ne sais pas. Je sais que je vais perdre les trois quarts du lectorat de Septembre en vous parlant de mes petits états d’âme mais j’ai mal au cœur. J’ai mal au cœur parce que je suis tombée amoureuse… Amoureuse non pas d’un homme mais d’une période de ma vie, amoureuse de gens tous différents, amoureuse d’un restaurant, amoureuse de bars, de boîtes de nuit, d’instants volés à la faveur d’un ciel ensoleillé ou d’une lune paresseuse. Amoureuse d’un putain de double martini blanc, amoureuse de mon tablier, amoureuse des gens que je laisse derrière moi, même si je sais qu’on se reverra. Et qui dit amoureuse éperdue en partance dit cœur brisé. Je suis malheureuse, amis lecteurs, parce que j’ai du mal à reprendre pieds avec la réalité, cette réalité irréelle et insensée où mon été ne représente qu’une saison en restauration et où le Pichet n’est qu’un restaurant parmi les autres. Vous n’avez rien compris à la vie, vous avez tout loupé. Je suis une pauvre conne bercée dans un sentimentalisme qui ne lui ressemble pas mais je m’en fous.

J’ai pas envie de revenir à une vie d’étudiante, pas envie de me trouver dingue de me coucher à trois heures du matin, pas envie de ne plus avoir de personnes avec qui partager une bonne bouteille de rouge. J’ai pas envie de crever de froid la gueule ouverte sans faire le pingouin, pas envie de chercher Paulo pour d’autres gens, pas envie de retourner squatter mes amphis en talons alors que j’ai enfin réappris à kiffer le mode roots. Non, j’ai pas envie, c’est clair, mais c’est comme ça, je peux pas lutter. Pourquoi? Parce que toutes les histoires ont une fin. Mais non, pas de fin, juste le début de nouvelles histoires. Maintenant, c’est la guerre, contre le monde, contre le temps, pour réussir à garder contact, à ne pas voir le temps passer jusqu’à mon départ en Guadeloupe. C’est la guerre parce que je suis en pleine crise existentielle, entre simplicité et torture ontologique de la meuf qui aspire à la paix mais qui aime bien se compliquer la vie.

Je suis aux abois, les mecs, je sais plus où j’en suis, plus où je vais. Je sais pas où je vais devoir faire mes études, je sais pas où je vais vivre, je sais même pas de quoi je vais vous parler samedi. Ou dimanche. Je suis inconstante. Je suis à la ramasse, j’ai envie de hurler… D’allumer une Chester. Mais c’est pas grave, j’ai au moins une certitude, ce soir… Celle d’avoir vécu un été inoubliable et inimitable avec des gens qui resteront. Parce qu’on ne quitte pas le Pichet… Et le Pichet ne nous quitte jamais.

C’était le mot d’amour d’une serveuse en dépression qui, peu à peu, laissera sa place à une ambitieuse étudiante en droit. La schizophrénie a ses limites, je crois. Ou pas.

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