Oui, je sais, j’ai un peu abandonné le navire… Pour mon excuse, j’étais en week-end, pas de pc en accès direct et/ou suffisamment long pour pouvoir vous pondre un article. D’habitude, dans ce genre de situation, Phil prend le relai pour mes quelques jours d’absence et vous ne remarquez presque rien… Mais comme je suis le relai de Phil pour le mois, vous vous doutez bien que ce système connaît in fine quelques dysfonctionnements. Toujours est-il que je suis en plein retour à la réalité, un retour difficile qui agite mes pauvres neurones en un bordel chesterfieldien digne de ce nom… Le bordel pris dans son entièreté n’est pas vraiment propice à la réflexion.

Je me rappelle, quand j’étais gamine et que je me sentais mal, je me racontais des histoires. J’inventais des contes, sans queue ni tête, dans le seul but d’arriver à me défouler, à me purger de ce trop plein psychologique et intellectuel qui me rendait complètement folle en plus de me réduire à un état d’ineffacité proprement insupportable. Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter l’une de ces histoires, un truc improvisé et spontané, pour le meilleur… Et pour le pire.

Notre histoire débute dans des temps immémoriaux, dans une époque où le téléphone portable n’existait pas encore. Un petit garçon jouait aux échecs, tous les jours, pour devenir le plus fort… Son seul problème résidait dans le fait qu’il y jouait seul. Tous les jours, jours après jours, parties après parties, le petit garçon s’acharnait sur son échiquier. À la recherche de la solution à un problème qu’il ne voyait pas. Pas d’échange, pas d’adversaire, pas le moindre petit début de schizophrénie lui permettant de mener une partie contre lui digne de ce nom. Systématiquement, quoi qu’il fasse, les blancs étaient toujours d’un niveau ridiculement bas quand les noirs parvenaient toujours à un échec et mat monstrueusement simple mais tellement efficace. Et, toujours, sa mère lui demandait « mais pourquoi les Noirs? ». Pourquoi les Noirs? « c’est la faute de Manola ». Qui était Manola? Personne ne le savait vraiment… Et le petit garçon jouait, encore et encore, toujours devant les yeux de ses parents… Les noirs gagnaient, systématiquement. Un jour, un peu inquiet, son père prit de son temps pour jouer contre son fils. Le petit garçon prit les noirs et, sans surprise, battit son père à plates coutures. « C’est pour Manola ». Manola, Manola, mais qui était donc cette femme-là? Cette femme-ci? Qui? Eh bien quoi. Quoi. Pourquoi quoi? Le petit garçon renversa l’échiquier en hurlant que c’était pour Manola mais que, Manola, c’était pas une personne. Manola, c’était quoi, c’était la faute de Maman. La faute de Maman? Parfaitement. Courant avec ses petites jambes, le petit garçon mena son père jusqu’à la cave où dormait la bonne, l’esclave de la famille. Dans son sommeil, elle murmurait, rageuse et fiévreuse, « je les aurais, un jour, j’aurais la tête du Roi ». Ce n’était pas qui, c’était Manola. Un jour, sans doute, le Roi perdrait-il la tête, mais cette histoire ne nous intéresse pas encore… C’est que j’avais décidé de donner dans le conte moralisateur et pas vraiment gore. Un autre jour, peut-être, à l’occasion d’une partie d’échec.

Quand j’étais gosse, ce genre de petits récits m’aidaient, ils n’avaient pas grand intérêt mais ça avait l’avantage certain de peupler mon esprit d’images, de sons et d’odeurs. Le fond de mon cerveau m’apparaissait souvent comme un écran de cinéma, je trouvais ça amusant. En grandissant, on perd un peu cette tendance à imager les choses, à les construire dans l’absurde et dans le symbolique. Quelque part, je trouve ça dommage, parce qu’un conte sur le pouce, ça vaut ce que ça vaut, mais au moins ça vaut quelque chose. Et c’est pas américain.

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