La barre des 18 ans peut être vue de multiples manières. Du genre, le permis, l’indépendance, l’entrée légale dans les bars, la moitié de 36 ans qui est aussi la moitié de 72 ans soit environ 6 ans de moins que la date la plus probable de votre mort. Mais avoir 18 ans, c’est aussi pouvoir faire son entrée dans les soirées étudiantes par la grande porte, exalter le côté carabin en vous sans avoir peur des conséquences, boire sans soif et avoir soif sans raison… Ce genre de choses. Et il faut bien dire que c’est unique, assez enivrant et souvent mythique. Sur Grenoble, un consensus veut que les « soirées Med », aussi appelées soirées médecine, incarnent l’apothéose de cet esprit estudiantin dépravé. Les gens véhiculent leurs expériences vécues au « Cham’ » – lieu de perdition où se déroulent ces soirées – larme à l’œil, avec un mélange de nostalgie et d’admiration. Tout ça pour dire que personne ici ignore l’existence de ces soirées, et personne ne peut se vanter de n’avoir jamais voulu y mettre les pieds.

Mais une question simple se pose alors : comment gâcher une telle soirée? Hé bien figurez-vous que c’est en réalité très simple.

Étape 1 : Commencez tout d’abord par déménager la soirée d’un lieu mythique – le Cham’ – parfaitement adapté à une horde d’étudiants avinés et obsédés en mal de divertissements, vers une boite – l’espace DO – d’allure commune, limite lambda, mention glauque obtenue haut la main.

Étape 2 : Ensuite, vendez un nombre d’entrées illimité. Et en plus de ça, précisez bien qu’en plus des pré-ventes, les entrées pourront aussi être achetées au dernier moment devant le lieu de la soirée. Comme ça vous pourrez admirer l’incroyable alchimie et l’amour passionnel qu’ont les videurs pour la foule en délire prête à écraser la tête de son prochain contre le bitume pour entrer en premier, mue par le stress de se voir refoulée avant d’avoir pu pénétrer l’enceinte. Avec un peu de chance, le videur daignera peut-être vous lancer un lacrimo ou deux – ce qui est bien entendu autorisé par la loi – histoire de vous tenir en haleine.

Étape 3 : Une fois à l’intérieur, ne prévoyez surtout pas un open bar, cela pourrait gâcher la fête. Non, c’est mieux de faire payer l’étudiant qui a déjà casqué entre 11 et 15 euros pour entrer à une soirée qui habituellement en coûtait à peine 10 (open bar inclus, bien évidemment). Précisez bien aux faluchards derrière les comptoirs de ne pas trop charger les verres. Au cas où. Quel plaisir ainsi pour ceux qui n’ont pas pensé à boire avant d’arriver, où qui ont naïvement cru que ce serait open as usual.

Étape 4 : La musique. Car oui, pour bien gâcher une soirée, le facteur musique est indispensable. Pour commencer, il est évident que l’étudiant adore danser sur de la hard tek en mode drogué psychotique en plein trip psychédélique. Mais que dis-je, il est évident que l’étudiant lambda une fois – légèrement – alcoolisé par les – ridicules – boissons du bar pourra danser sur quasiment n’importe quoi. Pire que Rihanna, pire que Lady gaga, pire même que David Guetta, pour bien gâcher sa soirée, il suffit de lui passer des basses répétitives sans aucune musicalité pendant 5h.

Je crois que ces 4 étapes suffisent à résumer le déclin du mythe Médecine. Après avoir perdu leur sponso Chartreuse, puis leur salle, après que la loi ait interdit les open bars, les pauvres étudiants médecines devront se contenter de soirées comme toutes les autres sections étudiantes : chiantes à mourir.

Edit : les commentaires ont été fermés, 
tant pour mettre fin à l'acharnement qu'à l'escalade.
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