Voici venue l’heure du bilan. Pourquoi maintenant? Parce que demain, c’est l’anniversaire de ce blog. Et oui, un an déjà. Un an de dur labeur (ou pas) à tenter de rédiger des articles d’une certaine qualité, à tenter de susciter votre intérêt ou vos réactions avec plus ou moins de succès, un an à critiquer nos hommes politiques, notre société post moderne et les produits de consommation des grand majors de production. 364 jours, 253 articles répartis en 10 catégories, 30 506 pages visitées , 1480 tags et 1951 commentaires. Alors je serais tenté de vous remercier, mais là ça deviendrait vraiment trop formel, limite larmoyant, et j’aime pas ça. Alors faisons un bilan plus global.

En ce début d’année 2011, la gauche est toujours aussi déprimante. Adieu les idéaux, adieu Gracchus Baboeuf et Saint Simon, adieu Jaurès et et Blum, bienvenue en politique. Ni programme innovant, ni élan social, ni utopie, ni crédibilité. Bienvenue dans la gauche du deuxième millénaire de notre ère. Tandis que Martine Aubry pousse la chansonnette, DSK n’arrive toujours pas à porter ses couilles. Alors qu’on nous présente Hollande comme une alternative crédible, Royal enfourche le taureau nommé PS et entame de nouveau son rodéo. Une fois encore, le PS n’offre aucune alternative ni ne suscite aucun engouement. N’est-ce pas la pire des trahisons? N’est-ce pas me trahir, moi, qui aimerait pourtant tant voter à gauche?

Un autre constat, triste s’il en est, est celui de la médiocrité du journalisme français en cette heure sombre. J’avais pourtant cru à sa renaissance, tel le phœnix qui renait de ses cendres, avec l’affaire Wikileaks. Mais l’onde de choc est passée. Autre théorie : l’onde de choc a été entièrement absorbée et étouffée par le pouvoir. Vous me pensez parano peut-être? Pourtant il suffit d’aller sur la page web du Monde pour s’en rendre compte : pas un seul câble n’est abordé, et ce depuis plus d’un mois. Ha si, il y en a bien quelques uns, du genre « Wikileaks révèle la corruption du régime Ben Ali ». Quel scoop. Le Pouvoir a triomphé de la Liberté. L’homo modernus préfère se complaire dans l’ersatz que constitue la néolibéralisme plutôt que de défendre l’idéal là ou il est. Et le journalisme (à l’exception du journalisme alternatif) a capitulé.

Mais force est de constater que la situation est la même partout. Force est aussi de constater que l’évènementiel domine tout, que la soif de l’artificiel, de l’éphémère, prime sur tout le reste. L’Iran chasse la Corée, puis la Corée chasse l’Iran. La Tunisie balaye d’un revers de main la Côte d’Ivoire. La brusque hausse des actions du CAC 40 fait dire à tous les experts que la crise est terminée, que la récession touche à sa fin. La préparation d’un nouveau sommet du G20 fait oublier les échecs du précédent. Voilà où en est notre société : piégée dans une fuite permanente, une fuite en avant qui nous force à ne surtout pas regarder en arrière sans pour autant regarder en avant, nous empêchant tant de tirer les leçons de nos erreurs que d’anticiper objectivement les évènements à suivre.

Pas très optimiste me direz vous. Non, en effet. Mais je vois peu de lumière à travers les nuages. Mais ne vous méprenez pas, vous commencez à me connaître de toute manière. Au fond, je ne suis pas un fataliste. J’ai toujours foi en l’homme, mais cette foi vacille clairement ce qui concerne l’humanité. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : notre génération est sacrifiée sur l’autel de la précédente. Alors on s’amuse, on s’éclate, on boit pour oublier ou rêver, pour retrouver un peu de cette chaleur humaine. Notre société ne nourrit plus ni espoir véritable, ni utopie. Or il n’est pas d’horreur au monde qui surpasse la froide cruauté de ce soleil de glace, dirait Baudelaire. Buvons donc, portons un toast à ce monde. Embrassons l’artificiel tant qu’il existe, roulons nous dans cette fange capitaliste, complaisons nous dans cette ignorance volontaire, plantons notre tête dans cette terre stérile, et profitons-en tant que ca dure.

Et n’oubliez pas de souhaiter un joyeux anniversaire à ce blog qui est, je l’espère, aussi déprimant qu’à ses premiers jours!

 

Un jour, il y a longtemps, mon pseudo littéraire de co bloggueur m’a sorti, je cite, « Baudelaire met Prévert au tapis » et je m’étais jurée de lui faire ravaler sa réplique sans plus de cérémonie qu’un gentil petit « fallait pas me chercher ». Aujourd’hui, il pleut… Et je me rappelle. Barbara. Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie ravie ruisselante Sous la pluie. Vous noterez qu’il n’y a pas de ponctuation… Parce que Prévert ne ponctue pas. Prévert laisse leur propre rythme aux mots et ne les entrave ni de point ni de virgule, il laisse à son lecteur le loisir de donner son ton, sa couleur, sa participation à son appréciation personnelle d’un texte dont chaque partie a été savamment choisie. De toi à moi, Phil, on ne compare pas une baleine à un éléphant, c’est pas la même viande, gravillons ou pas.

Baudelaire est un poète lyrique, parfois difficile à comprendre, idéalement inaccessible… Baudelaire est un romantique, un homme de Littérature, une Bête dans son domaine et un dieu pour nous autres amateurs de ce que j’appelle la « presque perfection ». Prévert, au contraire, est un poète populaire, accessible, familier, humain. Prévert est bien plus humain que Baudelaire, d’ailleurs, en ce sens où il exprime ses maux avec d’autres mots. Compréhensibles.

Jacques Prévert a été connu avec son premier recueil, Paroles, un monument, et se distingue d’emblée par ses tournures familières et ses jeux de mots exceptionnels. Il inspirera Vian dans son absurdité et son lexique. Et c’est un homme de paroles… Le Roi et l’Oiseau, c’est lui. Le Jour se lève, c’est lui. Les Enfants du Paradis, c’est lui. Parce que Prévert, en grand homme de lettres et en homme de paroles, écrit aussi des scénarios et des dialogues.

Là où Baudelaire reconstruit un monde et en dévoile une profondeur inimaginable, Prévert en crée un nouveau et, dans sa grande pertinence et avec beaucoup d’acidité, il s’amuse, il calemboure, il burlesque, il amuse. Et il est juste. Barbara est un monument. Mais pas seulement. A l’époque où la France est plongée dans le désarroi d’une guerre infâme, l’ami J.P. redonne le sourire à ses compatriotes et, plus encore, exprime leur douleur dans la grandeur de mots simples mais de sentiments purs. Non, Prévert ne pleure pas sur des amants. Non, Prévert n’a pas sa femme. Non, Prévert ne parle pas beaucoup d’amour. Mais Prévert, sans être romantique, est un être humain à part entière qui transcende dans une simplicité qui va si loin qu’elle en dénude tout.

Et puis cette histoire de ponctuation… Cette espèce de liberté folle des mots qui s’entrelacent en un rythme presque implacable mais pourtant pas imposé… Personne ne peut lutter. Prévert, rythmiquement parlant, chope Baudelaire à la gorge et l’écrase sur le sol.

Le tendre & dangereux visage de l’Amour.

Le tendre et dangereux
visage de l’amour
m’est apparu un soir
après un trop long jour
C’était peut-être un archer
avec son arc
ou bien un musicien
avec sa harpe
Je ne sais plus
Je ne sais rien
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessée
peut-être avec une flèche
peut-être avec une chanson
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessée
blessée au coeur
et pour toujours
Brûlante trop brûlante
blessure de l’amour.

Alors, non, désolée, Baudelaire ne met pas Prévert au tapis. Je ne crois pas non. Ils ne jouent pas dans la même cour, pas à la même époque… Et je ne laisserais pas le romantique et talentueux Charles faire de l’ombre à ce génie qu’était Prévert. Ce serait tout simplement indécent… Comme si on comparait Corneille à Vian, en somme. Merde.

Cette fois-ci, aucun suspense sur le thème de l’article, je vais vous parler de Lolita Pille et plus précisément de Hell, son best-seller, françaisement connu (le mondialement eut été de trop, voyez). Il s’avère en effet que j’ai eu un genre de débat avec un squatteur de mon appartement qui avait entrepris de le lire et je me suis dit, au regard de mon contre argumentaire, qu’il était de mon devoir de traiter ce sujet ici. Je vous ai habitué à de la haute littérature, à du classique, j’en ai bien conscience, mais j’estime malgré tout que ce livre mérite qu’on s’y intéresse. Vraiment.

Commençons déjà par l’auteur. Lolita Pille. Certains disent qu’elle est passée sous le bureau ou qu’elle se fait son nègre (qui ne serait pas moins que Beidbeger). J’ai envie de vous dire : pourquoi pas, je m’en fous. Aujourd’hui âgée de 28 ans (calcul facile à faire, elle en a 8 de plus que moi), elle avait donc à peine dépassé la vingtaine quand Hell est sorti. Hell, c’est son premier roman et c’est le sujet du jour. A celui-là suivra Bubble Gum, dans le même ton mais ô combien plus élaboré sur sa trame. Elle finit avec Crépuscule Ville, que j’ai trouvé… à chier. Pour ce qui est de ces livres, je vous renvoie à des critiques plus que correctes faites par quelqu’un qui s’y prendra de toutes façons mieux que moi : ici & .

Poursuivons ensuite avec le gros du livre autrement dit la quatrième de couverture, plus communément appelée « le résumé du livre ». Je cite :

« Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération, mon credo : sois belle & consomme. » Hell a dix-huit ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de là tête aux pieds, ne fréquente que des filles et des fils de, dépense chaque semaine l’équivalent de votre revenu mensuel, fait l’amour comme vous faites vos courses. Sans oublier l’essentiel : elle vous méprise profondément…
Jusqu’au soir où elle tombe amoureuse d’Andréa, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé. Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s’affranchissent du malaise qu’ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir.

Le résumé est un peu faible mais pour ceux qui n’avaient jusqu’alors aucune idée de ce dont je parlais, vous voilà servis. A la première ligne, on devine que le langage aura des tendances vulgaires, c’est ce qui m’a permis de me dire que moi aussi je pouvais le lire et qu‘il n’était pas réservé qu’aux blondes peroxydées en mal de rêves décadents et de fantasmes prostituants éthérés.

En quelques mots. Première phrase : « je suis une pétasse ». La couleur est annoncée et, au demeurant, on se rend vite compte qu’en plus d’être une pétasse, Hell est une pétasse cultivée qui chante du Nino Ferré, parle de Verdi, a un cerveau. Un cerveau? Oh my chester mais comment que cela est-ce possible? Ahah. Le rendu est plutôt bon, sur le personnage du moins. Pour ce qui est d’Andrea, dont la relation avec Hell est beaucoup plus alambiquée que ce que le petit résumé veut bien vous le laisser croire, je ne citerais que quelques mots : « Je suis Jeune, Beau, Riche et lucide. Et ça, c’est le détail qui fout tout en l’air ». Des personnages comme je les aime, tout en cynisme, en haine et en idéaux déçus. Des personnages francs, vulgaires, pas conformes. Des personnages, malheureusement, tellement anti-conformistes qu’ils en deviennent conformistes mais on a tous un point faible et, le mien, c’est les gens qui n’ont pas peur de sortir un putain toutes les deux phrases autour d’arguments concis.

En parlant de ça (d’arguments, sic.), faisons un tour par le livre en lui-même avant de nous retrouver précisément là où je compte bien vous emmener. Parlons un peu style. Ce qui change avec Lolita Pille, c’est cette tendance à l’extrêmisme baudelairien à savoir prendre du très moche pour en faire du très beau. Entre deux putains, on a des tournures réfléchies et élaborées, un vocabulaire quasi-précieux, de l’intellectualisme pur et dur. Bref : du bon boulot. Ouais, mais au final, sans plus. Pourquoi? Parce que si l’absurde tue l’absurde (mon petit, celle-là, c’était dédicace), le stylistique tue aussi le stylistique. Parce que demander à son lecteur de réfléchir au pourquoi du comment ou bien vouloir faire des phrases tellement bandantes qu’on se retrouve avec une page entière sans un seul point… C’est un peu la mort de la lecture. A d’autres moments, elle s’amuse à l’inverse à mélanger vulgarité et phrases courtes, sans cohérence autre que ses envies (et sans doute son taux d’alcoolémie). Juste une prouesse. Un effet de style. Au final, le côté démonstratif, le côté littérarisé au possible, cet aspect presque bourgeois et méprisant – pour un lecteur avisé comme pour un lecteur du dimanche – c’est lourd. C’est là la grosse critique je ferais et je doute que beaucoup puissent me contredire (si tel est le cas, commentaire, s’il vous plait).

Bonne nouvelle, nous sommes précisément là où je voulais vous emmener. Ce sera court, mais il faut en parler. Le squatteur précédemment cité a eu la judicieuse idée de dire que Hell était conne. Pourquoi, me direz-vous? Hell est conne parce qu’elle a le choix, qu’elle se rend malheureuse toute seule et qu’elle devrait tout pouvoir changer. On ne doit pas pleurer pour elle.

Excusez-moi, je crois que je vais gerber. C’est ma façon à moi de dire que je ne suis pas d’accord… Parce que c’est bien beau de critiquer et de se penser tout beau, tout propre et tout mignon mais j’aimerais bien le voir à la place de la nana. A aucun moment on ne nous parle de crises de manque ce qui peut laisser à penser que Hell n’est ni accro à la coke ni même vraiment alcoolique au sens le plus stricte d’une addiction physique profonde. Certes. Mais quand on a passé sa vie à la mener dans la débauche la plus complète, quand l’alcool est aussi naturel que de l’eau & quand le tabou de la drogue a été relégué à une banalité quotidienne… Comment s’en sortir? Si un rail de coke n’est jamais qu’un moyen de se détendre comme un autre, loin de toute notion ou de mal, pourquoi arrêter? Si l’alcool, c’est bon et ça fait du bien, pourquoi s’en priver? Si on vit la nuit, pourquoi s’aveugler avec le jour? Si on vit dans la décadence, pourquoi vouloir monter? Sans doute ne suis-je pas suffisamment objective pour émettre un avis plus critique mais force est de constater que c’est la détresse sous jacente de Hell tout au long du livre, du début jusqu’à la fin, qui m’a surtout marquée. Cette espèce de douleur malsaine qu’elle chérit parce qu’elle ne connait que ça et, finalement, ne pense pas mériter mieux… C’est ça, l’Enfer. La chute. L’atterrissage, aussi, mais faudrait-il qu’il compte encore.
Le passage de la mort d’Andrea restera pour moi les quelques lignes les plus dures que j’aie jamais lues, mais c’est personnel, humain.

Pas grand chose à rajouter. A part une citation, peut-être.

N’attendez pas de chute à cette histoire, il n’y en a pas. Il est mort et plus rien n’a de sens pour moi. J’envisage l’avenir comme une éternité de souffrances et d’ennui. Ma lâcheté m’empêche de mettre fin à mes jours. Je continuerai à sortir, à taper, à boire et à persécuter des cons.
Jusqu’à ce que j’en crève.
L’Humanité souffre. Et je souffre avec elle.

Fin des partiels! Enfin! Vous vous en foutez très certainement mais j’avais besoin de l’écrire. D’autant plus que j’ai une mauvaise nouvelle pour vous. Phil est parti en week end avec sa dulcinée pour fêter l’évènement. A Genève. Et donc je poste encore, toute seule. Le prochain sera pour lui, quand il sera rentré de la région du Léman. Ah… Genève… Son lac, sa fnac, ses magasins, ses banques et son cana… Genève. J’y songeais justement pendant le cours de droit pénal alors que, incroyablement légère, je laissais mes pensées se balader (au demeurant, j’ai vite repris contact avec la réalité et maintenant je veux faire de la criminologie MAIS c’est un autre débat). A rêver toute éveillée, comme ça, des souvenirs me sont revenus, notamment celui d’une soirée toute particulière où mes complices et moi-même avons fini notre nuit au bord du lac. Nous étions en été, le fond de l’air était frais, le soleil n’était pas encore levé bien que nous puissions apercevoir ses couleurs qui teintaient légèrement le ciel d’un carmin nocturne. Que de poésie. Ah. La poésie. Ce soir-là, précisément, un de mes amis – dont la culture incroyable ne cesse de m’émerveiller – a commencé à déclamer quelques vers. Des vers magnifiques, vous vous en douterez, et choisis avec une finesse rarement atteinte.

 

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige. 

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Les Fleurs du mal – Spleen et Idéal – Charles Baudelaire

 

Pour reprendre ses paroles, il draguait la lune. Et nous y voilà. L’instant frôle la perfection. Une petite brise, la voix de Gey qui claque dans le silence d’un Genève endormi et alors que ce souvenir luit en nous comme un ostensoir, le soleil s’éveille doucement. Harmonie du soir, de Baudelaire. Un choix on ne peut plus génial. Presque autant que le poème, à dire vrai.

Je vais vous gaver un peu avec du jargon littéraire mais, au risque de m’y plaire, il me semble nécessaire de souligner tout le Génie de Charles Baudelaire.

De par sa structure, ce poème s’avère être un pantoum. Petit nom discret d’une structure qui s’organise en quatre quatrains et dont la particularité repose sur les règles de composition fondées sur la répétition de certaines rimes. Relisez avec attention le poème et notez, d’abord, les fins de vers : tige, encensoir, soir, vertige / encensoir, afflige, vertige, reposoir / afflige, noir, reposoir, fige / noir, vestige, fige, ostensoir. Relisez les vers maintenant. Remarquez leur enlacement, leur croisement et toute la majesté de cette sorte de danse entre les alexandrins.  Parceque c’est à peine si cette répétition élégante se remarque. Aucune redondance.  Structure, rythmique, une alchimie de technique pour amener à quelques vers nous déclamant la beauté d’un paysage crépusculaire à la mélancolie d’un cœur douloureux. Encore une fois, pour le citer, Baudelaire « prend votre boue pour en faire de l’or ».

Le violon frémit comme un cœur qui s’afflige.

De la beauté de sentir la musique. De visualiser le chant lancinant et délicat de l’instrument et le sentir s’accorder à nos humeurs, à nos pensées. Une image parmi tant d’autres dans ce poème que j’apprécie tout particulièrement, d’un poète que j’ai toujours aimé & de son recueil le plus connu. Au demeurant, Harmonie du soir reste un texte qu’on qualifie souvent de trop académique et dont on entendra davantage parler dans un cours de littérature que dans une conversation entre amis. Parce que c’est un pantoum, que c’est malaisien et que ça n’inspire peut-être pas grand monde.

Vous vous ferez votre opinion, vous êtes même chaleureusement invités à la partager.
Vous connaissez le mien, anyway.

 

Bonne soirée à tous,

Bon week end,

& Bonne cuite.