Il fait beau, c’est bien. Je fume une roulée, c’est mieux. Mais le  meilleur, c’est que je squatte l’appart de ma coblogueuse. De même que son frigo et sa cave. Mais pour les retrouvailles, on a fait dans le soft : début de soirée ciné. Sachant que je crevais d’envie d’aller voir Inception depuis un bon moment et que je n’en trouvais pas le temps, ma mère de substitution Cendar m’a gaiement offert la place et une session cinématographique riche en émotions. Je plaçais pas mal d’espoirs dans ce film. Surtout dans DiCaprio après avoir été fortement impressionné par son jeu dans Shutter Island. J’étais aussi assez curieux de voir le nouveau bébé de Christopher Nolan qui est parvenu à nous faire du comics sauce hollywoodienne pas trop dégueu avec les deux derniers Batman.

Pour son dernier film, Nolan envoie la sauce. Acteurs de renom, french touch (Marion Cotillard), du Piaf en toile de fond, des effets spéciaux digne d’entrer dans les anales, un scénario alambiqué qui requiert toute l’attention du spectateur… De très bons ingrédients mais qui peuvent facilement tourner vinaigre. Dans un futur proche, des appareils permettent à des hommes de pénétrer les rêves des autres. Certains utilisent cette technologie à des fins illégales pour extraire et voler les secrets les plus enfouis. Plutôt original comme braquage non? Bref, notre équipe avec à sa tête un Léonardo DiCaprio au sommet de sa forme, accepte un contrat où il ne s’agira pas de voler un secret, mais de déposer une idée dans la tête de l’héritier du PDG d’un empire énergétique mourant afin que celui-ci disloque la multinationale de son père. C’est ça l’inception. Et c’est plutôt casse gueule comme thème. Mais Nolan est parvenu à créer un univers onirique et inquiétant, à donner de la profondeur au thème et à ses personnages, et assez de clarté au scénario pour que le spectateur ne soit pas paumé dans les limbes à la moitié du film.

Quelles sont les réussites de ce film? Le visuel, sans conteste. Sans avalanche d’effets inutiles, l’architecture du rêve est parfaitement pensée, les effets sont au service de l’atmosphère irréelle et inquiétante qui baigne le film. La musique composée par Hans Zimmer, lourde et puissante. Le scénario qui, à ma grande surprise, a été écrit et élaboré par Christopher Nolan pendant près de 10 ans. L’imbrication des rêves les uns dans les autres sur plusieurs niveaux qui ajoute à l’irréalité du rêve un doute sur l’existence d’une réalité unique. La grande clarté de l’histoire qui parfait pourtant terriblement nébuleuse durant les premières minutes du film. L’approche novatrice et originale de l’inconscient et de ses mécanismes qui pousse le spectateur à s’interroger sur la réalité et sur ses certitudes, puisqu’au final, les personnages vont non seulement violer l’esprit de leur victime mais vont y déposer et faire germer une idée qui n’est pas sienne selon un processus pernicieux d’autosuggestion qui amènera celle-ci à être persuadée que l’idée en question vient de lui.

Néanmoins, ce film ne sera jamais à mes yeux un chef d’œuvre pour trois raisons. D’une part pour ses scènes d’actions où l’on perçoit clairement les exigences des producteurs de la Warner Bros qui souhaite en faire un film grand public. Il y a malheureusement à mes yeux une incompatibilité entre l’onirisme et l’action brute. Le deuxième échec de Nolan est le visuel. Oui, quelques lignes plus haut je vous ai dit le contraire, je m’explique. Certes les effets sont spectaculaire et créent une ambiance originale, mais l’amateur d’art, d’onirisme et de symbolique psychologique que je suis regrette profondément le réalisme des rêves. Ils sont pour moi abstraction pure où se glissent symboles et mythe, temple des émotions brutes et de l’irréalité, mais ici, tout est trop claire, montré, pas assez ressenti. Et enfin, je suis aussi déçu par la fin. Non seulement par sa précipitation mais aussi pour son clin d’œil trop appuyé et un peu trop caricatural, sorte de copier coller de Shutter Island que je trouve un peu naïf.

Je ne voudrais pas être trop dur avec ce film qui se classe dans mon top 3 de l’année. Je salue donc la performance de Nolan et celle des acteurs, et plus particulièrement celle de DiCaprio qui a enfin prouvé qu’il avait de la profondeur et du jeu à revendre depuis que sa barbe à poussé, et celle de Marion Cotillard qui, malgré l’irritation maladive qu’elle cause chez moi pour une raison inconnue, a su jouer la folie avec un certain brio. Que de promesses futures dans ce trio.

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