Me revoilà. Ne perdons pas de temps en excuses. Disons que ce break a eu pour effet de renforcer notre motivation et notre zèle. C’est aussi la conséquence logique pour ma part d’une phase larvaire de grande intensité, d’une semaine passée à manger du saucisson sur mon canapé en regardant Heroes. Oui, Heroes. Cette série pour ados impuissants au scénario aussi bancale que dépourvu d’originalité. Les 50 et quelques heures des 4 saisons en une semaine… C’est une honte, je vous l’accorde. Du coup, je ne vais pas tarder à bifurquer sur une série qui présente un intérêt bien supérieur : The Big Bang Theory. Quoi? Une série de geek? Merde…

Peu 1porte (classe non?). Je me suis repris en main, tenté de me re-sociabiliser un minimum, donné un peu d’air et d’intérêt à mon train de vie routinier. Du coup, direction ciné. Seule et unique destination source d’inspiration et d’épanouissement à portée culturelle. Ouais. Mais qu’aller voir? Pas envie de religion, de fanatisme et de théo-rhétorique. Au diable des Hommes et des Dieux. La Palme d’Or de Cannes n’est plus diffusée. Snif. The Social Network… Merde quoi. On passe si peu de temps sur facebook que ça mérite d’en plus en faire un film? Le dernier Woody… Trop de mauvais retours, je préfère continuer à vivre dans mon monde merveilleux où Mr. Allen est Dieu. Mais mince, rien ne m’attire décidément… Ah si! Le dernier Inarritu bien sur! Ne vous ai-je jamais dit que j’étais un grand fan?

Donc. Biutiful. « C’est l’histoire d’un homme en chute libre. Sensible aux esprits, Uxbal, père de deux enfants, sent que la mort rôde. Confronté à un quotidien corrompu et à un destin contraire, il se bat pour pardonner, pour aimer, pour toujours… » dixit allociné. En gros, Uxbal est un enfoiré. Il baigne dans les magouilles, entretient des pauvres africains dans le commerce illégal de rue, cautionne l’exploitation de pauvres chinois par des compatriotes sans scrupules et distribue des pots-de-vin à tours de bras. Ce qui ne l’empêche pas de vivre dans un taudis et de donner à ses gosses une pitance on ne peut plus basique. Mais au fond, Uxbal a bon fond. Surtout quand il apprend qu’il va mourir d’un cancer. Ce qui fait de lui un lâche. Mais peu importe, car après tout, Uxbal est profondément humain, donc paradoxal, double et faible. Il cherche la rédemption, s’inquiète pour sa famille et son devenir après son trépas, et va même jusqu’à aider les personnes qu’il exploitait autrefois.

Voyez, sur le papier, le scénario est un peu bancal. Disons qu’il peut aisément sombrer dans un pathos déprimant ou bien sublimer le tragique destin d’un homme lambda, d’un « monsieur tout-le-monde » sans excès de morale et d’avilissement. Heureusement pour le spectateur, Alejandro Gonzalez Inarritu est un grand réalisateur et Javier Bardem un grand acteur. Immense même. A vrai dire, on doit la grande qualité de ce film essentiellement à ce dernier qui confirme une fois encore son incroyable talent et la variété de son jeu. Personne n’aurait mieux incarné la déchéance de cette homme fort, ce taureau parfois amoral, cet être sensible mais inaccessible. Transcendant la simple et traditionnelle descente aux enfers, il porte la complexité et l’intensité de l’âme humaine à un paroxysme.

En revanche, il est plus difficile de donner autant de lauriers au réalisateur. Malgré une mise en scène impeccable, un rythme parfaitement maitrisé laissant de l’espace pour de longs plans-séquences donnant l’opportunité au jeu de Bardem de gagner en intensité sans perdre néanmoins le spectateur, une gestion parfaite des atmosphères et des symboles, malgré tous ces ingrédients d’une grande qualité, la sauce a du mal à prendre. Pourquoi? Parce que parfois c’est trop. Parce que ce film vous prend aux trippes et vous remue les viscères. Parce qu’une telle intensité dans la douleur, une telle tournure du destin semble parfois trop irréelle. Parce que parfois M. Inarritu arrête de « montrer » pour « exhiber », exhiber la tristesse, la déchéance du corps et de l’esprit, exhibant tant la couche de Uxbal, dernier rempart pour sa diginité, que ses longs jets d’urine ensanglantée, et ce jusqu’à la dernière goutte.

Oui Alejandro. Tu es un grand. Mais la pudeur n’est pas, même aujourd’hui, une pensée rétrograde. La pudeur permet la suggestion, la suggestion fait appel à l’imagination du spectateur, et cette part de mystère faisait jusqu’à maintenant l’originalité et la beauté de ton cinéma. Ne t’égares pas!

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