juin 2010


Après une chevauchée fantastique à dos de vélo électrique, ma journée avait plutôt bien commencée. Oui lecteur, j’étais de bonne humeur. Quoi, tu bug sur le vélo électrique? Je t’assure que c’est l’invention du siècle. Mais peu importe. Ma journée ainsi entamée, rien ne semblais pouvoir vaincre l’humeur triomphale qui m’habitait. Et là, de fut le drame. Oui lecteur, le Drame. Avec un grand D. je ne sais ce qui m’a pris, mais pris d’une soudaine impulsion, j’ai lancé deezer, jeté un rapide coup d’oeil à sa page d’accueil en quête d’une nouvelle trouvaille musicale. Mais le pire m’attendait. Tout d’abord, premier choc : nouvel album de Wu-Tang Clan. Second choc, nouvel album d’Eminem. Ne te méprends pas, jusque là, je suis aux anges. Mais peut-être devrais-je commencer par vous parler un peu de ces deux légendes?

Pour Wu-Tang, tout commence avec trois cousins qui deviendront trois figures du mouvement hip-hop : RZA, GZA et Ol’Dirty Bastard. Ils seront rejoints par Raekwon, Ghostface Killah, Method Man et j’en passe. Si tu connais un peu le hip hop, tu connais ces noms. Si tu n’y connais rien, peu importe, le tout est de savoir que ce groupe est légendaire pour avoir produit un nombre de tubes remarquables, éclectiques et originaux. Il forme à lui tout seul la figure centrale du rap East Coast. Je ne m’étendrais pas d’avantage. Disons qu’on se souviendra de Wu-Tang pour ce genre de monuments :

Pour Eminem, je suppose que ce nom n’est inconnu de personne. Je pense que Wiki résume parfaitement l’animal : « Eminem est considéré, tant par la critique musicale que par la communauté rap comme un rappeur hors pair. Il se distingue notamment pour son maniement habile de l’allitération, de l’assonance ou des jeux de mots, et par son énergie verbale[8]. Ses qualités de parolier lui valent la récompense du Best Lyricist of the Year (« Meilleur parolier de l’année ») au Source Awards en 2000 et le titre du Best Rapper Ever par le magazine Vibe en 2009. Il est controversé pour certaines de ses chansons. Avec l’énorme succès critique et publique de son album The Marshall Mathers LP sorti en mai 2000 et sa nomination pour quatre Grammy Awards, dont l’ « album de l’année », des associations comme le GLAAD ont dénoncé certains de ses textes les jugeant homophobes, tandis que d’autres dénoncent la violence extrême de certains titres. ».

On essaiera de se souvenir de d’Eminem pour sa qualité musicale plutôt que pour ses frasques people. Et pour ça aussi :

Mais voilà, on parle bel et bien de souvenirs. A mon excitation première a vite succédé une immense déception et le triste constat que ces deux géants du hip hop avaient des pieds d’argiles et que ceux-ci ont bel et bien fondu. Abattus par la notoriété ou l’épuisement pur et simple de leur créativité? Je ne saurais le dire. Certainement les deux. Loin de tracer de nouveaux sillages, ni même de marcher dans ceux qu’ils ont eux même tracés, les deux légendes s’enfoncent dans les sentiers de la facilité et de la pauvreté musicale. Loin de créer du neuf dans l’ancien, ils détériorent l’ancien pour créer de l’éphémère. Et de l’argent, pour sûr. Monde cruel.

Il n’y a pas longtemps, je me suis tapée une insomnie à la con et je me suis retrouvée à mater une émission pourrie sur les miss. Concrètement, ils parlaient de l’ultime question, vous savez quand elles se retrouvent face au présentateur et qu’il leur demande ce qui, selon elles, s’avère être le plus gros problème dans le monde, ou aux USA, etc… Forcément, quand il est deux heures du matin, t’y réfléchis pas vraiment. Ouais. Mais hier, j’ai su tout de suite que si un jour, frappée par la foudre (et après une ou deux liposuccions) je me retrouvais à ce genre de concours – Chester m’en garde – je sais déjà ce que je répondrais.

Monsieur le présentateur (appelons le Nikos). À l’heure actuelle, le plus gros problème sur cette terre, c’est la SNCF. Parfaitement. Pourquoi? Je m’explique…

Créée en 1938, la SNCF, à la date de sa création, était une révolution immense, un truc de fou pour l’économie, les transports, etc… Okay! Les années suivant, le temps allant, la SNCF, ça restait sacrément chouette. D’accord. Mais à un moment, faut arrêter de déconner. Aujourd’hui, la SNCF, c’est la mort du service, de l’humanité, de la France et de tout le reste…

Histoire de tailler dans le vif du sujet, commençons par des vérités communes : grèves, tarifs aléatoires voire excessifs, retards, conditions de voyage exécrables… En trois mots : SNCF, grosse pute. Faut que j’argumente? Argumentons.

Trajet lambda 1 – Dimanche 27 juin, 14h59, Rouen RD/Paris Saint-Lazarre.

Le train est un train intercité. Au regard de l’heure de pointe, c’est nécessairement un train à réservation… Et blindé, sinon c’est pas drôle. Sauf que ces messieurs de la SNCF, eh bah ils ont décidé que les gens qui avaient des billets intercités sans réservation, ils ont le droit de monter dans le train quand même. Ça donne des wagons triplement bondés, qui puent la sueur et le français pas frais. Évidemment, les portes bagages sont remplis… Et ma valise, trop grosse pour rentrer dans les portes bagages verticaux, a donc passé le trajet… Bah oui, sous ma cuisse, après que je me sois battue avec une petite vieille pour récupérer ma place. « Je suis vieille, je me suis assise ». Oui, mémé, bah moi je suis jeune mais j’ai payé ma réservation alors tu bouges ton petit cul handicapé et tu me laisses ma place. À ce moment-là, j’ai cru que je traversais l’heure la plus longue de ma vie. Quelle insouciance….

Trajet lambda 2 – Dimanche 27 juin, 16h50, Paris GdL/Annecy.

Celui-là, c’est du grand art… Le passage dans le métro m’avait déjà aigri mais rien que de voir la PGDL (comme je l’appelle), je me sens prise de nausée. Voie 23, celle au bout de la salle méditerranée, vous savez, celle qui est tout au fond de la gare… Le quai est donné à 16h40, 10 minutes avant le départ. Je suis voiture 18… A l’autre bout de la voie, c’est bien ça… TGV à double tête ce qui veut donc dire qu’il me faut approximativement. Ah bah oui, 10 minutes, pour traverser le quai.
Arrivée dans le train, tout le monde a évidemment couru pour atteindre son wagon à temps… Pour la première fois depuis longtemps, je voyage en seconde classe sur un long (trop long) trajet. Et vous savez quoi? Un wagon de seconde classe, c’est surpeuplé, mal climatisé et… Et il y a des enfants. En bas âge. Plein. Quelle horreur… J’en avais en tout et pour tout pour 3h40 de voyage, histoire d’arriver pas trop tard à la maison… Premier arrêt à Lyon St Exupéry, le train commence à se vider, le wagon aussi, presque on respire. Gare d’après, Chambéry, les gosses descendent, victoire. Le wagon pue toujours autant mais j’ai eu l’opportunité de fumer une clope, je commence juste à penser très fort à mon lit… Quelle erreur de débutante. Pour une raison encore inconnue, le TGV prend du retard entre Chambéry & Aix-Les-Bains, chose assez étonnante quand on sait qu’il y a 20 minutes de trajet entre ces deux gares. Et que le train a pris 20 minutes de retard. Je me sens excédée… Mais je ne suis pas encore face à la réalité vraie. Oh non.
Aix-les-Bains. Le train ne repart pas. Une annonce nous demande d’attendre. J’attends. Une demie-heure, d’abord. Puis une seconde annonce. Ah, un train (TER, gros connard) est tombé en panne sur la voie (unique) que nous devons emprunter. On essaye de réparer ce putain de traitre et, en attendant, nous sommes bloqués à quai. D’accord. Au bout d’une heure et quart d’attente, je commence un peu à devenir hystérique inside. Je suis claustro, l’odeur me donne la gerbe, les gens me sortent par les yeux, je sens que je vais tuer quelqu’un. Ni une, ni deux, je chope ma valise, mon pc et je traverse le quai pour aller trouver un contrôleur. « excusez-moi, on repart quand? ». La jeune femme me répond, l’air un peu gêné, qu’elle n’en sait rien. Et là, un gros balourd débarque « dans une heure, si on a de la chance ». Si on a de la chance? Celui-là, il m’emportera dans sa tombe, c’est promis.
Retour vers wagon puis, ras-le-bol, je me trouve une place en première, pour me caler un peu plus confortablement. Je pousse le vice jusqu’à prendre une place dans le wagon juste à côté de la voiture 14 (vous savez, le wagon restaurant). Et le temps passe. Les gens quittent le train au compte-goutte. Bah ouais, Aix, c’est à une demie heure même pas du terminus. Des gens partent donc à pieds, d’autre appellent des taxis, des proches. Et, moi, j’attends. C’est là que, coup de génie, je vais traîner mes guêtres wagon restaurant histoire de faire pote avec l’hôtesse pour récupérer un ou deux cafés gratos (ça s’appelle utiliser son temps intelligemment). Je crois que c’est là que j’ai manqué de péter un câble. Compatissante et dans le besoin d’échanger avec un être humain que je n’ai pas envie de tuer, je finis par demander à l’hôtesse si elle est payée pour ses heures supplémentaires (on est à plus d’une heure et demie de retard, là, déjà).

Conclusion tragique numéro 1 – Une hôtesse, un contrôleur, c’est exploité. Exploité parce que c’est eux que je démonte dans ce genre de situation… Mais aussi parce qu’ils sont payés plus ou moins au trajet. Ils ne sont dédommagés que si le retard empiète sur les 6 heures de repos déterminées dans leur contrat. Exploitation, exploitation.

Conclusion tragique 2 – C’est au bout de deux heures trente de retard que mon putain de train repart, me faisant arriver chez moi juste trois heures plus tard que prévu. JUSTE. Forcément, petite enveloppe blanche, pour se faire rembourser son trajet, parce que, quand même, c’est indécent. Ouais. Mais messieurs dames de la SNCF, vous savez quoi? Le temps c’est de l’argent. Et j’ai perdu en sommeil et en amabilité bien plus que ce que je n’ai casqué en billets de train.

Conclusion tragique ultime – Ce ne sont que des exemples, perdus au milieu de nulle part, dans l’immense marre de mes déboires ferroviaires. Et autres. Un trajet de 5 heures avec tous les wc du train bouchés? Easy. Un retard de 3 heures en province? Prévisible. Un train qui, de par son retard, vous fait louper votre correspondance? HABITUEL! Putain de bordel de merde, vous m’étonnez que les premiers consommateurs d’antidépresseurs au monde s’avèrent être les français. C’est de la folie…

Alors, ouais, quand j’aurais perdu la tête et que j’aurais envie de répondre à une question débile, je dénoncerais cette terrible vérité en affirmant que le plus grand fléau de l’humanité, c’est la SNCF. Ni plus, ni moins… Chiotte.

Chère France,

Aujourd’hui, je pensais profiter de l’heure tardive à laquelle le dernier article de Cendar a été posté pour ne rien écrire et me la couler douce. Oui, je suis français, j’ai donc horreur du boulot, tu devrais le savoir. Et c’est pour ça que je t’aime, chère France. Mais pas seulement. Je t’aime aussi pour ton fromage, mais avant tout pour ton vin. Car oui, hier soir j’ai pu connaître l’ivresse grâce à un de tes cépages si réputés, le Côte de Duras, nectar parmi les nectar, ambroisie et divine liqueur. J’aime aussi ton esprit d’initiative, ta grande gueule, ton histoire, ta culture, tes artistes. Seulement, j’ai du mal avec les français. La majorité tout du moins. J’aimerais tellement pourtant pouvoir clamer haut et fort « Français, Françaises, je vous ai compris » comme disait l’autre. Mais non, je ne les comprend pas. Je ne comprend pas pourquoi, tel un troupeau de coqs, ils ne cessent de chanter fièrement les pieds fermement ancrés dans la merde. Je ne comprends pas non plus ce dilemme qui les déchire chaque année : gauche ou droite, Sarko ou Ségo? Pourquoi nous impose tu ce choix cornélien? Douce France, où est passée ta gloire? On avait plutôt la classe pourtant quand De Villepin, auréolé de l’Esprit Français dans toute sa splendeur, mettait une grande claque dans le museau des amerloques. On avait plutôt la classe aussi quand Chirac était cité dans toutes les revues d’arts primitifs. Mais là… Non. Non, chère France.

Je ne puis plus supporter les abrutis qui peuplent tes vastes étendues enchanteresses. Je ne puis plus supporter les idiots qui s’émerveillent d’un feu d’artifice. Je ne puis plus supporter non plus tous ces imbéciles qui abhorrent fièrement le style Techtonik Killer, Clubber, Skater, Babzouille et j’en passe. Non, je ne peux plus supporter cette horde de français moyens qui déferlent sur la culture comme les grillons sur l’Égypte, envahissant chaque recoin du Louvres, ne respectant pas l’ordre établi, touchant les statues, posant derrière les lions antiques dans des positions bestiales, innondant de leur diarrhée verbale ce lieu pourtant tellement merveilleux.

Voilà chère France, c’est pas contre toi, mais j’avais besoin de régurgiter mon ressentiment. Je sais bien que c’est sûrement pas de ta faute, tu ne referas pas l’homme. Et puis tu recèles tellement de joyaux… Alors pour ne pas être injuste, saches que tu as tout de même tout mon amour, même s’il n’égalera jamais celui de Charles Trenet.

Chère France,

Aujourd’hui, j’avais envie de faire un super article mais depuis que je suis tombée sur les barrils de chips dans le Lidl du coin, j’ai été vaccinée de tout. Et de n’importe quoi. Tu sais, France, je ne sais pas comment tu fais pour supporter tout ça. La coupe du monde où des abrutis pas diplômés arrivent à te rouler dans la boue rien qu’en courant après un ballon comme des cons. Les gens, en général, et leur putain d’impossibilité à comprendre que c’est normal d’augmenter l’âge légal de la retraite puisqu’on vit vachement plus vieux et qu’on commence à bosser vachement plus tard. Et ton président mesure moins d’un mètre soixante dix… Forcément, il n’y a plus personne pour te sortir « français, françaises, vous êtes dans la merde jusqu’au cou… Et donc je suis dans la merde jusqu’aux genoux ».

J’ai les nerfs pour toi, France, parce qu’en plus, quand tu deviens quelqu’un de fabuleux, bah ya toujours un français moyen à la con pour tout gâcher. Appelons-le Hervé. Tu vois, France, t’es vachement douée pour tes artistes. Aujourd’hui, je suis allée à l’exposition sur l’Impressionnisme au musée des Beaux-Arts de Rouen. De toi à moi, il y avait des tableaux très sympa, de Monet, Boudin, Lepastolet, Gauguin… Une vraie mine d’or. Et Pissaro… Pissaro! Et Lemaître… Bref, tu vois le topo, le genre de trucs que tu kiffes à mort, en somme. Sauf quand tu réalises que tu y vas un samedi après midi et que tu te trimballes des gens inciviles et pas foutus de se balader correctement, de mater un tableau intelligemment et de la fermer pendant l’expo. Ça, encore, avec beaucoup d’efforts, j’aurais pu l’occulter… MAIS COMMENT JE PEUX OCCULTER QUE LE MEC QUI A CONCU L’EXPO EST UN ABRUTI INCAPABLE DE PRENDRE EN COMPTE QUE T’AS BESOIN D’ESPACE POUR PROFITER D’UNE EXPO SUR L’IMPRESSIONNISME??? DIS MOI! COMMENT!

Ah. Ça fait du bien quand ça sort. Et puis de toutes façons, je m’en fous. Je suis alsacienne. Non mais sérieusement, une fois qu’on aura trouvé le fond du gouffre du ridicule, on continuera de creuser, c’est ça? Ce sera sans moi. Je me déclare aujourd’hui apatride. J’envoie une pensée mélancolique au vieil Hugo, criant de vérité de son exil. Les Châtiments, avait-il dit… Il ne devait pas se douter qu’il aurait raison encore aujourd’hui.

Ce fut un plaisir, aussi vingtenaire fut-il.

J’ai l’âme paisible. Cette lassitude salvatrice qui suit le travail manuel intense. Et quand le corps tombe d’épuisement, l’esprit peut se laisser couler et aller au rythme des émotions. Ey il faut bien dire que c’est assez agréable. Du coup, je me mets à rêver. L’évasion vous voyez… S’imaginer les plages sauvages, les rochers déchirant la grève heurtés par des lames infinies… Ok, j’arrête de jaser et lâche mon récital. J’avais juste envie de vous parler de Pink Martini. Pourquoi? Parce que c’est justement un groupe qui vous envoie comme un coup de poing en pleine figure une myriade de paysages romantiques et de contrées enchantées, nimbée d’une atmosphère chaude et mystérieuse.

« Pink Martini est un groupe américain de douze musiciens de Portland (Oregon) caractérisé par un style musical mêlant influences rétro, jazz, latino, lounge, classique, ainsi que par des textes chantés en anglais, espagnol, français, italien, portugais, japonais et même en arabe ainsi qu’en croate et grec moderne. ». Voilà… Difficile de faire plus succinct. Pink Martini, en gros, c’est habiller un vieux à la mode sans que ça ait l’air surfait ou grotesque. Et c’est très fort. Plus encore que l’originalité même du processus de conversion, c’est l’atmosphère dégagée qui est réellement remarquable, à la fois empreinte de la nostalgie de ces saveurs exotiques d’époques révolues et de l’ambiance mystérieuse et éthérée de la musique électro lounge actuelle. Une alchimie osée mais qui déboite, si je puis me permettre.

Du coup, cher lecteur, je ne peux m’empêcher de te poster les lyrics de Syracuse dont Pink Martini fait une reprise assez fabuleuse. Ne crois pas que je fasse cela par flemme. Dis-toi que c’est par passion. Non? Lecteur, ne m’emmerde pas.

J’aimerais tant voir Syracuse
L’ile de Paques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s’amusent
A glisser l’aile sous le vent…

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama
Rever des amants de Verone
Au sommet du Fuji Yama…

Voir le pays du matin calme
Aller pecher le cormoran
Et m’enivrer de vin de palme
En ecoutant chanter le vent…

Avant que ma jeunesse s’use
Et que mes printemps soient partis
J’aimerais tant voir Syracuse
Pour m’en souvenir a Paris.


Il y a eu Martine, dont la vie n’avait rien de bien trépidant… Et puis maintenant ya moi, Cendar, à la campagne. Ouais, je suis en vacances en Normandie, chez ma Grand Mère & il était temps d’en parler. D’abord, introduction, qu’est ce que la campagne? En bonne citadine, je n’ai évidemment pas la même définition que tout le monde quant à ce terme terrible qu’est la campagne. Je situe le tout sur une échelle qui va de 10 (ville) à 0 (campagne acceptable) jusque – 10 (là, je me suicide). Le calcul s’effectue sur plusieurs critères : proximité d’un tabac (très important), distance (et temps d’accès) du bar non PMU le plus proche (extrêmement important), temps d’accès à magasin potable pour vestimentation totale (capital) et, enfin, présence ou non : d’un jardin, d’une forêt, d’un champ, d’animaux extérieurs et stupides (genre vache). Concrètement, à 10, je suis en pleine forme. À 5, je tolère. En dessous de 5 et jusque 0, je ne peux pas passer plus de 48heures dans les lieux, en dessous… Je meurs. Phil, pour exemple, habite en 3. Moi en 10. J’ai passé l’année en 7,5. Ma grand mère devrait être à 5,5… Sauf qu’elle a un jardin qu’elle entretient ce qui la fait tomber à un 5 voire un 4,5. En bonne citadine qui se respecte, j’ai besoin de ma dose de pollution quotidienne… Preuve en est que, hier, j’ai dû aller chez le médecin pour aller sauver mes poumons abîmés par l’air pur. Un jour, il faudra que je vous raconte ça, d’ailleurs, je suis sure que ça vous amuserait beaucoup.

Anyway, je suis là pour me plaindre. Ce matin, 9h45, mon réveil sonne. J’ouvre un œil perplexe sur mon environnement, me repose encore un peu… Mais non… Ma Grand Mère débarque dans ma chambre « Cendar, il va falloir que tu te lèves! ». Bah oui, parce qu’un ami de la famille est venu tailler les haies du jardin… Il va pas non nettoyer derrière lui, faut pas déconner… A peine mon café avalé que je suis donc réquisitionnée et c’est clope au bec que je suis allée nettoyer le jardin, râteau en main. Jusque là, tout allait bien tant qu’on omettait les merdes du petit chien ça et là au milieu des bouts de haie. Je râle sans râler, je râtelle, je ramasse, je fous le tout dans un sac, presque on dirait que j’étais une vraie professionnelle avec un vrai jardin et pas juste une stagiaire… Jusqu’à l’arrivée inopinée de celui que nous appellerons aujourd’hui Raymond. Connard de Raymond. Qui est Raymond? Vous vous le demandez, normal. Raymond, c’est ça :

Allez-y, foutez-vous de ma gueule. Ouais, j’ai développé un tel dégoût pour les gastéropodes que le tout en est devenu phobique. Même pas honte… Parce que je n’ai pas peur qu’il m’attaque, je n’ai pas non plus peur qu’il me bouffe. Je trouve juste ce genre de bestiole à gerber… Je tolère même presque sa présence. Enfin j’essaye… A condition de ne pas être surprise (si, si, on peut être surprise par un escargot, je vous assure). Non, parce que, c’est pas la petite bête qui va bouffer la grosse. Araignée? Même pas peur. Serpent? Je trouve ça marrant, moi (faut dire que mon baby sitter dans mes jeunes années avait un boa). Les souris? Bah c’est une souris quoi. Il y a juste les escargots (limaces et autres assimilés). Et qui dit jardin dit nécessairement au moins UN escargot. Esquivant savamment Raymond pour pouvoir finir ma tâche et ainsi satisfaire à mon rôle de petite fille presque modèle, je continue donc de râteler, ramasser, jeter, etc… Jusqu’à l’arrivée de Gaëtan, petit fils de Raymond, version minisize mais dégueulasse quand même. Que d’émotion, mes amis, que d’émotion. J’ai fini par achever mon travail et là… Ouais, je suis allée me réfugier à l’intérieur, devant la télé et derrière une tasse de café fumant, clope au bec pour me remettre de mes émotions.

J’aime pas la campagne, je veux ma dose de pollution, les vieilles du quartier me retournent l’estomac et, franchement, heureusement que ma grand mère est cool sinon je crois que… Oui… Je crois que je ferais une dépression. Enfin. Je vous laisse, rhum, clope, terrasse. Ya pas que des mauvais côtés à la campagne, dans le fond.

On y est! La fin du bac! Ou tout du moins des écrits. Non pas que je me sente très concerné, mais cette événement réveille en moi une certaine nostalgie. Le baccalauréat… Une année de touchette à entendre les profs vous dire que c’est un véritable enjeu, déterminant pour votre avenir. Une année à voir une bonne moitié de ses camarades stresser, et l’autre s’en foutre royalement. C’est le début de l’esprit de compétition aussi. On veut avoir les meilleures notes. Ou pas. Et puis arrivent les révisions, la fameuse semaine où même le pire des branleurs et la plus grosse des têtes appréhendent ensemble la lente approche de l’épreuve fatidique de philo. Mais on se souviendra surtout du bac pour… son after : la fête post bac.

Mais il y a plus important que le bac, plus important que les enfants soldats somaliens payés par le contribuable américain, pire que le terrible sort réservé aux baleines par nos amis nippons, pire que le retour de De Villepin en politique, pire même que la mort du chien de ma voisine : les bleus ont perdu. Oui, ils ont perdu. Et c’est tant mieux. Rendez-vous compte, la presse internationale dans son ensemble est à l’affût de tous les potins concernant notre équipe nationale, rédigeant près d’un article par jour sur le sujet, s’interrogeant sur l’identité du traitre et le sort d’Anelka, et puis quand il n’y a plus rien à dire, on ressort la prostituée, histoire de. Je suis déçu. Les bleus auraient pu éviter de marquer un but, les bafanas bafanas auraient peut-être eu une chance de poursuivre la compétition. Mais bon… Alea jacta est.

En attendant, donnant une fois de plus une leçon exemplaire de bonne éducation, d’esprit sportif et de fair-play, les insultes fusent, notre cher entraîneur, saint parmi les saints, refuse de serrer la main de son homologue brésilien en charge de l’équipe africaine… Comment se plaindre de notre défaite? Rappelez vous ce qui nous a permis de nous qualifier sur le fil pour le mondial (la main grossière de Thierry Henry). En politique comme en football, le coq gaulois prend l’eau, a les deux pieds dans la merde mais continue à brailler.

Mais pour ne pas faire de nombrilisme, il est véritablement intéressant de voir combien le football semble relié à l’évolution structurelle du monde politico-économique. A l’heure de la crise globale qui met à genoux les puissances historique et laisse le champ libre à de nouvelles figures, le football voit les équipes de ces mêmes puissances déclinantes échouer contre des équipes asiatiques, africaines et sud-américaines. Et c’est pas plus mal. Là où je suis déçu, c’est que je viens de prendre conscience que l’esprit sportif et l’idéal de tolérance, de rapprochement des peuples, dont la coupe du monde semblait imprégnée, n’était en réalité qu’une illusion. Peut-être ai-je péché par naïveté. Peut-être cet esprit a-t-il existé un jour. Peu importe, aujourd’hui l’évènement est au service des identités, de leur affirmation dans tous leurs aspects, même les plus négatifs. Les peuples s’affirment, prennent leur revanche, exultent et pestent contre les peuples étrangers. Sans exception. Michel Platini a dit un jour « le football est tout simplement un jeu aimé parce qu’il ne contient aucune vérité. ». Cet ancien footballeur est d’une lucidité rare – qui l’eut cru? Et parce qu’il ne contient aucune vérité, le football est une jarre vide qui ne demande qu’à être remplie, tâche dont se charge la société. Elle semble ne contenir aujourd’hui que les aspects les plus sombres de l’homme.

Fuck.

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