Folie inspiratrice qui me dévergonde, mon cerveau se répand sur mon clavier et éclabousse mon écran d’injures philosophiques. Je suis en retard, je suis complètement folle. Cendar est décédée à l’ombre d’un café et de ses illusions mortes, ne reste plus que l’auteur du personnage, épuisée. Je suis autre, j’ai perdu la tête et l’envie. Je lis Nietzsche, je bois du martini, je cumule deux emplois et je manque de sommeil. Portée par la fièvre de mots trop longtemps retenus, je réalise que je n’écris même plus. Nietzsche a dit « je crains que nous ne nous débarrassions jamais de Dieu, puisque nous croyons encore à la grammaire ». Vous ne me suivez pas? J’en suis désolée mais j’aime ça. Nietzsche a dit, Crépuscule des Idoles, « Le ‘monde-vérité’ – inaccessible? En tous cas pas encore atteint. Donc inconnu. C’est pourquoi il ne console ni ne sauve plus, il n’oblige plus à rien : comment une chose inconnue pourrait-elle nous obliger à quelque chose? ». Le paradis est mort, son idée avec elle… Alors on se raccroche à une réalité plus tangible. L’argent. BP colmate ses puits, du pétrole a disparu. Le Sénat français réalise que le gouvernement s’est fait enculer à sec par les industries pharmaceutiques quant au contrat sur les vaccins contre la fameuse grippe A. Les vieux survivent à cause des orages, la canicule n’est plus et l’enjeu démographique ne m’a jamais plus préoccupée que lorsque je traverse la zone touristique de ma ville… Quartier dans lequel je travaille. Deuxième emploi, double paie, je me ramasse dans la gueule le côté obscur de la force, la réalité épuisante de l’idéal capitaliste… Pour vivre, pour bien vivre, pour pouvoir payer, encore et encore, il faut de l’argent, qui ne pousse pas des arbres. Je suis folle, je sais, je bosse environ 60heures par semaine et je n’ai pas de jours de congé. Je vous effraie? Moi aussi, j’ai peur, parce que je ne sais plus de quoi vous parler.

Je suis inconstante, l’interdiction du mariage homosexuel a été jugée anticonstitutionnelle en Californie, contraire au huitième amendement. J’adore lire des entêtes comme « Lambda vs. Schwarzeneger ». Et on ne se rend pas compte de la jouissance que peuvent procurer les petites choses de la vie. Nietzsche a établi que nous ne pouvions apprécier la valeur de la vie. Vivants incapables car, objet même du litige, ils se retrouvent dans l’impossibilité d’être juge. Quant aux morts, la raison est différente mais parfaitement compréhensible. Nous ne pouvons juger de la valeur de la vie mais on la brûle par les deux bouts, on la comprime, on l’oppresse, on se perd en des milliards de pensées déjà obsolètes. J’ai envie de reprendre mon livre là où je l’ai laissé. Vous vous en foutez. Faudrait que j’arrête de sortir, que je rentre chez moi juste après le travail, que je n’aille pas boire un verre avec mes collègues, que je m’auto-sucre le cheeseburger familial. Évitons la case départ, ne touchons pas 10 000€. Je suis la motivation incarnée. Ce que je fume? Chesterfield. Je sais, vous n’y croyez pas. Vous devriez. Est-ce que je perds la tête? Ma littérarité ne s’évapore pas avec l’éthanol, je suis en manque de création, en manque d’ordre et de flou artistique. J’ai besoin d’écrire, autre chose que des articles, autre chose que des mots perdus sur un écran impersonnel. Nietzsche, puisqu’il est aujourd’hui mon fil conducteur, a parlé de Socrate comme d’un malade, malade de vices et d’irraison raisonnée, qui aurait cherché dans la raison le remède de la vie. A cela Friedrich rétorque que ce genre de vie est une maladie dont seule la mort est le remède. « Socrate n’est pas médecin, seule la mort est ici médecin. Socrate seulement fut malade longtemps. ». Samedi, je vous parlerais de mon travail en bureau ou comment Cendar flingue la forêt amazonienne.

Dieu est mort, Shakespeare est mort, Nietzche est mort et, moi même, je ne me sens pas très bien. Je vous gerbe aux pieds en vous saluant bien bas, bonne soirée.

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