J’ai commencé mon dernier article par « Parlons peinture ». Je commencerais donc celui-ci par parlons ciné. Je sais, manque flagrant d’originalité. Mais c’est toujours dur de commencer un article. D’autant plus dur que quand vous regardez par la fenêtre, vous ne voyez que pluie, neige et brouillard. Je m’égare.

Je ne suis pas très cinéma français. Je kiffes plutôt les réalisateurs outre-atlantiques, et puis tous ceux provenant de cultures plus ou mois inconnues de ma contrée natale (asiatiques notamment). N’empêche que j’ai aimé De battre mon cœur s’est arrêté, Le premier jour du reste de ta vie, L’auberge Espagnole et autres classiques générationnels. Mais je me suis laissé tenté. Je suis donc allé voir L’homme qui voulait vivre sa vie. Et là, grosse claque.

Paul Exben a tout pour être heureux : une belle situation professionnelle, une femme et deux enfants magnifiques. Sauf que cette vie n’est pas celle dont il rêvait. Un coup de folie va faire basculer son existence, l’amenant à endosser une nouvelle identité qui va lui permettre de vivre sa vie. Voilà pour le synopsis. Réalisé par Eric Lartigau (réalisateur de Prête-moi ta main), ce film se veut l’adaptation du roman de Douglas Kennedy, romancier américain, apôtre de l’anti-puritanisme américain. Le premier choc est très certainement la qualité du jeu de Romain Duris. Je ne contesterai certainement pas que Roman Duris était déjà avant ce film un acteur brillant et prometteur. Mais là… Un jeu superbement sensible qui lui colle à la peau, un équilibre dans les émotions qui ne les rend que plus réalistes, cet acteur au torse poilu semble habité par ses deux personnages : avocat talentueux et parigo mal dans sa peau, mais aussi photographe de génie.

Si la réalisation est d’une qualité indéniable, c’est surtout le scénario qui aura retenu l’attention du spectateur, renvoyant à de nombreuses thématiques humaines et toute leur complexité et leurs contradictions. Dans cette société ultra-matérialiste, peut on vivre sa passion? Peut-on tout abandonner pour suivre la voix de notre coeur? A-t-on le droit à une deuxième chance?

Mais l’auteur va plus loin encore, explorant le rapport entre l’artiste et l’art, entre la reconnaissance et la célébrité, entre l’homme et sa conscience.

Poussé dans ses derniers retranchements, de quoi un homme est-il capable? Alors que notre héros fuit l’épisode macabre où il tue par accident l’amant de sa femme, faisant disparaître le corps, usurpant l’identité du rival puis mettant en scène à sa propre mort, le passé lui revient en pleine figure, hantise qu’il ne peut noyer que dans l’alcool et dans la soif inextinguible de ses retrouvailles avec l’art. Il y croyait pourtant à cette seconde chance, cette résurrection dans la peau de l’être qu’il avait toujours voulu être, dans la peau d’un homme nouveau qui voulait simplement vivre sa vie.

Mais la vie n’est pas toujours bien faite. Ou alors elle l’est trop bien, mais en devient cruelle. Peut-être que ce qu’il faut retenir de ce film, c’est qu’il ne faut pas rater le coche. Le train ne sifflera pas trois fois, mais bien qu’une seule. Quand on le rate ou qu’on se trompe de wagon, c’est pour la vie. Tout est question de choix, ou de courage pour faire ceux qui ne s’imposent pas nécessairement comme les plus raisonnables. La grandeur n’est alors plus dans l’expression de ses qualités mais dans l’expression de sa nature profonde. L’homme naît libre, puis il construit sa prison. Ce dont notre artiste n’avait pas conscience, c’est qu’en quittant dans le sang et la mort la prison bourgeoise qu’il s’était érigée, il jetait déjà les clefs de son nouveau cachot, celui d’une existence de fuite et de mensonge.

Au fond, ce film est à la fois optimiste et fataliste. Optimiste car l’homme peut se retrouver, peut aller au bout de ses rêves et réussir, car la vie accepte parfois de lui donner une nouvelle chance. Fataliste car le combat intérieur et les doutes de tout homme l’aveugle et obscurcissent sa lucidité. Fataliste car la vie l’a doté de nombreuse faiblesses et de peu de courage.

Pour poser un petit bémol à cette œuvre en guise de conclusion : la chute. Je ne peux pas vous la révéler, bien entendu. Mais sachez qu’elle est à l’image de l’existence : contradictoire, insatisfaisante, déprimante mais aussi porteuse d’espoir.

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