Les français croient souvent avoir le monopole du roman de capes et d’épées ainsi que celui du romantisme. Mais c’est complètement faux. Complètement faux parce qu’un roman japonais de Eiji Yoshikawa met toute la tradition française au tapis : La Pierre et le Sabre. Ce seul ouvrage domine et dominera toujours les autres du genre parce qu’il a ce que nous, occidentaux, n’avons pas : la philosophie orientale. Sans partir dans des tirades sans fin sur l’essence de l’homme et de l’univers, ce livre est imprégné du bouddhisme zen, donnant à l’œuvre dans son ensemble le caractère initiatique et transcendantal qu’aucun des romans de Dumas n’a jamais atteint.

Le roman raconte l’histoire de Miyamoto Musashi, grand samouraï japonais du début du XVIIème et figure centrale du folklore japonais, de son passé bestial, de sa renaissance spirituelle, de sa quête de la Voie et du perfectionnement de son art, le tout teinté d’une histoire d’amour pudique, d’une passion cachée et conservée. Plus encore, cet ouvrage est une leçon sur la grandeur d’âme, la quête de soi et le polissage quotidien du joyaux le plus précieux : l’existence.

Mais si le contenu est frappant de beauté, la forme n’est pas laissée en reste. L’écriture est d’une limpidité rare, la description physique tient une place importante mais laisse aussi une large place aux envolée lyriques et aux tourments intérieurs des protagonistes. L’équilibre est de mise, la beauté est partout, et les pages défilent avec une aisance qui ferait oublier les 700 pages de l’ouvrage (ainsi que les 700 autres du second tome, La Parfaite Lumière).

Bref, je n’ai pas l’aisance de ma coblogueuse pour tergiverser dans les méandres stylistiques d’un bouquin, mais ce qui est sûr, c’est que cette œuvre est un bijou. Tout le Japon féodal coule entre ses lignes : son esprit, ses mœurs, ses démons mais aussi sa pureté singulière. Les philosophies s’entrelacent, entre religion bouddhiste, Voie du Samouraï, Zen, respect des ancêtres et asservissement au maître, toutes les rivières composantes d’une culture méconnue se joignent pour former un torrent qui emportera le plus insensible des cœurs. A lire donc.

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