Un homme illustre a dit un jour : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? ». Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve ça particulièrement juste. A nuancer cependant. Certains livres font rêver, rien de brutal là dedans, mais non moins d’intérêt cependant. A quoi bon lire un livre que vous oublierez, ou qui ne vous servira qu’à alimenter une conversation bourgeoise et pseudo littéraire chez un ami parisien? Je sais, le cliché, c’était facile. Bref, l’homme illustre qui prononça cette illustre phrase n’est autre que l’illustre Franz Kafka. Et figurez-vous que je viens tout juste de me plonger dans son œuvre. Oui, s’il se trouve un littéraire pur et dur parmi vous – autre que ma cloblogueuse, bien entedu – il criera certainement au scandale en s’arrachant les cheveux. Mais fuck. Je viens de terminer La Métamorphose, et quand on parlait de coup de poing, on peut dire que cette nouvelle en est un exemple parfait. Un bel uppercut même.

Mais parlons un peu de Kafka. Je crois qu’on peut dire sans prendre trop de risque que Kafka est le parangon même du mec dérangé. « Kafka, qui montrait des signes d’hypocondrie, souffrait, ainsi qu’on le pense maintenant, de dépression clinique et de phobie sociale, mais présentait aussi des phénomènes vraisemblablement liés au stress : migraines, insomnies, constipations et furoncles. Il se méfiait de la médecine régulière et essayait de combattre ses plaintes avec des cures naturopathes, un régime végétarien et en buvant du lait non pasteurisé ». Merci wiki. En gros, Kafka était complètement dérangé. Mais comment pourrait-on écrire La Métamorphose sans l’être… Je sais pas si on peut ajouter grand chose à son sujet. Écrivain existentialiste de langue allemande (autrichien d’origine), son œuvre est assez vaste mais sa courte existence (40 ans) ne lui a pas permis de nous léguer un héritage littéraire très conséquent.

Comme je vous le disais au début, j’ai donc lu La Métamorphose et découvert – avec horreur – le triste sort de Grégoire, jeune commercial qui se réveille un matin dans sa chambre transformé en… vermine. En cloporte oui, en blatte! Je m’emballe… Mais voilà, il n’y a pas de métaphore ici, le jeune Grégoire, pas très futé mais plutôt sympa se retrouve emprisonné dans le corps d’un insecte de la taille d’un humain, emprisonné dans sa chambre gardée avec vigilance par sa famille que son apparence répugne au point de ne plus pouvoir supporter son existence, condamné à l’oubli, au mépris, à l’incompréhension et au dégoût. Oui, l’idée elle-même est atroce. Atrocement injuste déjà, parce que le pauvre bougre n’avait rien demandé. Et puis immonde aussi. Immonde de voir à quel point l’auteur se délecte de la description du corps visqueux et chitineux de la victime, de son supplice. Mais L’auteur ne cherche pas à choquer. Non, il cherche à mettre ce fameux coup de poing dans le menton du lecteur, de lui montrer de manière admirable mais totalement instinctive la suffisance de l’homme, la brutalité de ses réactions, et les limites de ses sentiments, là où l’amour se transforme en haine, l’inquiétude en dégoût.

Oui lecteur, Grégoire est un personnage à la Kafka. Déraciné, emprisonné, incompris. Il est le canard boiteux de sa génération, marginal dans un monde sclérosé et autoritaire. Il est l’être qui n’aurait pas dû exister, parce que sa nature, la nature de l’homme et la société ne lui accordent pas ce droit. Dans un bref moment de lucidité, Grégoire lui même prend conscience de cet état contre-nature et lance un plaintif et résigné « je ne devrais pas exister ».

Voilà une œuvre qui vous donnera matière à réfléchir. Mais accrochez-vous, il faut pouvoir le supporter et mettre ses préjugés et critères esthétiques de côté.

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