Cher petit papa Nawel,

Cette année, j’ai été sage (même si tout est relatif). J’ai tenu mon blog correctement et pardonné aux carabins leur bêtise. J’ai travaillé tout l’été, lutté contre l’alcoolisme et n’ai pas été hospitalisée. Je mange raisonnablement et je ne fais plus la guerre au gras. J’ai dépensé mon argent en vêtement, certes, mais uniquement pour avoir la classe. Petit Papa Nawel, j’ai même réussi à me faire à l’idée que j’habite à Nancy et à trouver des aspects positifs à cette constatation. Je pense qu’on peut se mettre d’accord : cette année, le père Fouettard n’a pas intérêt de pointer le bout de son nez sinon je lui réduis la mâchoire en bouillie.

Aussi, si je peux me permettre, voici la liste de mes réclamations s’il-te-plaitesques… Ou pas, en fait. Non, parce qu’on me l’a déjà faite à moi, le coup de la liste, la liste de tes rêves, qui matérialise tous tes fantasmes, tes espoirs, tes désirs… Et qu’à la fin tu ne reçois que le truc le plus pourrave que t’avais écrit en dernier, histoire de clore le divin morceau de papier par l’énumération d’un nombre pair d’objets convoités. Quand arrive l’âge de la raison, Père Noël, tu rimes parfois (souvent) avec frustration. Où est passé ce superbe équivalent électronique du poisson rouge en plus expressif que j’avais commandé à l’âge de mes 10ans? Rudolph l’a bouffé ou quoi? Et ma machine à écrire? Pareil? Foutage de gueule. Je veux pas dire mais question usine à jouets, des fois, ça craint.

Je pense à tous ces enfants aujourd’hui qui attendent monts et merveilles au pied de leur sapin, à quelques jours de la sacro-sainte date de la toy party de l’année, et j’ai mal au cœur. Je dis stop. Je dis non. Assez de frustration, d’enfants obèses qui décompensent par les papillotes, assez de crises de foie, d’alcoolisme précoce… Assez! L’année prochaine, sois réglo, envoie des listes de jouets en stock, qu’on sache enfin à quoi s’attendre… Tu sais, Père Noël, le système hospitalier est déjà suffisamment blindé pour que tu puisses te permettre de décupler le nombre d’ulcères à la période où mettre des brancards dans un couloir tient du crime contre l’humanité.

Alors, oui, je sais, nous sommes une génération d’insatisfaits, d’ingrats… C’est vrai, je te l’accorde. En même temps, quand tu vois tous les massacres et autres injustices cruelles qu’on nous sert tous les jours aux informations, comment peux-tu nous en vouloir de placer nos rêves les plus fous dans la seule chose encore sûre sur cette putain de planète : le matérialisme. Les choses. Capitalisme, flux monétaires et financiers, dépenses, achat, possession… Jouet. Le rêve de l’enfance, aujourd’hui, c’est le pur produit de cette société de consommation, c’est quelque chose de sûr, de tangible, de concret… Un objet, un seul, et des milliers de petites étincelles au fond des yeux d’un gamin. On s’en fout que sa mère soit morte du sida et qu’il soit destiné à la suivre de près : pendant quelques jours, il pensera être un roi, un élu, tout ça parce que – pour une fois – t’auras fait ton boulot correctement. Je veux pas te mettre la pression, Père Noël, mais le monde a besoin de toi, il faut que tu nous vendes du rêve pour qu’on retrouve la foi et qu’on remette ce monde en ruines sur pieds. Mets-toi au Taylorisme! Dope tes rennes! Exploite tes lutins! Délocalise ton usine en Chine! Fais quelque chose… Il est temps, il est l’heure, on a tiré sur toutes les sonnettes d’alarme… Sors-toi les doigts du cul! Ça suffit maintenant, on prend un coca (paraît que t’aimes ça) et on reprend son rôle en main. Correctement.

Non mais c’est vrai, Père Noël, faut pas déconner, bientôt on va nous dire que t’as été tué par le KGB, que t’existes pas et que, en fait, ce sont nos parents chéris qui tentent de nous combler, bon gré, mal gré, sans pouvoir répondre à nos attentes exorbitantes et insensées… La blague.

Bien à toi,

Cendar

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… Ou pas. Non, je plaisante. En fait, ce matin, alors que j’allais gentiment au travail pour me brûler les mains avec des assiettes aux températures volcaniques, mon Ipod m’a balancé « Il en faut peu pour être heureux », vous savez, le tube du Livre de la Jungle. Là, réflexe humain oblige, j’ai traversé la ville avec une banane pas possible, en plein délire. Bah ouais. Nostalgie, nostalgie, l’enfance, l’âge d’or, tout ça, aka l’époque où je croyais encore qu’on sortait l’argent à volonté des machines et que notre maison c’était l’endroit où on vivait et que c’était gratuit.

Quand j’étais gamine, j’ai vu tous les disneys de l’époque. Tous. Sans déconner, Disney, c’était le rêve… Et ça a été encore pire quand je suis allée à Disney Land. Bref. Je vous fais le topo, hein, Aladin, La Belle au Bois Dormant, Cendrillon, La Petite Sirène, Le Livre de la Jungle, Peter Pan… On rêve quand on est enfants, on rêve fort, on rêve grand… On rêve de toujours, on rêve d’ailleurs, de nul part, de magie et de réalité édulcorée. Le secret de Disney, c’est une princesse (ou un héros), des intrigues de ouf avec un vrai méchant et puis, à la fin, un Happy End presque difficile à atteindre, le tout sur des chansons toutes plus originales et entraînantes les unes que les autres. Et puis, un Disney, c’est universel, c’est l’essence même de nos âmes d’enfant. Si j’ai toujours eu du mal à être émue par Bambi, pour une raison étrange, même à 20 ans, j’ai toujours du mal avec la mort de Mufasa dans le Roi Lion. Le ROI LION, merde. Vous réalisez un peu le tabac qu’a fait ce film? Enfants, adultes, vieux, on l’a tous vu, c’est un classique. D’ailleurs, il n’y a pas d’attractions Roi Lion à Disney Land Paris. Je trouve ça dommage. Enfin. Hakuna Matatah. Une philosophie de vie qui a traversé les âges…

Le Monde de Mickey, c’est… Pouah. D’ailleurs, pour votre information, rien ne passe mieux qu’un Disney un lendemain de soirée. Il n’y a pas longtemps, j’ai revu Kuzko. Kuzko et le groove de l’empereur. Et l’écureil. Et Izma. Tellement de fous rires, même aujourd’hui. Et puis, avec le festival d’animation (FIFA Annecy 2010), j’ai pu voir La Princesse et la Grenouille, le dernier Disney en date. Et… Ouah! Walt Disney se recycle. Un film drôle, un vrai, dans la lignée des Shrek et autres nouveautés. Une héroïne afro américaine, une époque loin, loin, des châteaux de Princesse. La Nouvelle Orléans, le Jazz, le Bayou. Une petite bande son très Disney mais avec une phase plus moderne. De la poésie pseudo recherchée, un méchant fourbe juste comme il le faut, des meurtres, des courses poursuites entre deux jets de morves d’alligators. Génial, non?

Alors après, oui, c’est un fait, Disney ou pas Disney, chacun ses choix, chacun sa génération. Mais je suis certaine que vous avez tous vos références jeunesse. Capitaine flamme? (tu n’es paaaaaaaas de notre galaxiiiiiiiiie…). Albator? Anastasia? Quoi d’autres? Et les Minikeums, ça vous parle? Je vais aller me mater Rox & Rouky, ça me fera du bien avant de retourner travailler pour me rappeler que, non, l’argent ne sort pas tout seul de la machine, que les courses ne viennent pas toute seule dans le frigo, tout ça, et que je me rappelle vaguement où se trouve l’aspirateur…