C’est l’histoire de la nana qui croit qu’elle va avoir le temps de lire un livre ou de regarder un film pour pouvoir vous en parler. Cette nana est idiote. Cette nana est étudiante. Comme tout étudiant, cette nana bosse pendant l’été. Cet été, cette même nana a décidé de faire serveuse dans un restaurant de la vieille ville. Cette nana, vous l’aurez deviné, c’est moi.

Être serveuse, c’est un putain de métier à part entière, avec des règles, des techniques, des protocoles. Ça épuise le corps, l’esprit. Des fois t’es tellement dans le jus que t’oublies que la table 20 parle espagnol, la 22 anglais, la 12 aussi et, au final, tu parles français à tout le monde, perturbant légèrement tes clients qui t’ont entendu parler leur idiome jusqu’alors. D’ailleurs, tu réfléchis en nom de table, tu surveilles tes commandes, tu parles le langage de la restauration et tu fais souvent le « TGV ». Non, pas Tequila Gin Vodka, j’ai déjà demandé. Ça veut juste dire que t’es runeur (ou runeuse). Ou alors, t’es responsable de secteur. Ou alors t’es au bar. En fait, quand tu bosses dans la restauration, le seul moment où tu peux vraiment ne rien faire, c’est pendant le repas du perso, pendant ta pause de l’après midi et pendant la nuit, quand tu dors. Sauf si tu te bourres la gueule avec tes collègues, évidemment, parce que les pourboires portent pas leur nom pour rien!

Forcément, ça donne du : réveil, café, douche, boulot, repas du perso, boulot, trois heures environ dans l’après midi, boulot, repas du perso, boulot, douleur, lit. Des journées de 9heures au boulot, environ, juste ça, à des heures improbables, qui plus est. Au final, t’es décalé par rapport à tout le monde. Bah ouais. 10h / 14h30 (les jours tranquilles) – 17h30 / 22h30 (les jours tranquilles). Quand t’as de la chance. Et surtout, ne rien faire tomber, ne rien oublier, ne pas faire planter la machine. Et sourire! Sourire! Le tout pendant que tes parents sont en vacances. Au soleil. À farniente. Etc. Mais tu souris. Quand même.

Au demeurant, être serveuse en resto, ça a ça de sympa. Tout le monde te trouve agréable, on te remercie ou on te félicite pour ton sourire, on te raconte des blagues de merde, on fait passer le temps avec ses clients. Et plus tu t’entends avec eux, mieux tu t’en sors niveau pourboire en fin de course. En fait, t’es aussi payée pour faire dans les relations publiques. Ça te fait bosser tes langues étrangères. Tu te muscles, tu perds du poids… Ouais, ça pourrait être pire. C’est juste que j’ai pas de temps, pour rien. À part essayer de dormir et réfléchir à des articles. Voyez à quel point je suis productive! Must du must : j’ai tanné ma patronne pendant deux semaines pour pouvoir aller aux musilacs vendredi prochain (soir de ZZ top)… Et la pote qui venait avec moi (et qui a la voiture) doit travailler ce soir là. Alors que j’ai eu mon vendredi soir. Quelqu’un connait un bon site de co voiturage?

Anyway. J’dis ça, j’dis rien, je raconte de la merde et je pense à ce putain de mec qui avait cette tendance trop bizarre à me faire un clin d’œil à chaque fin de phrase ce midi. Je m’interroge encore. Tic nerveux ou tentative de drague de beauf? J’vous laisse méditer. Et je lève mon tablier à tous les serveurs et serveuses du monde. Amen, les mecs, payez-vous une chester, je compatis. (et j’y retourne pour 17h15).

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