Parlons un peu peinture. Y en a marre des articles socio-politiques. Et puis notre vie et nos états d’âme ne sont passionnants. Quoi que j’aurais bien quelques anecdotes d’étudiant bourré… Bref. Peinture je disais. J’ai des goûts assez brouillons. J’ai un peu de mal à me rattacher à un mouvement ou un genre. A vrai dire, il n’y a qu’une valeur sûre chez moi : l’encre. C’est mon faible. Alors je vais vous parler de deux découvertes récentes qui m’ont vraiment intéressé et touché. Les deux peintres sont étrangers mais ont vécu en France. L’un est arabe, l’autre est chinois. Leur technique est différente mais leur support est sensiblement le même. L’un peint des paysages, l’autre des calligraphies. Leurs pinceaux expriment l’univers, le tout, l’émotion à l’état brut loin de l’art conceptuel ou réaliste.

 

Je commencerais par Hassan Massoudy. Né en 44 à Najef, ville du sud de l’Irak, il s’exile en France en 1969 où il intègrera l’école des Beaux-Arts de Paris. Là, il fait de la peinture figurative. Il n’abandonne néanmoins pas la calligraphie, elle lui sert à financer ses études en réalisant des titres pour des revues arabes. Petit à petit, la calligraphie va s’infiltrer dans sa peinture figurative, pour, à la fin, prendre sa place et la faire disparaître (dixit wikipédia). Mis à part des collections de calligraphies sur grand format qui forment ses plus belles œuvres, il illustre de nombreux recueils (notamment Gilgamesh, une vraie merveille) et participera ou sera le créateur de plusieurs spectacles (Arabesque, Métaphore…).

Que dire de son œuvre… De l’esthétisme à l’état pur. Même le novice qui ne connaît rien à l’écriture arabe peut se sentir touché par ses travaux. Se détachant du noir et blanc traditionnellement consacré par les calligraphes arabes, il s’évade et imprègne ses peintures de couleurs vectrices d’émotions. Ses traits sont francs, recherchent l’instantanéité et le dynamisme, toujours portés par le mouvement et le flux de la vie. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux cultures, l’histoire d’un artiste, d’un philosophe qui cherche son expression dans le métissage.

 

Le second se nomme He Yifu. Artiste chinois né en 1952 à Kunming, il décède en 2008 des suites d’une maladie. Élève de l’Institut des Beaux-Arts de Pékin, il enseigne à l’Institut des Beaux-Arts du Yunnan la calligraphie et la peinture chinoise traditionnelle. Il aime aussi la France où il expose depuis plusieurs années. Tombé sous le charme de la Bretagne, il en offre des peintures surprenantes. C’est ici, à Grenoble, que je l’ai découvert. Il est actuellement exposé au Musée de l’Ancien Évêché où ses œuvres réalisées dans les Alpes ont été rassemblées. Et voici le coup de force de He Yifu : il est parvenu à faire redécouvrir à un grenoblois les Alpes qu’il contemple pourtant chaque jour. C’est l’histoire d’un chinois et de son art parcourant les montagnes, dessinant les fleuves et les montagnes, en été comme en hiver, leurs gorges étroites et leurs ravins défoncés, le dégel et la naissance des premiers fruits, la brume mystérieuse qui les enrobe et les masque parfois. S’en tenant parfois à un certain réalisme, il n’hésite cependant pas à user de couleurs irréelles, puissantes et belles. Dans la pure tradition chinoise, le peintre se détache du décor, du réel, pour peindre le Qi, l’essence de l’univers, le flux traversant toute chose. Un voyage puissant et imprégné de quelque chose de grand. Un voyage inachevé malheureusement.

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