Hé bien voilà mes amis. Je suis de retour, rechargé à bloc par ce break. Ok, je croule sous le boulot, ok j’ai raté trop de cours et le côté branleur en moi ne peut même plus s’épanouir, ok j’ai gardé le silence pendant un mois, ok j’ai laissé le bébé à Cendar trop longtemps pour que mes excuses soient acceptées. Anyway, Get up and Boogie! Quel périple. Imaginez faire 10000 kilomètres avec une ceinture cassée. Imaginez tous ces contrôles où mon froc tombe de lui-même. Imaginez que mon corps sonne aux portiques alors que j’ai limite tout ôté. Imaginez ma frêle structure musculaire contrainte de porter dans son sac à dos deux sculptures de pierre massive…

Toujours est-il que j’ai traversé l’enfer. Et que j’y ai survécu. Non je ne parle pas des townships sud-africains, je parle d’Heathrow, aéroport londonien. Rien n’a attisé tant de haine dans mon âme pacifique depuis de nombreuses années : touristes, magasins, fric, emmerdeurs et voix off.

Mais passons, j’ai plutôt envie de vous dégoûter un peu : pendant que vous travailliez, harassé par la fin de l’été, la reprise des cours, la réapparition du stress et des échéances, des petits soucis de tous les jours, pendant ce temps, moi, j’étais dans l’un des plus beaux endroits du monde : Cape Town, région du Western Cape, Afrique du Sud. Permettez moi de rectifier, l’un des plus beaux climats, des plus beaux endroits du monde. Deux océans, des montagnes comme vous n’en verrez jamais en France, des vins qui n’ont rien à envier aux vignobles français, un climat marin et chaud, une faune et une flore époustouflante, une ville cosmopolite, vivante, animée, et pleine de surprises, le tout coincé entre la Table Mountain et les plages de Camps Bay. Ça, c’est pour le côté sympa.

Le premier choc est de s’apercevoir que ce pays, ou tout du moins sa partie urbaine, ressemble plus à une appendice du monde occidental qu’à la partie sud de l’Afrique. Buildings, Malls, Banques, voitures, fric, fringues, marques, rues propres et pavées, absence de tout élément culturel si ce n’est les éternels pièges à touriste… Une sorte de vitrine, corps étranger et déraciné, décalé par rapport à une autre réalité, celle des townships. Parce que voilà, la ruralité en Afrique du Sud, ça n’existe pas tellement. Les pauvres ne vivent pas dans cette sorte d’état de nature, pauvre mais jovial, tribal mais chaleureux, image que nous bombardent nos chers téléviseurs européens. Non, ici, en Afrique du Sud, les pauvres s’entassent dans les townships. Un township, c’est un bidonville, une zone de non droit où les gangsters s’entretuent (20 000 meurtres par an, 20 000 tentatives aussi), d’une pauvreté assez extrême, où noirs et métis s’entassent (Khayelitsha, l’un des bidonvilles de Cape Town, accueille plus de 1,5 millions de personnes à lui seul), où les jeunes n’ont aucun espoir d’ascension sociale, chillant toute la journée, en contact permanent avec une violence rarement égalée. Voilà l’autre réalité, séparée du rêve doré sud-africain par une sorte de barrière invisible, à peine percevable mais pourtant bien existante.

L’Afrique du Sud, c’est aussi une femme sur quatre qui a été violée, un enfant abusé toutes les 6 minutes, 250000 cambriolages par an, 20 000 meurtres, un démagogue polygame au pouvoir, 5 millions de séropositifs (10%). Voilà l’autre réalité de la nation arc-en-ciel, voilà l’autre visage caché derrière l’ombre de Nelson Mandela. Non, le racisme n’existe plus vraiment dans ce pays. Oui, l’apartheid est finie et le nouveau système politique est démocratique, malgré les récents projets de lois portant clairement atteinte à la liberté de la presse. Malheureusement, une nouvelle apartheid s’est créée. La haine n’est pas dirigée contre une couleur de peau, mais plutôt contre ces quelques malheureux mots marqués sur votre passeport : « Congo », « Rwanda », « Zimbabwe »… Voilà le nouveau mal de ce pays déjà ravagé par son passé : la xénophobie. La nation arc-en-ciel s’est créée une identité au delà des couleurs, et cette identité baigne dans le chaudron du nationalisme. Et quand le chaudron entre en ébullition, ce sont les étrangers que l’on y fait cuire. Je vous passerai les détails ou les expériences des gens que j’ai rencontré, je ne veux pas me complaire dans le gore et la détresse des autres, et encore moins l’exhiber. Mais j’en ai tiré une seule conclusion, quelque soit la couleur de son poil et le masque qu’il revêt, l’homme est un loup pour l’homme.

Publicités