On y est! La fin du bac! Ou tout du moins des écrits. Non pas que je me sente très concerné, mais cette événement réveille en moi une certaine nostalgie. Le baccalauréat… Une année de touchette à entendre les profs vous dire que c’est un véritable enjeu, déterminant pour votre avenir. Une année à voir une bonne moitié de ses camarades stresser, et l’autre s’en foutre royalement. C’est le début de l’esprit de compétition aussi. On veut avoir les meilleures notes. Ou pas. Et puis arrivent les révisions, la fameuse semaine où même le pire des branleurs et la plus grosse des têtes appréhendent ensemble la lente approche de l’épreuve fatidique de philo. Mais on se souviendra surtout du bac pour… son after : la fête post bac.

Mais il y a plus important que le bac, plus important que les enfants soldats somaliens payés par le contribuable américain, pire que le terrible sort réservé aux baleines par nos amis nippons, pire que le retour de De Villepin en politique, pire même que la mort du chien de ma voisine : les bleus ont perdu. Oui, ils ont perdu. Et c’est tant mieux. Rendez-vous compte, la presse internationale dans son ensemble est à l’affût de tous les potins concernant notre équipe nationale, rédigeant près d’un article par jour sur le sujet, s’interrogeant sur l’identité du traitre et le sort d’Anelka, et puis quand il n’y a plus rien à dire, on ressort la prostituée, histoire de. Je suis déçu. Les bleus auraient pu éviter de marquer un but, les bafanas bafanas auraient peut-être eu une chance de poursuivre la compétition. Mais bon… Alea jacta est.

En attendant, donnant une fois de plus une leçon exemplaire de bonne éducation, d’esprit sportif et de fair-play, les insultes fusent, notre cher entraîneur, saint parmi les saints, refuse de serrer la main de son homologue brésilien en charge de l’équipe africaine… Comment se plaindre de notre défaite? Rappelez vous ce qui nous a permis de nous qualifier sur le fil pour le mondial (la main grossière de Thierry Henry). En politique comme en football, le coq gaulois prend l’eau, a les deux pieds dans la merde mais continue à brailler.

Mais pour ne pas faire de nombrilisme, il est véritablement intéressant de voir combien le football semble relié à l’évolution structurelle du monde politico-économique. A l’heure de la crise globale qui met à genoux les puissances historique et laisse le champ libre à de nouvelles figures, le football voit les équipes de ces mêmes puissances déclinantes échouer contre des équipes asiatiques, africaines et sud-américaines. Et c’est pas plus mal. Là où je suis déçu, c’est que je viens de prendre conscience que l’esprit sportif et l’idéal de tolérance, de rapprochement des peuples, dont la coupe du monde semblait imprégnée, n’était en réalité qu’une illusion. Peut-être ai-je péché par naïveté. Peut-être cet esprit a-t-il existé un jour. Peu importe, aujourd’hui l’évènement est au service des identités, de leur affirmation dans tous leurs aspects, même les plus négatifs. Les peuples s’affirment, prennent leur revanche, exultent et pestent contre les peuples étrangers. Sans exception. Michel Platini a dit un jour « le football est tout simplement un jeu aimé parce qu’il ne contient aucune vérité. ». Cet ancien footballeur est d’une lucidité rare – qui l’eut cru? Et parce qu’il ne contient aucune vérité, le football est une jarre vide qui ne demande qu’à être remplie, tâche dont se charge la société. Elle semble ne contenir aujourd’hui que les aspects les plus sombres de l’homme.

Fuck.

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