Je me suis fait une réflexion l’autre jour : internet, et surtout les réseaux communautaires numériques, sont le fléau du XXI siècle. Est-ce que vous imaginez le temps en moyenne que la plupart d’entre nous passent à traîner sur les pages, wall et photos de pseudos amis sans intérêts? Toutes ces heures consacrée à chatter de sujets inintéressants, fuyant à tout prix le boulot et l’écoulement du temps? Pour ma part, j’en ai réellement pris conscience durant mon break en Afrique du Sud. Ce qui me mène à une autre remarque : je n’ai pas autant lu depuis des années. Bah ouais, je me suis fait la quasi intégrale de Tosltoi en un mois… Et je suis tombé amoureux. Tiens! Voilà un sujet pas trop chiant. Here we are.

Léon Tolstoï – comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Николаевич Толстой) -, né le 28 août (calendrier julien)/9 septembre 1828 à Iasnaïa Poliana en Russie et mort le 7 novembre (calendrier julien)/20 novembre 1910 à Astapovo, est un des écrivains majeurs de la littérature russe, surtout par ses romans et ses nouvelles, riches d’analyse psychologique et de réflexion morale et philosophique. À la fin de sa vie, il devient une sorte de maître à penser prônant une vie simple et morale et combattant les institutions oppressives et les formes de violence : il a eu de ce fait une grande influence sur des personnalités comme le Mahatma Gandhi, Romain Rolland et bien d’autres.

Bon, merci wiki, ça c’était pour l’homme. Quant à l’œuvre, elle est assez immense. Je suis donc quelque peu prétentieux de prétendre m’être envoyé l’intégrale.

 

Alors Tolstoï, c’est quoi? Tolstoi, c’est les grands espaces, les montagnes abruptes, les vallons mystérieux. Ouais, Tolstoï c’est un grand hippie. Plus sérieusement, que ce soit à travers son roman Les Cosaques, que dans ses nouvelles Hadji-Mourat et Maitres et Serviteurs, la nature est omniprésente, imposante, écrasante. Elle est à la fois l’appel primordial, incarnation de la vie dans ses forces créatrices, mais elle est aussi l’appel de la mort. Mais la vie est certainement pour Tolstoï la chose la plus sacrée, considération faisant de l’homme l’être le plus cruel qui soit. Combien de fois des guerriers et jeunes hommes bouillonnant de vie la perdent, tout simplement, en quelques secondes, sans laisser d’autres souvenirs derrières eux que les quelques biens en leur possession, attisant l’égoïsme de leurs anciens amis. Dans Hadji-Mourat, la nouvelle débute sur une scène banale où l’auteur tente d’arracher une tatare, fleur coriace poussant dans les contrées russes. Tellement coriace qu’après avoir terminé sa sinistre besogne, notre homme ne se trouve qu’en possession du cadavre de la plante qui se sera battue de toutes ses forces contre l’irrésistible mort. La nature est précieuse et perd toute sa beauté lorsque l’homme s’en mêle.

Mais Tolstoï c’est aussi l’homme. Pardon, l’Homme. Avec un grand H s’il vous plaît. Si d’autres ont pu dépeindre une image de l’Homme plus complète, embrassant aussi ses aspects lumineux, aucun autre auteur, sinon peut-être son compatriote Dostoïevski, n’a sur dépeindre avec une aussi grande précision, gravité, puissance et pertinence la condition humaine, son égoïsme, les prisons qu’il se bâtit et le mal qu’il s’inflige tant à lui même qu’à ses congénères. Qui mieux que lui aurait dépeint la la frénésie, l’ardeur enfiévrée qu’un homme peut ressentir face à l’appât du gain (Combien de terres faut-il à un homme)? Qui mieux que lui aurait pu pointer du doigts, un sourire ironique aux lèvres, les vices du capitaliste, ses petites angoisses maladives et ridicules, sa suffisance et son avidité (Maîtres et Serviteurs)? Qui aurait pu résumer en 80 pages toute la profondeur d’un voyage initiatique, toute sa complexité, sa densité, et ses égarements, toute la beauté et le pitoyable d’un Père Serge? Même Hermann Hesse n’a pas pu faire aussi dense. Et je ne parle même pas de son portrait impitoyable de la société, de ses codes qui, loin d’avoir vieillis, semblent plus modernes que jamais ; de l’arrogance des êtres insignifiants, de l’égoïsme de ceux-ci, de leur hypocrisie même face à la mort (La mort d’Ivan Illitch). Je terminerais juste en disant que j’ai rarement eu l’occasion de parcourir des pages aussi riches, riches en profondeur, en science et en pertinence, que celles de Tolstoï. Cette écriture, simple et détaillée, brève et mélancolique, douce et tranchante à la fois, cette écriture qui peut dépeindre le malêtre et l’espoir, cette écriture pénètre au fond du cœur du lecteur et y déposent quelques vérités, dont l’une des plus frappante demeure celle que cet auteur hors du commun se fait de l’amour dans La Sonate à Kreutzer.

Je vous enjoint à parcourir vous aussi ces pages qui donnent matière à penser avec le cœur, penser avec les tripes et tout ce qui va avec.

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