Cher Molière,

Aujourd’hui, grâce à toi, je vais aller dans l’extrapolation la plus absurde que j’aie jamais osé faire ici… Oui, oui, oui… Parce que, Jean Baptiste (je me permets de te tutoyer, vieux, t’es plus que poussière maintenant) figure-toi que mon adorable co-bloggueur est un sale gosse qui ne sait pas gérer son emploi du temps et qui me refile la responsabilité de poster, juste comme ça, pour aller se taper un resto avec des potes. Tu vois le tableau? Irresponsable, non? Parce que, quand même, de mon côté, je me suis levée pas trop tard, j’ai aidé un ami à corriger un manuscrit, j’ai écrit un peu pour mon propre livre, j’ai rangé un peu mes papiers, j’ai fait trois heures de sport avec mes copines, j’ai fait faire les devoirs de la plus jeune de la famille, je l’ai aidé à réviser son anglais tout en anticipant sur le repas de ce soir et en faisant le ménage demandé (voire même un peu plus que demandé). Bref. Journée de femme au foyer exemplaire. Là, je suis en train de fumer un cigarette sur ma terrasse, la petite dernière est dans son bain, l’autre se repose, le riz et les oeufs sont prêts, on attend juste les autorités parentales. Avoue, je gère mon steak plutôt pas trop mal pour une étudiante.

D’autant plus que, moi, j’ai pas fait l’école des femmes (tu le vois le lien tordu du début d’article, là?). Non, parce que t’es bien mignon, mon Ami, mais de nos jours, on a plus de mode d’emploi… Et tu remarqueras que bien souvent les femmes jouent à l’épouse parfaite alors qu’elles sont célibataires et, bien souvent, seules. Et puis, pourquoi l’école des femmes? De toi à moi, Jean Baptiste, il y a bien des mecs qui mériteraient une petite leçon… Parce que j’en ai marre… J’en ai marre, je sais que c’est brusque dit comme ça, mais réalise un peu… Une femme doit être épilée, en forme, mince, bien habillée, elle doit de préférence être intelligente (mais pas trop), savoir cuisiner, réussir à tenir en laisse ses gamins et, en plus, garder du temps pour gâter monsieur une fois la nuit tombée. Autrement dit, une femme doit être superman, la paire de couilles en moins.

On parle souvent de toi comme un dramaturge visionnaire et talentueux, je ne te l’enlèverais pas, je suis une grande fan de tes pièces… Mais t’aurais été un vrai visionnaire si tu avais écrit l’école des Hommes. L’école des Hommes, parfaitement, parce que ces messieurs, de nos jours, se doivent de faire la même chose que ces dames, l’épilation en moins. Et l’épilation, c’est un peu la mort du sadisme féminin pour laisser l’entière place au masochisme et à l’esclavagisme le plus pur. Ce matin, pendant mon quart d’heure de torture personnel, je songeais à lancer une sorte de défi sur ce blog. 40€ à l’homme qui accepterait de s’épiler les mollets à l’épilateur électrique. Juste pour voir (et pour rire). J’en rajouterais même 20 à celui qui passerait la journée en talons, pour le kiffe, vois-tu. Mais non. Parce que je ne crache pas sur la gente masculine… J’apprécierais juste de ne pas avoir à me dire que je remplis le rôle de la femme que tout bon machiste conçoit dans son petit crâne étriqué à chaque fois que je me tape une journée d’adulte responsable.

Molière, toi le grand, toi le très grand (mais pas très haut) auteur du XVII… Pourquoi ne pas avoir pensé à ça? Pourquoi avoir écrit Don Juan? Don Juan, Molière! Une expression aujourd’hui rentrée dans le langage commun mais qui n’a aucune équivalence féminine… Sauf pute, en fait, et ça sonne quand même beaucoup moins bien.

Prends trente secondes au milieu de tes vers et autre os à l’état putrifié pour me répondre. Pourquoi? Pourquoi avoir été un visionnaire de tout un genre littéraire mais ne pas avoir été foutu de miser sur le XXI° siècle et ses progrès dans l’égalité des sexes? Pourquoi faut-il que tout le monde accepte que les hommes et les femmes devraient être égaux mais que l’on continue à se traîner des références littéraires sexistes au quotidien? L’école des femmes, Don Juan… Pourquoi?

Je m’interroge, je me fatigue et j’écris un article sans queue ni tête… Mais ça défoule. Ça me fait du bien de m’épancher sur ta carcasse tout en me disant qu’il faudrait que je songe à aller couper mes tomates.

Ce n’était qu’un petit cri de révolution, qu’une interrogation futile, mais considère-la sagement et essaye de faire en sorte que, bientôt, un petit génie s’amuse à usurper ton prestige pour nous écrire, enfin, l’école des Hommes. Ce serait sympa de ta part.

Bien à toi,

Une femme courbaturée et presque à l’heure dans son programme de la journée. Presque.

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