octobre 2010


Me revoilà. Ne perdons pas de temps en excuses. Disons que ce break a eu pour effet de renforcer notre motivation et notre zèle. C’est aussi la conséquence logique pour ma part d’une phase larvaire de grande intensité, d’une semaine passée à manger du saucisson sur mon canapé en regardant Heroes. Oui, Heroes. Cette série pour ados impuissants au scénario aussi bancale que dépourvu d’originalité. Les 50 et quelques heures des 4 saisons en une semaine… C’est une honte, je vous l’accorde. Du coup, je ne vais pas tarder à bifurquer sur une série qui présente un intérêt bien supérieur : The Big Bang Theory. Quoi? Une série de geek? Merde…

Peu 1porte (classe non?). Je me suis repris en main, tenté de me re-sociabiliser un minimum, donné un peu d’air et d’intérêt à mon train de vie routinier. Du coup, direction ciné. Seule et unique destination source d’inspiration et d’épanouissement à portée culturelle. Ouais. Mais qu’aller voir? Pas envie de religion, de fanatisme et de théo-rhétorique. Au diable des Hommes et des Dieux. La Palme d’Or de Cannes n’est plus diffusée. Snif. The Social Network… Merde quoi. On passe si peu de temps sur facebook que ça mérite d’en plus en faire un film? Le dernier Woody… Trop de mauvais retours, je préfère continuer à vivre dans mon monde merveilleux où Mr. Allen est Dieu. Mais mince, rien ne m’attire décidément… Ah si! Le dernier Inarritu bien sur! Ne vous ai-je jamais dit que j’étais un grand fan?

Donc. Biutiful. « C’est l’histoire d’un homme en chute libre. Sensible aux esprits, Uxbal, père de deux enfants, sent que la mort rôde. Confronté à un quotidien corrompu et à un destin contraire, il se bat pour pardonner, pour aimer, pour toujours… » dixit allociné. En gros, Uxbal est un enfoiré. Il baigne dans les magouilles, entretient des pauvres africains dans le commerce illégal de rue, cautionne l’exploitation de pauvres chinois par des compatriotes sans scrupules et distribue des pots-de-vin à tours de bras. Ce qui ne l’empêche pas de vivre dans un taudis et de donner à ses gosses une pitance on ne peut plus basique. Mais au fond, Uxbal a bon fond. Surtout quand il apprend qu’il va mourir d’un cancer. Ce qui fait de lui un lâche. Mais peu importe, car après tout, Uxbal est profondément humain, donc paradoxal, double et faible. Il cherche la rédemption, s’inquiète pour sa famille et son devenir après son trépas, et va même jusqu’à aider les personnes qu’il exploitait autrefois.

Voyez, sur le papier, le scénario est un peu bancal. Disons qu’il peut aisément sombrer dans un pathos déprimant ou bien sublimer le tragique destin d’un homme lambda, d’un « monsieur tout-le-monde » sans excès de morale et d’avilissement. Heureusement pour le spectateur, Alejandro Gonzalez Inarritu est un grand réalisateur et Javier Bardem un grand acteur. Immense même. A vrai dire, on doit la grande qualité de ce film essentiellement à ce dernier qui confirme une fois encore son incroyable talent et la variété de son jeu. Personne n’aurait mieux incarné la déchéance de cette homme fort, ce taureau parfois amoral, cet être sensible mais inaccessible. Transcendant la simple et traditionnelle descente aux enfers, il porte la complexité et l’intensité de l’âme humaine à un paroxysme.

En revanche, il est plus difficile de donner autant de lauriers au réalisateur. Malgré une mise en scène impeccable, un rythme parfaitement maitrisé laissant de l’espace pour de longs plans-séquences donnant l’opportunité au jeu de Bardem de gagner en intensité sans perdre néanmoins le spectateur, une gestion parfaite des atmosphères et des symboles, malgré tous ces ingrédients d’une grande qualité, la sauce a du mal à prendre. Pourquoi? Parce que parfois c’est trop. Parce que ce film vous prend aux trippes et vous remue les viscères. Parce qu’une telle intensité dans la douleur, une telle tournure du destin semble parfois trop irréelle. Parce que parfois M. Inarritu arrête de « montrer » pour « exhiber », exhiber la tristesse, la déchéance du corps et de l’esprit, exhibant tant la couche de Uxbal, dernier rempart pour sa diginité, que ses longs jets d’urine ensanglantée, et ce jusqu’à la dernière goutte.

Oui Alejandro. Tu es un grand. Mais la pudeur n’est pas, même aujourd’hui, une pensée rétrograde. La pudeur permet la suggestion, la suggestion fait appel à l’imagination du spectateur, et cette part de mystère faisait jusqu’à maintenant l’originalité et la beauté de ton cinéma. Ne t’égares pas!

Vous n’y croyiez plus et qui pourrait vous en vouloir? Je suis sincèrement désolée, il faut le dire, d’avoir abandonné le navire de la sorte. À titre d’excuse, je traverse une passe difficile en mode « non seulement je suis athée et en plus dieu me déteste », et pour cause! Voyage en Guadeloupe annulé à la veille du départ, relent de « crève, Cendar, le monde aura ta peau » et autres joyeusetés étudiantes. Mais qu’importe, peu1porte, blablabla. Je me reprends – oui, oui – et Cendar’s back. Avec un sujet d’article tout pourri, soit, mais un sujet d’article QUAND MÊME (*ovation générale dans l’hémicycle* je vous expliquerais ultérieurement). Bref : on n’est pas mort, désolée.

Sur ce, Lecteurs, passons aux choses sérieuses. Vous vous doutez bien que dans ma période dépressive, j’ai fait quelques trucs qui ne me ressemblent pas vraiment comme sécher les cours pour faire la gueule, enchaîner les soirées de façon irresponsable et – surprise – mater la blinde de films. Et quand je dis la blinde, je pèse mes mots! Ouais, ouais. Je sais. Je suis tombée bien bas…

Toujours est-il que de film de psychopathe en film de psychopathe, j’ai fini par me taper une petite réflexion sur le rôle des méchants dans l’univers cinématographique. Étant loin d’être seule dans ma tête et devant supporter une multitude de personnalités à tendances psycho-sociopathes, vous vous doutez bien que les films avec des méchants manichéens, c’est loin d’être mon trip. Sauf s’ils gagnent à la fin, évidemment. Si on exit – naturellement – mon aller direct pour le cinéma histoire de voir la dernière perle de Pixar aka Moi, Moche & Méchant (Didieeeeer!), on peut établir mes derniers acquis cinématographiques avec L’associé du Diable, 300, Pitch Black, Les Chroniques de Riddick, Immortel, Domino et c’est déjà pas mal pour une nana qui mate genre un film par mois (et encore).

Le délire dans chacun de ces films c’est qu’on s’éloigne de la dichotomie hollywoodienne classique du méchant vraiment moche et méchant et du gentil héroïque et tellement bon (souvent dans les deux sens du terme, vous le noterez). À savoir que dans 300, les héros sont comme de sacrés bourrins relativement sanguinaires (des spartiates, quoi), dans Domino on parle de chasseurs de prime (on a vu mieux niveau enfants de cœur), dans Pitch Black & les Chroniques de Riddick, on vous parle carrément d’un meurtrier moultement poursuivi (par des chasseurs de prime, d’ailleurs), dans Immortel on capte pas vraiment qui est gentil ou qui est méchant parce que même les Dieux sont des violeurs (ouais, je sais, rien d’étonnant, suffit de jeter un coup d’œil à la naissance aléatoire de Jésus dans notre culture mais tout de même, fallait oser) et – évidemment – dans l’Associé du Diable, on vous fait carrément l’apologie du Mal parce que, merde, le Diable c’est Al Pacino et c’est quand même monstrueusement la classe.

De là, une question – enfin plusieurs mais on va synthétiser – quelle est donc cette vision du méchant ou du pas méchant? C’est vrai, merde, elle est où l’époque où les films nous faisaient l’apologie du bien, que les méchants étaient fondamentalement méchants et que – en plus – ils perdaient? Le monde gagne en cynisme, mes amis, et ça fait du bien de le constater. Par ailleurs, force est de constater que la considération nuancée de l’être humain ne fera pas de mal à la morale. L’être humain n’est pas parfait et c’est pour ça qu’il est humain. L’être humain ne peut pas être foncièrement bon parce que sinon il devient fou (ou alors on le brûle Place de la Pucelle à Rouen, au choix). Le mal, quelque part, c’est bien. Le mal, c’est la faiblesse… Ou pas. Le côté obscur de la force – en plus d’avoir des cookies – attire parce qu’il est moins sévère que le bien. C’est plus facile de faire le mal (mais plus compliqué de le faire bien). C’est sexy d’être mauvais. Et tout devient plus simple. C’est plus humain… Plus souple. Dans le mal, on découvre des degrés, des nuances, une acceptation générale du concept (l’illégalisme toléré en est une illustration parmi tant d’autre), alors qu’être bon, c’est ne pas être mauvais. C’est tellement plus simple de se référer à un Diable qu’à un Dieu. On travaille tellement plus à être bon qu’à être mauvais. Considérer un méchant d’une façon plus détendue et plus naturelle, il faut dire que ça rend aussi l’exercice incroyablement plus crédible. Qui, de nos jours, peut avoir la prétention – dans un monde comme le nôtre – de n’aspirer qu’au bien et de n’agir qu’en regard de cette ligne de conduite? Que celui qui n’a jamais fauté me jette la première pierre. Être méchant, c’est tendance, on ne peut plus lutter. Et puis de toutes façons je serais mal placée pour affirmer le contraire : c’est tellement plus humain de ne pas être bon…

Je conclurai mon propos par deux citations de la scène finale de l’Associé du Diable parce que c’est d’un parlant très parlant.

La culpabilité, c’est un énorme sac plein de briques, tout ce que tu as à faire, c’est le poser. Pour qui tu le portes ton sac de briques ? Dis-moi Kevin. Dieu ? C’est ça ? Dieu ? Tu sais quoi ? J’vais te dévoiler une petite info exclusive au sujet de Dieu : Dieu aime regarder. C’est un farceur. Réfléchis : il accorde à l’homme les instincts, il vous fait ce cadeau extraordinaire et ensuite, qu’est-ce qu’il s’empresse de faire ? Et ça j’peux te l’jurer, pour son propre divertissement, sa propre distraction cosmique, personnelle, il établit des règles en oppositions. C’est d’un mauvais goût épouvantable… Regarde, mais surtout ne touche pas. Touche, mais surtout ne goûte pas ! Goûte, n’avale surtout pas ! Ha ha ha ! Et pendant que vous êtes tous là à sautiller d’un pied sur l’autre, lui qu’est-ce qu’il fait ? Il se fend la pêche à s’en cogner son vieux cul de cinglé au plafond. C’est un refoulé ! C’est un sadique ! C’est un proprio qu’habite même pas l’immeuble ! Vénérer un truc pareil ? Jamais !

« Je suis un humaniste! Peut-être même le dernier… »

Ca y est mes amis. Nous y sommes. Ou plutôt j’y suis : 20 années révolues. 20 années de grâce, de déceptions, de bonheur et de malheur, de rencontres et de solitudes. J’aime la vie! Mais si je vous assure, le vieil aigri que je suis parfois cache un optimiste avéré, amoureux de l’instant présent et des joies partagées.  Le Temps passe et nous fuyons l’Ennui. Le temps passe, les saisons aussi. Notre jeunesse dépérit mais notre âme s’affermit. Oui, je suis d’humeur poétique, mais je vous épargnerez ma prose laborieuse. Vous me pardonnerez aussi de vous offrir un article peu consistant. Laissez moi néanmoins vous faire partager les deux choses qui ont illuminé ma journée, une touche de nostalgie dans le cœur, mais non dénuée de bonheur.

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine

 

 

 

Si Chester a inventé le jazz, c’est bien pour permettre aux esprits capables de l’apprécier de pouvoir se ressourcer un peu… Et puis Chester a inventé mon proprio… Et mon proprio est un jour venu faire ma connaissance, histoire de boire un café et de voir si j’étais bien installée. Et puis on a parlé musique. Et puis on a parlé Jazz. Et puis mon proprio m’a invitée à aller voir un concert avec lui. De Jazz. Et, après, figurez-vous que j’ai méchamment kiffé ma race. Parce que Chester, ce dieu, il a aussi inventé Portico Quartet et, ça, voyez, c’est carrément la classe.

Concrètement, tout commence avec un festival : le Nancy Jazz Pulsations, le fameux événement qui va me permettre de pleurer devant son altesse Marcus Miller samedi soir… Et un petit concert à La Manufacture, salle de concert intimiste et excellemment sonorisée pour une heure que nous qualifierons d’un commun accord avec moi-même d’ultime.

Le groupe est jeune, sans prétention, sa renom ne le précède pas et c’est une douleur que la société s’inflige dans l’ignorance. Dès le premier morceau, je me dis que ça pue la Grande-Bretagne… pourquoi? Parce que cette musique est élémentaire et pas au sens basique du terme. Elle est élémentaire parce que le saxophone est aérien, que l’air drums est liquide, que la batterie est volcanique et la contrebasse terrestre. Elle est élémentaire parce que, l’espace d’une seconde, je m’imagine quelque part en Angleterre, sur les côtes du Sud Ouest, à regarder la mer s’écraser sur les falaises et les oiseaux lutter contre les colonnes d’air. Dans ma tête, tout est clair : un whiskey sublimerait tellement le moment qu’il est tout à fait naturel que je n’en ai pas… La perfection n’est pas une bonne chose à goûter un jeudi soir, mieux vaut attendre le samedi… mais on en était pas loin!

Je ne vois pas quoi rajouter d’autre… perdue entre jazz et world music, j’en ai encore la tête qui tourne. C’était pur, intense, juste. C’était à la fois grandiose et humain… je suis un public facile quand j’ai mal au dos, la musique me détend… Mais encore faut-il quelque chose d’assez puissant pour me détendre. J’en ai encore le vertige. Vous ne savez pas ce que vous manquez (du moins pas encore).

Mes amis, chers lecteurs, ma vie est merdique. Non, je ne suis pas excessif. Je bosse non-stop, je ne pourrais pas fêter dignement, l’esprit tranquille mes 20 ans pour la simple et bonne raison que la semaine prochaine incarne certainement à elle seule le cauchemar estudiantin : grand oral, débat, commentaires etc… Ma vie est merdique parce que j’ai le cerveau lessivé du matin au soir par les cours, que je ne trouve plus l’inspiration tant pour trouver des articles que pour les écrire. Pas plus d’inspiration pour tout autre art. Par ailleurs, je n’arrive toujours pas à déterminer ou même esquisser mon projet de vie, d’étude ou professionnel futur. Mon esprit malade est en ébullition et le stade critique pointe son nez. Mais que ne suis-je donc pas resté en Afrique du Sud? Les voies du Seigneur sont impénétrables. But stop complaining. Après tout, comme dirait l’autre, je ne crève pas de faim alors je pourrais au moins m’abstenir de me plaindre.

Vient ainsi la question épineuse de l’article en question. Parce que je te respecte lecteur. Oui, ça me rend triste quand je t’offre un article médiocre. Du coup, je reprends une phrase ci-dessus : Que ne suis-je resté en Afrique du Sud? Hé bien, si j’étais resté en Afrique du Sud, j’aurais perdu de vue la France. Et vous ne savez pas à quel point cette idée peut me déchirer le cœur. Comment vivre sans ce doux parfum contestataire? Comment vivre sans ces effluves de grèves incessantes, ces joyeuses petites surprises lorsque vous vous rendez en cours le matin et que, finalement, vous vous rendez compte que la moitié du service public français refuse de travailler? Je n’aurais pas non plus pu soutenir mes concitoyens dans ce formidable mouvement né du refus de travailler 2 ans de plus. Comment aurai-je pu illuminer ma journée si je n’avais pas pu voir le brillant titre de cet article du Monde : « Les jeunes rêvent d’une autre retraite » (il semble évident que les jeunes passent leurs années lycées à penser à la retraite). Dans ce cher et tendre endroit, doux pays de mon enfance, la rue se fait entendre. Oui, elle donne de la voix, elle crie, beugle, s’égosille et fait plier le pouvoir. Sarko regardait aujourd’hui à travers les fenêtres de l’Élysée comme Louis XVI regardait à travers les grilles de Versailles : c’est au nombre de paysans armés de fourches (avec un nouveau look aujourd’hui peut être) que l’on estime la popularité de sa réforme, et donc ses chances d’exister un jour. Le peuple éternue? Le président fronce les sourcils. Il manifeste sa désapprobation, le nain s’énerve. Il descend protester dans la rue? Napoléon abdique.

Voilà comment ça marche dans l’Hexagone. C’en est tellement ridicule que même le célèbre quotidien The Economist retourne sa veste et se permet de se moquer de Sarko. Car ce dernier, en plus de faire preuve d’un charisme à digne de sa courte taille, est aussi – voire plus – irresponsable que Mitterrand ne l’a été en son temps. Car en plus de s’écraser devant le futur électorat, il est en passe de couler la France. Oui, Nicolas, être Président, prendre ses responsabilités, c’est parfois faire preuve de courage et de désintérêt, accepter d’incarner pleinement sa fonction et prendre le risque de l’impopularité pour sauver son pays, pour transcender les intérêts individuels et ainsi accomplir le rôle accordé par le scrutin : être le représentant de la Nation. En attendant, comme les médias n’arrêteront jamais de faire leur beurre et d’alimenter ce genre d’évènements stériles et en contradiction avec tout bon sens, vous pouvez dès maintenant revivre la manifestation en direct sur le site du Monde! Sur ce, j’espère vous avoir point trop choqué. Je suis particulièrement aigri ce soir. D’ailleurs on m’a fait passer aujourd’hui que je finirais comme un vieux con. Que répondre… Alea jacta est.

Les amis.
J’ai passé ma journée à lutter (et à perdre) contre l’échec. J’ai planté mon réveil, j’ai planté mon café, j’ai planté mon arrivée en cours, j’ai planté mon départ serein en vacances.
J’ai même pas réussi à trouver un Fly alors qu’on était une bande de 4 putains de valeureux étudiants ultra motivés. On s’est fait prendre en embuscade par un PARKING. J’ai galéré avec tous les vendeurs de Fly pour récupérer ce que je voulais. J’ai forcé un pote à essayer un fauteuil pour être certaine que Paulo & Shida y seraient bien installés (et dégouligneraient des bords, pour le coup). Les mecs, sans déconner, on s’est perdu DANS Nancy. On a failli se faire embarquer mon investissement de toute une vie : ma couette à 100€ (oui, Maman, je sais, ça fait cher la couette, mais n’oublie pas que ta fille est frileuse la nuit et que c’est une célibataire convaincue… Bref. Invest, ça fera moins cher en chauffage qu’on me dit à ma droite immédiate). J’ai quasiment perdu la main en montant le canapé au troisième étage (mais avec un escalier complètement trop impratiquable).
BREF.
Les copains, me faites pas chier ce soir, j’ai TROP pas le temps de vous écrire quelque chose d’intéressant. Sinon que la semaine prochaine Marcus Miller passe à Nancy et que je vais y aller. Marcus Miller. A Nancy. Oui. Je sais, ça fait bizarre…

Je me suis fait une réflexion l’autre jour : internet, et surtout les réseaux communautaires numériques, sont le fléau du XXI siècle. Est-ce que vous imaginez le temps en moyenne que la plupart d’entre nous passent à traîner sur les pages, wall et photos de pseudos amis sans intérêts? Toutes ces heures consacrée à chatter de sujets inintéressants, fuyant à tout prix le boulot et l’écoulement du temps? Pour ma part, j’en ai réellement pris conscience durant mon break en Afrique du Sud. Ce qui me mène à une autre remarque : je n’ai pas autant lu depuis des années. Bah ouais, je me suis fait la quasi intégrale de Tosltoi en un mois… Et je suis tombé amoureux. Tiens! Voilà un sujet pas trop chiant. Here we are.

Léon Tolstoï – comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Николаевич Толстой) -, né le 28 août (calendrier julien)/9 septembre 1828 à Iasnaïa Poliana en Russie et mort le 7 novembre (calendrier julien)/20 novembre 1910 à Astapovo, est un des écrivains majeurs de la littérature russe, surtout par ses romans et ses nouvelles, riches d’analyse psychologique et de réflexion morale et philosophique. À la fin de sa vie, il devient une sorte de maître à penser prônant une vie simple et morale et combattant les institutions oppressives et les formes de violence : il a eu de ce fait une grande influence sur des personnalités comme le Mahatma Gandhi, Romain Rolland et bien d’autres.

Bon, merci wiki, ça c’était pour l’homme. Quant à l’œuvre, elle est assez immense. Je suis donc quelque peu prétentieux de prétendre m’être envoyé l’intégrale.

 

Alors Tolstoï, c’est quoi? Tolstoi, c’est les grands espaces, les montagnes abruptes, les vallons mystérieux. Ouais, Tolstoï c’est un grand hippie. Plus sérieusement, que ce soit à travers son roman Les Cosaques, que dans ses nouvelles Hadji-Mourat et Maitres et Serviteurs, la nature est omniprésente, imposante, écrasante. Elle est à la fois l’appel primordial, incarnation de la vie dans ses forces créatrices, mais elle est aussi l’appel de la mort. Mais la vie est certainement pour Tolstoï la chose la plus sacrée, considération faisant de l’homme l’être le plus cruel qui soit. Combien de fois des guerriers et jeunes hommes bouillonnant de vie la perdent, tout simplement, en quelques secondes, sans laisser d’autres souvenirs derrières eux que les quelques biens en leur possession, attisant l’égoïsme de leurs anciens amis. Dans Hadji-Mourat, la nouvelle débute sur une scène banale où l’auteur tente d’arracher une tatare, fleur coriace poussant dans les contrées russes. Tellement coriace qu’après avoir terminé sa sinistre besogne, notre homme ne se trouve qu’en possession du cadavre de la plante qui se sera battue de toutes ses forces contre l’irrésistible mort. La nature est précieuse et perd toute sa beauté lorsque l’homme s’en mêle.

Mais Tolstoï c’est aussi l’homme. Pardon, l’Homme. Avec un grand H s’il vous plaît. Si d’autres ont pu dépeindre une image de l’Homme plus complète, embrassant aussi ses aspects lumineux, aucun autre auteur, sinon peut-être son compatriote Dostoïevski, n’a sur dépeindre avec une aussi grande précision, gravité, puissance et pertinence la condition humaine, son égoïsme, les prisons qu’il se bâtit et le mal qu’il s’inflige tant à lui même qu’à ses congénères. Qui mieux que lui aurait dépeint la la frénésie, l’ardeur enfiévrée qu’un homme peut ressentir face à l’appât du gain (Combien de terres faut-il à un homme)? Qui mieux que lui aurait pu pointer du doigts, un sourire ironique aux lèvres, les vices du capitaliste, ses petites angoisses maladives et ridicules, sa suffisance et son avidité (Maîtres et Serviteurs)? Qui aurait pu résumer en 80 pages toute la profondeur d’un voyage initiatique, toute sa complexité, sa densité, et ses égarements, toute la beauté et le pitoyable d’un Père Serge? Même Hermann Hesse n’a pas pu faire aussi dense. Et je ne parle même pas de son portrait impitoyable de la société, de ses codes qui, loin d’avoir vieillis, semblent plus modernes que jamais ; de l’arrogance des êtres insignifiants, de l’égoïsme de ceux-ci, de leur hypocrisie même face à la mort (La mort d’Ivan Illitch). Je terminerais juste en disant que j’ai rarement eu l’occasion de parcourir des pages aussi riches, riches en profondeur, en science et en pertinence, que celles de Tolstoï. Cette écriture, simple et détaillée, brève et mélancolique, douce et tranchante à la fois, cette écriture qui peut dépeindre le malêtre et l’espoir, cette écriture pénètre au fond du cœur du lecteur et y déposent quelques vérités, dont l’une des plus frappante demeure celle que cet auteur hors du commun se fait de l’amour dans La Sonate à Kreutzer.

Je vous enjoint à parcourir vous aussi ces pages qui donnent matière à penser avec le cœur, penser avec les tripes et tout ce qui va avec.

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