Cendar a pris le train, ce matin, Cendar a même acheté le Nouvel Obs avant de monter dans son premier transport, celui avant la correspondance. Cendar a kiffé la couverture sur Sarko et cette putain de question « cet homme est-il dangereux? ». Cendar pourrait vous parler de ça et arrêter de parler d’elle à la troisième personne du singulier. Si je m’accorde assez facilement avec toutes mes autres personnalités sur le fait qu’il est nécessaire de reprendre le « je » là où je l’avais laissé, force est de constater pour vous, pauvres pêcheurs lecteurs, que je ne vous parlerai pas de politique. Faudrait pourtant que je m’y remette, c’est bientôt la rentrée, mais non. J’ai pas envie. Pas vraiment. Je suis dans le train, donc, en partance pour Nancy sans savoir combien de temps j’y resterai puisque je suis toujours dans cette maison de fou à la recherche du laisser passer A38 ou formulaire E111. Bah ouais, je sais toujours pas où je vais faire mes études et il était temps pour moi de m’occuper de ça en personne, de reprendre les rênes du navire et de vous perdre dans des non-sens multiples et gras.

Alphonse Allais a dit, je cite, « Partir, c’est mourir un peu. Mourir, c’est partir beaucoup. ». Aujourd’hui, je suis partie. J’ai pris un train, la tangente et j’ai même débarrassé le plancher. Vous ne savez pas où je veux en venir? Toujours pas? Je suis celle qui est partie. Il y a deux catégories d’individus dans ce genre de situation : ceux qui restent et ceux qui partent. Bien souvent, j’ai été celle qui est restée, celle qui a souffert le manque, celle qui a tourné en rond et fait les cent pas… Mais c’est quoi le pire? Est-ce que c’est rester et regarder tout le monde partir, à sucer le plaisir jusqu’à la moëlle de ce temps qui nous est encore imparti, ou est-ce que c’est partir et se dire qu’on est sur les rails, en route pour de nouvelles aventures? Je ne sais pas. Je sais que je vais perdre les trois quarts du lectorat de Septembre en vous parlant de mes petits états d’âme mais j’ai mal au cœur. J’ai mal au cœur parce que je suis tombée amoureuse… Amoureuse non pas d’un homme mais d’une période de ma vie, amoureuse de gens tous différents, amoureuse d’un restaurant, amoureuse de bars, de boîtes de nuit, d’instants volés à la faveur d’un ciel ensoleillé ou d’une lune paresseuse. Amoureuse d’un putain de double martini blanc, amoureuse de mon tablier, amoureuse des gens que je laisse derrière moi, même si je sais qu’on se reverra. Et qui dit amoureuse éperdue en partance dit cœur brisé. Je suis malheureuse, amis lecteurs, parce que j’ai du mal à reprendre pieds avec la réalité, cette réalité irréelle et insensée où mon été ne représente qu’une saison en restauration et où le Pichet n’est qu’un restaurant parmi les autres. Vous n’avez rien compris à la vie, vous avez tout loupé. Je suis une pauvre conne bercée dans un sentimentalisme qui ne lui ressemble pas mais je m’en fous.

J’ai pas envie de revenir à une vie d’étudiante, pas envie de me trouver dingue de me coucher à trois heures du matin, pas envie de ne plus avoir de personnes avec qui partager une bonne bouteille de rouge. J’ai pas envie de crever de froid la gueule ouverte sans faire le pingouin, pas envie de chercher Paulo pour d’autres gens, pas envie de retourner squatter mes amphis en talons alors que j’ai enfin réappris à kiffer le mode roots. Non, j’ai pas envie, c’est clair, mais c’est comme ça, je peux pas lutter. Pourquoi? Parce que toutes les histoires ont une fin. Mais non, pas de fin, juste le début de nouvelles histoires. Maintenant, c’est la guerre, contre le monde, contre le temps, pour réussir à garder contact, à ne pas voir le temps passer jusqu’à mon départ en Guadeloupe. C’est la guerre parce que je suis en pleine crise existentielle, entre simplicité et torture ontologique de la meuf qui aspire à la paix mais qui aime bien se compliquer la vie.

Je suis aux abois, les mecs, je sais plus où j’en suis, plus où je vais. Je sais pas où je vais devoir faire mes études, je sais pas où je vais vivre, je sais même pas de quoi je vais vous parler samedi. Ou dimanche. Je suis inconstante. Je suis à la ramasse, j’ai envie de hurler… D’allumer une Chester. Mais c’est pas grave, j’ai au moins une certitude, ce soir… Celle d’avoir vécu un été inoubliable et inimitable avec des gens qui resteront. Parce qu’on ne quitte pas le Pichet… Et le Pichet ne nous quitte jamais.

C’était le mot d’amour d’une serveuse en dépression qui, peu à peu, laissera sa place à une ambitieuse étudiante en droit. La schizophrénie a ses limites, je crois. Ou pas.

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