Cela fait longtemps que nous n’avons pas parlé sérieusement, nous… Alors soyons sérieux. Je suis une débauchée, une décadente, une hédoniste, une épicurienne. J’aime l’alcool, j’aime le tabac, j’aime le sexe et je ne m’en cache pas. Née au XIX°, j’aurais fait un poète d’enfer, une vraie romantique, peut-être même une pote de Charles Baudelaire. Ça m’aurait plu. Ou pas. Allez savoir. Toujours est-il, mes amis, que la décadence a son propre biographe et elle n’a choisi pas moins que Monsieur Oscar Wilde pour faire son éloge et raconter son histoire. Vous vous y attendiez, je sais.

Oscar Wilde n’a fait qu’une erreur dans sa vie, une vraie, et c’est d’être né à Dublin. Monsieur est irlandais. Né en 1854, il a illuminé de son génie et de sa grandeur un demi siècle qui n’attendait que lui… Pour s’éteindre en 1900 dans les bras de la belle Lutèce. De sa vie, on ne retiendra pas grand chose… Sinon qu’il était homosexuel et qu’il l’affichait. Oscar Wilde se fera particulièrement connaître à partir de 1891 et du scandale de Queensberry… Quand il s’amouracha d’un jeune Lord et entreprit d’afficher à la face du monde toute la délicieuse décadence dont il était capable. En découlera un procès, une condamnation et l’excellent « La ballade de la geôle de Reading », poème écrit à sa libération relatant les derniers instants d’un condamné à mort.

Oscar Wilde, c’est « Le portrait de Dorian Gray », la culture de l’opium et du beau, du laid, de l’immoral. Oscar Wilde, c’est « Ravenne », « Une femme sans importance », « De profundis », « Un mari idéal », « Le crime de Lord Arthur Savile » et j’en passe. Oscar Wilde romancier, Oscar dramaturge, Monsieur Wilde poète… Une plume, un style, construit dans la finesse et l’architecture, un niveau de langue délicat abattu à coups d’images et d’idées titanesques, désabusées, cyniques, décadentes, parfois même dégueulasses. Oscar Wilde, vérité, Oscar Wilde, mensonge, perdu dans ses illusions il arrive que le lecteur ne sache plus vraiment s’il est au paradis ou en enfer.

Et puis Oscar Wilde c’est la légende urbaine d’un style de vie bien particulier… « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est encore d’y céder », épicurisme outrancier mais tellement revendiqué par notre jeunesse dorée, désabusée et excessive. « Définir, c’est limiter », cultiver l’excès et l’exposer. « Il me semble parfois que Dieu, en créant l’homme, ait quelque peu surestimé ses capacités », acidité ambiante et effrayante. Oscar Wilde, il faut le dire, c’est surtout une grande gueule. Mais une grande gueule qui avait la classe et qui était plus que reconnue en tant que telle… Et une fois sorti de ces simples considérations biographiques, il ne faut pas oublier que Monsieur était avant tout un genre, une langue, des mots, des idées, des images… 

The Ballad Of Reading Gaol.
(My favorite quote)

Yet each man kills the thing he loves 
By each let this be heard, 
Some do it with a bitter look, 
Some with a flattering word, 
The coward does it with a kiss, 
The brave man with a sword!

Some kill their love when they are young, 
And some when they are old; 
Some strangle with the hands of Lust, 
Some with the hands of Gold: 
The kindest use a knife, because 
The dead so soon grow cold.

Some love too little, some too long, 
Some sell, and others buy; 
Some do the deed with many tears, 
And some without a sigh: 
For each man kills the thing he loves, 
Yet each man does not die.

Traduction.
La Ballade de la geôle de Reading
(Passage préféré de ma petite personne, aussi arbitraire cela soit-il)

Pourtant chacun tue ce qu’il aime,
Salut à tout bon entendeur.
Certains le tuent d’un oeil amer,
Certains avec un mot flatteur.
Le lâche se sert d’un baiser,
Et d’une épée l’homme d’honneur.
Certains le tuent quand ils sont jeunes,
Certains à l’âge de la mort,
L’un avec les mains du Désir,
Et l’autre avec les mains de l’Or.
Le plus humain prend un couteau :
Sitôt le froid gagne le corps.
Amour trop bref, amour trop long,
On achète, on vend son désir.
Certains le tuent avec des larmes
Et d’autres sans même un soupir.
Car si chacun tue ce qu’il aime,
Chacun n’a pas à en mourir.

En espérant vous avoir quelque peu inspirés, je m’en vais relire cette œuvre en entier…

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