Chesterfield


Si quelqu’un nous entend encore ici, sachez que Phil et moi, après une année à faire semblant de travailler à la fac, avons fini par abandonner toutes nos bonnes résolutions : on a pris nos copains, notre bizuth, nos clopes et nos albums sous le bras et on a déménagé! Eh ouais, on s’est cassé ailleurs, sur un site tout neuf, avec des gens tout nouveau et un design vachement mieux que celui là pour vous parler musique.

Dans ce cas, bande de branleurs (z’êtes forcément des branleurs si vous traînez encore ici), c’est par ici : http//:inkmusic.org 

A bientôt, les internautes!

Sommes-nous de gros branleurs? Peut-être. Ou pas. Pour une fois j’ai envie de vous dire que ce n’est pas notre faute : partiels, vacances, boulot… Concours à préparer pour l’ami Phil, un journal et une association à monter pour moi… C’est que la vie de « grand », ça prend du temps…

D’autant plus que – tadam – je m’étais lancée dans une nouvelle quête, qui fut pour le moins longue et difficile… Après la bicyclette rouge & le IPhone 4, ma dernière lubie était la quête d’une vraie mini jupe noire. Qu’est-ce que vous en avez à foutre, me direz-vous… Probablement rien, vous vous en foutez même certainement à peu près autant que votre premier protège cahier que vous estimerez – si vous êtes de bonne foi – à votre deuxième année de maternelle avant de vous rappeler que vous n’avez pas couvert vous même vos putains de cahiers avant le CP. Bref. Toujours est-il que vous vous en foutez mais, voyez, ça je m’en fous. D’une part parce que j’écris un article sur ce blog ce qu’aucun d’entre vous ne fait quand on n’est pas là (comment ça c’est pas à vous de le faire?) et ensuite parce que je suis une putain de dominatrice aigre et pas sympa, qui pratique la misanthropie à l’outrance, et que je parle de ce que je veux.

Je vous disais donc, j’ai galéré comme c’est pas permis pour trouver une mini jupe noire. C’était pourtant pas compliqué : je la voulais noire, courte mais pas trop, bien coupée, dans une matière synthétique proche de mes blazers (qui sont, comme vous le savez, la base de toute garde robe, quelle qu’elle soit) et, de préférence, plissée. Bah la mode n’était pas d’accord avec moi alors que je cherchais le plus classique de tous les classiques féminins en matière vestimentaire. Je les trouvais trop courtes, mal coupées, bouffantes, en cuir… Bref. Un massacre. Jusqu’à ce que je revienne sur mes terres d’origine, que j’entre dans une de mes boutiques grenobloises et que je trouve mon bonheur en 5 minutes… Evidemment. Il eut été étonnant, au final, que ce ne soit pas une sorte de persécution de la part de la Lorraine envers ma personne qui n’est pourtant pas sans défense… Notamment sur le plan du shopping.

Anyway. Saviez-vous que l’équivalent de la misogynie était la misandrie? Je vous dis ça parce que mon bizut et Phil lui-même m’ont attaqué avec ça (sans avoir le terme exact sinon c’est pas drôle) hier soir. En même temps, quand j’ai la tête dans le cul, que je viens de me lever et que je m’accroche à ma clope comme une femme à la mer en manque de matière cérébrale, je vois pas comment je pourrais ne pas en faire oeuvre quand Phil tente de « tester un truc » et lance un jeu de bourrin sur la console de mon filleul. Vous savez, ces jeux (minables ou jouissifs, selon votre référentiel) qui gargouillent, grognent et font preuve d’un tel arsenal que la compensation phallique est effective au bout de 5 secondes de jeu. Voilà. Truc pas agréable au réveil. Tout à fait. Donc – m’agrippant à ce cliché sur les hommes – je maudis Phil depuis cette page. Ah. Les hommes. Tous les mêmes!

J’aimerais vous parler de trucs intéressants & récents mais malheureusement tout le monde a déjà couvert l’évènement MAM, l’affaire Pornic nécessite que je sois un poil plus réveillée (mais promis, je vous la fais sous peu puisque je suis en vacances) et le reste me laisse sans voix pour le moment. Je suis en plein Palahniuck, j’ai récemment fini le dernier Ellis, c’est vrai, mais j’ai fait le tour des minimalistes – Ellis mis à part, c’est vrai – et aspire à vous présenter autre chose. J’ai ma petite idée, cependant.

(Yavait des snipers sur les toits, Phil est mort. Encore.)

Tout ça pour vous dire que je vous emmerde MAIS qu’on n’est pas mort et que je vais essayer de garder le navire en attendant que Phil puisse faire semblant d’être un peu là. Un peu. Semblant. En attendant, vous pouvez toujours suivre mon dernier petit bébé en date, le Contre Journal, oeuvre du Grand Battle Canard qu’on ne présente plus (mais on devrait y penser), ici même, sous trs peu – le temps que la machine se lance, quoi – http://contrecanard.wordpress.com/

Au plaisir, bande de dégénérés.

J’ai 20 ans, je suis insomniaque et je viens de prendre un cachet qui m’empêchera de rédiger cet article jusqu’à la fin… Pourquoi? Parce que je suis en période de partiels, que je suis une étudiante appliquée et qu’il faut que je dorme pour avoir la tête à réussir. Alors je me drogue. Pourquoi? Parce que je suis un pur produit de ma génération. 90, on a passé le nouveau millénaire… C’est l’heure du bilan.

Jeunesse fatiguée, désabusée, qui n’en peut plus de pouvoir se réorienter. Sciences trop vastes, humanité trop développée, économie sur-évaluée… Et la période des soldes. On se perd au détour d’un macdo, on vend son âme au dieu Avenir, Promesses, Amour, Gloire & Beauté. Et puis – de temps en temps – on paye son loyer et on bouffe des coquillettes. Jeunesse déséquilibrée qui croit encore que le Bigmac est un antidépresseur… A torts? Peut-être pas. Que celui qui n’a jamais décompensé sur un menu maxi best of me jette la première pierre, ça me donnera une bonne raison de faire jouer le principe de légitime défense.

Jeunesse frustrée, désillusionnée, perdue avec ses idéaux au milieu d’un monde qui ne lui cache plus rien, ou presque (merci Wikileaks). La vérité, c’est mortel… Même que, des fois, ça fait du mal. La vérité, ça blesse… Parce qu’il y a encore pire que la vérité : l’ignorer. Se voiler la face, encore, pour pouvoir s’acheter le dernier tee-shirt à la mode en ignorant (effrontément) le petit chinois qui l’a cousu de ses petits doigts. De toutes façons, si c’est pas moi, ce sera un autre. Le monde ne m’attendra pas. Le monde ne nous attend pas.

J’ai 20 ans. Quand je rentre chez moi, je marche sur le bord extérieur du trottoir à chaque coin de rue, au cas où un mec pas net traînerait par là avec de sales idées dans la tête. Je fais 1m73, une taille 36 : un vrai morceau de viande. Les hommes cherchent des femmes, d’autres en payent, les derniers cherchent désespérément des femmes en essayant de les payer et réduisent à néant tout le reste de leur espèce. On ne se marie plus, on ne veut plus d’enfants, on préfère vivre de sexe et de vodka que d’amour et d’eau fraîche.

Entre bordel psychologique et délire psychédélique, je dessine le portrait pessimiste d’un monde qui n’apparait que trop facilement sous son mauvais jour. Quid du prix Nobel? Paix, littérature, sciences? Quid de l’Art? Quid de la Culture? Quid des choses simples de la vie, des rêves? Quand je serais grande, j’irais vivre dans un Château en Ecosse avec S. Connery et même qu’il aura pas vieilli et que j’en aurais rien à foutre de la différence d’âge. Dans mon sac, j’ai la peluche d’un personnage Disney. J’aime jouer à prendre des photos de moments simples de ma simple existence (aussi compliquée puisse-t-elle me paraître les jours de fatigue). Mon passe-temps préféré c’est boire un verre avec des potes sur un fond de bonne musique. Et pourtant le monde marche sur la tête en mélangeant tout au sexe, à l’alcool et à la drogue. Je ne peux même pas lui en vouloir : c’est tellement bon.

On rêve d’échappatoire, on veut quitter Alcatraz, abandonner le navire, disparaître dans un nuage de fumée vers le Paradis de Kurt Cobain et Jimmi Hendrix. Jim Morrison toise Roselyne Bachelot, quelque part un peu plus loin, Jésus apprend les bienfaits du LSD à 13 crétins dont l’un s’appelle déjà Nicolas. Comme quoi.

J’aime bien persécuter les gens, aussi. Cette année, j’ai décidé de ne pas prendre de bonnes résolutions sinon de rester fidèle à moi-même, toujours au poste, là où on ne m’attend pas. J’enterre mes morts, crache sur vos tombes, décore mon appartement et rédige un article qui n’a pour sens que celui que mon esprit d’étudiante épuisée veut bien lui donner. L’Homme est-il encore apte à la vie qu’il s’est créé? Y a-t-il une fin? Qui était là le premier, de la poule ou de l’œuf? Heureusement qu’Alain Chabat existe pour apaiser nos esprits exacerbés par un trop plein de questions sans réponses. Et puis de toutes façons, les chats ils dépensent leur pognon au baby-foot, ils passent leur temps à fumer des pétards et à monter au plafond. Les chats, c’est vraiment des branleurs.

Mon cachet ne fait pas suffisamment effet, j’ai 20 ans, un examen demain, je suis encore jeune et j’emmerde le monde.

Âmes errantes de la blogosphère, salutations et joyeux Noël ! Qui dit Noël dit nécessairement réunion de famille et qui dit famille, a fortiori, sous-entend par ce biais conversations pour le moins folkloriques. Une fois qu’on a écarté les discussions sur les différentes sortes de four, les fuck offs mal placés et les débats sur les prénoms pourris (que je gagne systématiquement), on finit par réussir à dégager quelques sujets d’article pour le moins intéressants. Coincée quelque part dans le sud ouest en pleine campagne, je subis quotidiennement les remarques sur la pression sociale de mon cousin réac’ (et barbu mais on l’aime comme ça)… En attendant, la pression sociale, tu ne peux pas en mesurer ni le poids ni l’ampleur tant que tu n’as pas eu un vagin. La pression sociale, son horreur et sa douleur, c’est définitivement (eh ouais) un truc de femme. Et pourquoi ? Mais parce que vous ne vous épilez pas mes agneaux !

La pression sociale par excellence, le moule le plus oppressant, c’est ce qui tient de la mode, de l’apparence… Et attention, pas la peine d’essayer d’y échapper, il y a des points profondément inévitables. Le poids restera toujours une question de choix et les régimes ne seront pas débattus (du moins pas après 3 jours à bouffer comme une vache) mais on ne peut que s’incliner ne serait-ce que devant l’argument de l’épilation. Les poils, c’est ni féminin ni tendance et, les femmes, elles en souffrent. Plus encore, vous n’avez jamais porté de talons, non plus. Vous ne pouvez pas comprendre. Impossible pour vous de réaliser la douleur que représente la pression sociale puisque vous ne vous y pliez que trop peu… Trop peu, oui, puisque la pression sociale, sous bien des aspects, n’est qu’une oppression psychologique, un silence imposé, une privation éventuelle… Mais dans les faits… Dans les faits, nous autres gonzesses, mesdames, jeunes filles et autres espèces du genre, on prend cher. Epilation jambes, maillots, aisselles, sourcils… Douleur. Larmes. Résignation…

D’autant plus qu’on sait parfaitement que jamais aucune actrice ne décidera de mettre les poils à la mode et encore plus que, refuser la pression sociale, c’est se condamner à l’abstinence. Aucun humain n’est assez fort pour ça : la chair est faible. Bref, tu nais avec un double chromosome X et tu te retrouves condamnée à la pression sociale ad vitam eternam. On me dira que l’argument est facile, je vous propose – moi, à vous messieurs – de vous offrir une épilation maison pour qu’on en rediscute ensuite. Florence Foresti a fait un petit sketch sympa sur la grossesse (ici), on ne parle pas de l’accouchement… L’épilation, c’est pareil, quand tu demandes à tes ainées « ça fait mal au début mais après tu sens plus rien ». Ah bah ouais, t’as les jambes désensibilisées, à force ! On ne dira pas que tu pleures pendant deux heures à chaque fois au début. Ah bah non, on va pas décourager toutes les gamines de la planète. Et je vous le dis, aujourd’hui, la pression sociale, le mal ultime de la société, il se résume très simplement : c’est aussi douloureux qu’une première épilation et il faut être une femme pour le comprendre.

Cher petit papa Nawel,

Cette année, j’ai été sage (même si tout est relatif). J’ai tenu mon blog correctement et pardonné aux carabins leur bêtise. J’ai travaillé tout l’été, lutté contre l’alcoolisme et n’ai pas été hospitalisée. Je mange raisonnablement et je ne fais plus la guerre au gras. J’ai dépensé mon argent en vêtement, certes, mais uniquement pour avoir la classe. Petit Papa Nawel, j’ai même réussi à me faire à l’idée que j’habite à Nancy et à trouver des aspects positifs à cette constatation. Je pense qu’on peut se mettre d’accord : cette année, le père Fouettard n’a pas intérêt de pointer le bout de son nez sinon je lui réduis la mâchoire en bouillie.

Aussi, si je peux me permettre, voici la liste de mes réclamations s’il-te-plaitesques… Ou pas, en fait. Non, parce qu’on me l’a déjà faite à moi, le coup de la liste, la liste de tes rêves, qui matérialise tous tes fantasmes, tes espoirs, tes désirs… Et qu’à la fin tu ne reçois que le truc le plus pourrave que t’avais écrit en dernier, histoire de clore le divin morceau de papier par l’énumération d’un nombre pair d’objets convoités. Quand arrive l’âge de la raison, Père Noël, tu rimes parfois (souvent) avec frustration. Où est passé ce superbe équivalent électronique du poisson rouge en plus expressif que j’avais commandé à l’âge de mes 10ans? Rudolph l’a bouffé ou quoi? Et ma machine à écrire? Pareil? Foutage de gueule. Je veux pas dire mais question usine à jouets, des fois, ça craint.

Je pense à tous ces enfants aujourd’hui qui attendent monts et merveilles au pied de leur sapin, à quelques jours de la sacro-sainte date de la toy party de l’année, et j’ai mal au cœur. Je dis stop. Je dis non. Assez de frustration, d’enfants obèses qui décompensent par les papillotes, assez de crises de foie, d’alcoolisme précoce… Assez! L’année prochaine, sois réglo, envoie des listes de jouets en stock, qu’on sache enfin à quoi s’attendre… Tu sais, Père Noël, le système hospitalier est déjà suffisamment blindé pour que tu puisses te permettre de décupler le nombre d’ulcères à la période où mettre des brancards dans un couloir tient du crime contre l’humanité.

Alors, oui, je sais, nous sommes une génération d’insatisfaits, d’ingrats… C’est vrai, je te l’accorde. En même temps, quand tu vois tous les massacres et autres injustices cruelles qu’on nous sert tous les jours aux informations, comment peux-tu nous en vouloir de placer nos rêves les plus fous dans la seule chose encore sûre sur cette putain de planète : le matérialisme. Les choses. Capitalisme, flux monétaires et financiers, dépenses, achat, possession… Jouet. Le rêve de l’enfance, aujourd’hui, c’est le pur produit de cette société de consommation, c’est quelque chose de sûr, de tangible, de concret… Un objet, un seul, et des milliers de petites étincelles au fond des yeux d’un gamin. On s’en fout que sa mère soit morte du sida et qu’il soit destiné à la suivre de près : pendant quelques jours, il pensera être un roi, un élu, tout ça parce que – pour une fois – t’auras fait ton boulot correctement. Je veux pas te mettre la pression, Père Noël, mais le monde a besoin de toi, il faut que tu nous vendes du rêve pour qu’on retrouve la foi et qu’on remette ce monde en ruines sur pieds. Mets-toi au Taylorisme! Dope tes rennes! Exploite tes lutins! Délocalise ton usine en Chine! Fais quelque chose… Il est temps, il est l’heure, on a tiré sur toutes les sonnettes d’alarme… Sors-toi les doigts du cul! Ça suffit maintenant, on prend un coca (paraît que t’aimes ça) et on reprend son rôle en main. Correctement.

Non mais c’est vrai, Père Noël, faut pas déconner, bientôt on va nous dire que t’as été tué par le KGB, que t’existes pas et que, en fait, ce sont nos parents chéris qui tentent de nous combler, bon gré, mal gré, sans pouvoir répondre à nos attentes exorbitantes et insensées… La blague.

Bien à toi,

Cendar

Mes amis, la semaine dernière, jeudi soir, j’ai vécu une expérience hors du commun : je suis passée de l’autre côté du miroir – ou devrais-je dire de l’écran… Je n’étais plus à Nancy, non, loin de là, j’étais quelque part plusieurs années auparavant dans un studio holywoodien, sur le plateau de tournage d’A tombeau ouvert, un film de Martin Scorcese où Nicholas Cage joue le rôle d’un ambulancier new-yorkais, dépressif, alcoolique et complètement psychotique. Destruction, distraction! Et même que c’est même pas de moi.

Imaginez-vous un hôpital en centre ville, un soir de neige aux températures juste indécentes. Imaginez-vous en train de chercher l’entrée pour aller aux urgences avec une amie au bord de l’inconscience tant elle a des vertiges. Une paire de talons, du verglas par terre, le vent…. Et puis ce putain de froid mortifaire de merde que tu sais qu’il finira bien par t’avoir si tu ne trouves pas rapidement l’entrée de ce putain de service d’urgences. Le temps passe. L’entrée des urgences se profile au loin, délire incertain parmi les flocons grisâtres d’une ville qui n’aime pas le blanc, et vous vous approchez doucement, dans l’espoir d’une aide qui ne viendra peut-être pas aussi spontanément que vous auriez pu le croire voire – pire – l’espérer. Le passage au bureau administratif vous permettra d’observer d’un œil perplexe la sélection des niveaux d’urgence : un diagnostic oral et une prise de température, tout ce qu’il vous faudra pour signer pour une heure d’attente avec une malade dans une salle mal chauffée, pauvrement meublée et bien triste. Le temps passe, encore. Au bout d’une heure (et demie) et une demi douzaine de cafés plus tard, une infirmière viendra appeler votre amie et vous vous retrouverez à attendre autre chose… Non pas les soins mais le diagnostic… Non pas le médecin mais la réponse à la question accompagnée, de préférence, de la solution au problème. Vous vous illusionnerez, sans en avoir encore conscience. La malade préservée et en plein examen, c’est l’absurde qui viendra vous chercher…

Au Noé du tombeau ouvert, la pseudo réalité névrosée qui nous a cueillis mon comparse et moi a substitué un Benjamin en grande forme. Benjamin s’est présenté à nous de la façon la plus absurde qui soit, sexe à l’air, urinant en plein milieu de la salle d’attente. Puis il a animé le reste de la nuit appelant « Hélène » qui n’arrêtait pas de lui rétorquer – et on la comprend – « Benjamin ça suffit, tu te calmes maintenant! ». Dans À tombeaux ouverts, c’est l’équivalent du célèbre « Noé, si tu continues, je ne te tue pas! »… mais on ne peut pas demander aux urgences nancéiennes d’avoir autant la classe qu’une production américaine versant dans le noir, le cynique et l’absurde. Mais si ce n’était que ça, je n’aurais rien à rajouter. Eh oui. S’en suit le passage d’un gendarme, puis d’un homme, puis d’un autre gendarme. Un rapide coup d’œil jeté à l’arrache sur le carrelage dégueulasse de l’endroit me permet à peine d’entrevoir la réalité de la chose, à savoir des entraves aux chevilles du civil… Je ne vous donne pas les détails, vous avez très certainement compris. Alors que nous attendons – toujours – des nouvelles de notre malade, un homme entre dans la salle d’attente en mode wesh wesh « ta pa une klop steuplé ta vu j’s8 en stress fo k’j’fume ». Euh. Oui. Mais non. « nan mé zyva ta pa une klop sa race? ». Euh. Bah. Toujours pas…

Tandis que mon courageux compagnon de galère (et chauffeur de luxe) continuait de braver l’univers absurde de la salle d’attente, j’ai été appelée pour tenir compagnie à notre malade qui attendait de savoir si – oui ou non – il y avait des trucs dans sa tête. Et le temps passe, passe… Et passe. Le temps passe, encore… Et encore. Bon, il arrive quand ce scanner? Le temps passe, toujours, et emporte avec lui d’éternelles secondes d’une jeunesse qui s’évapore dans une impatience aux relents d’effroi. Rien ne va. L’hôpital se fout de la charité et t’achève, installant dans la même pièce que mon amie une arrière-arrière-arrière-[…]-arrière-grand-mère en fin de vie, un truc tout rachitique, couvert de bleus, ne pouvant respirer sans son apport particulier d’oxygène, une voix tremblante, des larmes… la totale. Et toute personne se rappelle à ce moment-là qu’il est bon d’être jeune. Oh oui. Escapades cafés/clopes en masse vers la salle d’attente, tant pour fuir les urgences que pour vérifier que le bisounours de la bande survie de l’autre côté du « sas » (de la porte, quoi). Et le temps passe. Encore. Au bout d’un certain temps, des ambulanciers arrivent pour chercher l’urgence et l’emmène passer son scanner. Alors que je suis gentiment affalée sur mon compagnon de galère en mode micro sieste et repos, une infirmière débarque pour nous proposer d’éteindre la lumière voire de nous rapporter des couvertures. Pour un peu, on se serait fait border…

Retour du scanner, attente du diagnostic. Attente encore. Attente toujours. Ponction lombaire ou pas? Ou pas. Et retour à la maison, non sans avoir vaguement remarqué que le wesh-wesh-klope s’est fait embarquer par les flics à force d’excitation absurdo-burlesque.

Le temps a passé, on a survécu… Je crois que mon regard sur le fil(m) conducteur de ce ramassis d’humanité en putréfaction a changé, pour toujours. Les urgences sont immuables.

La réalité c’est l’illusion créée par l’absence de drogues dixit Richard Desjardins... Et, moi, je suis une psychotique qui vit en marge de la réalité. Je suis accro à mes clopes, accro au café, je suis alcoolique, je peux pas vivre sans sexe, le travail est mon opium personnel, je rêve de rail blanche vers un monde meilleur, je suis incapable de vivre sans facebook, ma vie est parasitée par mon besoin excessif de vie sociale, j’ai tendance à tomber dans des (une) relation(s) addictive(s) qui me fait faire n’importe quoi, je prends de la musique en shoot et de la littérature en bang, Paulo est l’un de mes meilleurs amis, j’ai besoin d’une séance de shopping par mois et je ne serais définitivement rien sans ma culture – moralement réprouvée – de la méchanceté gratuite (enfin, ce que les gens estiment en être). Je suis cassée de partout, je crèverais probablement d’une mort cérébrale et la seule chose qui m’emmerde c’est que je peux pas mettre ma boîte à conneries de chat sur mon testament. Comme quoi. La drogue est partout. La drogue est mon ennemi. Fuir son ennemi c’est lâche et je tombe dans des lieux communs usés jusqu’à l’os. Peu1porte.

Arrive alors la question… Face à ces addictions, face à toutes ces formes de dépendance… Nous construisent-elles? Assurément. Pourquoi? Parce que l’Homme est vice et que, le vice, c’est bien. Question de référentiel mes amis, n’empêche que quand ma coloc a débarqué chez moi en affirmant ne plus fumer, ne plus boire, avoir une vie de couple plus ou moins stable et s’être lassée du cynisme, je me suis demandée qui j’avais en face de moi. Serais-je la même personne si j’arrêtais de fumer? Si je n’aimais plus le martini? Les drogues nous forment-elles? Les addictions, plutôt, histoire d’être claire dans mes termes, mais toujours est-il que la réponse est positive. Les addictions grossissent des traits de notre personnalité et façonnent notre rapport au monde. Alors un monde sans addiction, un monde sans possible développement de dépendance, quelle qu’elle soit, très peu pour moi.

Nos amis les législateurs de tous pays l’ont par ailleurs bien compris. On interdit aux ouvriers de se défoncer au cannabis parce que ça les empêche de bosser dans nos usines (vous ne croyiez tout de même pas qu’on a pénalisé pour le bien des citoyens, quand même?) mais on leur autorise la clope et l’alcool. Déjà parce que faut pas trop les frustrer et, ensuite, parce que, de leurS dépendanceS, on pourra tirer un bénéfice certain. Eh ouais. C’est comme ça. C’est toujours comme ça. Inutile de préciser que les fashion victims font le bonheur de tous nos dirigeants et autres camés d’économie. Une addiction taxée à 19,6%? Le pied.

Enfin. Je m’y perds. Probablement la caféine qui me fait perdre la tête. Ou le manque. De nicotine, peut-être. Je ne sais pas. Je m’en fous. J’ai envie d’un verre. Faut que je sois responsable. La vie est dure. Et puis j’ai du travail. Et puis cet article se casse la gueule. N’empêche que si on ne passait pas notre temps dans la quête absolue du bonheur et du bien être, donc de la décharge d’endorphine (qui est une drogue, mes enfants), on serait tous des gros cons aigris et pas divertissants pour un putain de cents. Alors droguez-vous, cultivez vos addictions, cultivez-vous tout court, laissez-vous vivre et dites-vous bien que si l’État vous tape sur les doigts c’est parce qu’il ne peut pas récupérer du fric sur tout ce que vous faites. L’excès, c’est ça qu’est la vérité les copains.

Page suivante »