Je ne vous apprendrais rien en vous disant qu’Israël s’est sacrément mis dans la merde ces derniers jours? Pas de mauvais esprit, rassurez-vous. N’empêche que tous les micros et caméras du monde sont allègrement tournés vers les « rescapés » de la flottille humanitaire qui a été attaqué par Tsahal il y a de cela quelques jours. Bref, je n’ai pas envie d’entrer dans un discours politique à rallonge qui impliquerait des sources extrêmement précises, des formes harmonieuse pour ne pas me voir absurdement qualifié d’antisioniste voire d’antisémite, une approche géopolitique globale et une analyse psychologique d’un pays que je connais trop peu. Par contre, là où je tique (et c’est là le sujet de cet article qui, pour une fois, a un thème défini), c’est lorsque j’apprends que les Pixies, Santana, les Klaxons et même Dieu Gorillaz ont annulé leur passage en Terre sainte. C’est ainsi que le Pic Nic Festival de Tel-Aviv se trouvé décapité de toutes ses têtes d’affiche.

Voilà ce qu’on peut appeler un véritable boycott culturel. Mais la question est : est-ce qu’une telle punition vis-à-vis d’une population qui n’est pas responsable de – toutes – les bavures de son gouvernement peut avoir un quelconque impact positif? J’ai du mal à y croire. Déjà parce que mon éthique place la culture comme une norme pure et intouchable, une source de beauté et de connaissance à laquelle chacun à droit de s’abreuver, mais aussi parce que c’est un pas dangereux. Qui peut dire quel sera le suivant? Interdiction de ventes en Israël? Mais What the fuck? Une personne (certainement célèbre) a dit que la culture était par essence engagée. La culture est une masse résultant de la création artistique d’individus, mais une fois produite, l’auteur de l’œuvre a-t-il le droit d’en priver certains êtres humains? Pour leur nationalité? Je m’interroge. Car il est évident que de tels actes ne sont pas gratuits ou motivés par de mauvais desseins, et je vois aussi l’effet positif escompté : faire réagir les fans et les inciter à être plus critiques et réactifs face aux instances du pouvoir. Mais le risque de cette manœuvre – et ce risque est bien réel – est de souder la population israélienne dans une paranoïa maladive, une fierté agressive et un unilatéralisme destructeur. Car ce pays souffre évidemment de son histoire, de ses choix politiques, de l’attitude de ses voisins et de toute une série de facteurs dont la liste serait trop longue pour ce billet. Mais Israël souffre déjà d’un mal plus néfaste s’il en est : lui-même.

Histoire de prendre un exemple peut-être plus percutant qu’un simple concert, voici la déclaration de Henning Menkel, écrivain de polars suédois présent à bord du bateau attaqué : « J’apprends que je vais être expulsé. L’homme qui m’annonce cela ajoute qu’il apprécie mes livres. J’envisage de m’arranger pour ne plus jamais être traduit en hébreu. C’est une pensée qui n’a pas encore atteint son fond». Je conçois que cet homme ait vécu une expérience traumatisante et frustrante, mais de tels propos sont à mon sens comme une déclaration de guerre. Pourtant Menkel s’était engagé avec une flottille humanitaire… Vous voyez le paradoxe? Et pour revenir à la musique, vous voulez voir le genre de réaction qu’on suscité ces boycotts? Shuki Weiss, le producteur du festival de Tel-Aviv parle de « terrorisme culturel qui vise Israël » tandis que le ministre de la culture part à l’offensive en déclarant « qu’un artiste qui boycotte ses fan en Israël ne mérite pas de se produire devant eux ».

Devant ses déclarations pleines de mesure, de sagesse et d’intelligence, je te laisse méditer, lecteur, sur les conséquences des actes de nos artistes, vénérés certes, mais qui devraient peut-être faire preuve de plus d’humilité et rester dans la sphère artistique avant de faire trop de dégâts ailleurs.

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