Vous allez croire que je suis obsédé, mais j’ai envie de vous parler encore de Wikileaks. Faut dire aussi que tous les journaux titrent chaque jour avec des articles plus ou moins relatifs à ce site. Je ne parlerais pas à nouveau du bien fondé ou non de son action, vous pouvez toujours lire mon avis ici. Ce qui est sûr, et ce qui n’était peut-être pas le cas au début, c’est que j’ai de plus en plus l’impression qu’une nouvelle page de l’Histoire se tourne, que nous sommes en train d’assister à un événement aussi inédit qu’historique. Au-delà de la question de la diplomatie secrète, au-delà de la conception de « secret » et des conséquences de sa divulgation publique, c’est le sort d’un fondamental de notre société qui se joue en ce moment : la liberté d’expression.

Au vu de la réaction des démocraties modernes, il devient clair que nous sommes à un point charnier de contre conception libérale de la société. Regardez la réaction du chantre de la liberté et de son apôtre le plus emblématique : M. Obama. Ce dernier s’était engagé lors de sa campagne à se mettre au service de la transparence, à prôner a régulation du secret et des mensonges. Et le voilà aujourd’hui à la tête de la nation la plus hostile à Wikileaks et son idéal de vérité. Regardez a France, nation des droits de l’Homme et donneuse de leçon en chef. Aujourd’hui, elle passe une législation qui pourrait clairement porter préjudice à la liberté d’expression en permettant la rédaction de listes noires de censure qui seraient envoyées aux serveurs pour interdire l’accès des internautes à certains sites internet. La censure… Justifiée par des impératifs de sécurité et de lutte contre la cybercriminalité, bien entendu. Mais la censure… Ce symbole du totalitarisme, le meilleur ennemi de la démocratie, la gangrène chinoise… Nous y voilà. Même les sociétés Paypal, Visa ou Amazon, fer de lance du libéralisme économique, s’y mettent.

Là où j’éprouve un peu de difficulté à comprendre, c’est tout simplement pourquoi? Pourquoi vouloir censurer internet alors que c’est une œuvre totalement impossible? Pourquoi ne pas attendre un faux pas de « l’ennemi » plutôt que de le transformer en martyr? Nos gouvernements se sont pourtant déjà cassés les dents en tentant d’interdire le téléchargement illégal. Personne ne peut contrôler les flux et leur contenu. L’internet est une hydre adulée et vitale à notre société. Pourquoi lui essayer de lui couper la tête plutôt que de la chérir avant qu’elle en se transforme en monstre?

Bref. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle période. A la croisée des chemins. L’un est celui de la peur et de la domination, le sentier de la régression. L’autre est celui d’une nouvelle forme de lutte des classes, la réintrégration de la société civile dans le processus de gouvernement et d’information, la revanche de l’individu sur le mensonge dont le gave la société. J’ai bien parlé de lutte des classes. En politique, et plus généralement dans tout ce qui touche à l’information et les relations entre États et entre sociétés, existait depuis longtemps et de façon larvé une dualité, une division entre ceux qui savent et ont le pouvoir, et les ignorants. Loin de tout jugement de valeur, j’évoque juste ici l’existence d’une classe dirigeante qui « sait » et fait en sorte d’être la seule à le savoir, et une classe dirigée qui ignore et au fond, préfère ne pas vraiment savoir. Voilà ce que révèle aujourd’hui au grand jour Wikileaks. Peut-être certains en avaient ils la conviction, ou le sentaient-ils intuitivement, mais aujourd’hui, c’est tout un système qui est mis à nu et qui implose.

Je n’essaie pas de faire un appel à la résistance. Mais je suis persuadé que beaucoup de choses se jouent ici. Une liberté fondamentale est clairement assaillie, le mensonge déversé en flot ininterrompu, et l’État de droit, fondement de notre confiance en notre modèle, semble à un pas de basculer. Une guerre est en train de s’amorcer. Si vous n’aimez pas ce terme, préférez lui le mot « lutte ». Mais ne me prenez pas pour un exalté, la réalité est bien là. Depuis quelques jour son assiste à l’entrée en conflit à proprement parlé de deux factions : les États contre les hackers. Le journal danois Information titrait cette semaine « la première guerre du Net est déclarée ». Et ce n’était pas une blague. La cyberguerre n’est plus un concept fantasmagorique, mais bien un fait. Tous les sites qui ont porté atteinte à Wikileaks ont été attaqué et assaillis par une horde de hackers.

Le pionner d’Internet, John Perry Barlow (et célèbre auteur de la déclaration d’indépendance d’Internet) écrivait sur twitter : « La première guerre de l’information a maintenant commencé. Wikileaks est le champs de bataille. Vous en êtes les troupes ». Des propos à ne pas sous-estimer.

Ne faisons pas de catastrophisme. Mais il serait irresponsable de ne pas rester alerte. Quelle ironie. Quelle ironie de voir qu’aujourd’hui, les plus ardents défenseurs de notre liberté ne sont ni nos représentants, ni nos gouvernements, ni nos intellectuels, mais bien des « hors-la-loi » anonymes. Alors voilà. Peu importe les conséquences de ces révélations. Peu importe leur portée. Peu importe leur légalité. Ce qui prévaut aujourd’hui, pour moi, c’est la défense de cette liberté si fondamentale qu’on en oublierait presque son existence, ou l’existence que nous aurions sans elle.

Allons, chers lecteurs. Ne déprimez pas. Ecoutons ensemble un morceau dont les lyrics me rappellent étrangement certains thèmes évoqués ici.

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