Le problème avec les communistes, c’est qu’ils ont tellement de détracteurs que dès qu’on les titille un peu, ils vous sortent une argumentation de barge et vous force à vous prendre un minimum au sérieux. Je ne suis plus là pour me prendre au sérieux, tenez-vous le pour dit, mais continuez vos argumentations réponses, leur lecture est intéressante. J’aime à diversifier mes avis, quand bien même je n’ai pas toujours l’ouverture d’esprit pour les assimiler comme possiblement objectable (du mot objection. Normalement on dit opposable, je sais). Toujours est-il que Phil est toujours en vacances avec ses infirmières, même que son portable est quasiment pas utilisé, et que je suis obligée de vous occuper aujourd’hui encore. Il faut que je trouve un truc absolument pas sérieux à vous dire, sinon je vais perdre les derniers neurones qu’il me reste et ce serait fâcheux pour mes jobs de cet été… Il y a peu, j’ai subi une perte. Maurice est mort.

Maurice, vous vous en douterez, était jusqu’à hier soir mon poisson. Et cet abruti avait une histoire. Véridique.

Tout a commencé l’année dernière, alors que je vivais en résidence universitaire dans un petit 12m². Le 12m², pour information, c’est l’endroit où tu vis, c’est à dire que ta chambre est aussi ton bureau, ton salon, ton entrée, ta cuisine… Il n’y a que la salle de bain & les toilettes qui sont épargnés et rangés dans un petit 2,5m²… C’est ton bocal, quoi. Nécessairement, quand tu passes du F4 familial au petit 12m² mal isolé de ton campus, tu te sens un peu seule. Au bout de quelques semaines, ma voisine et moi avions décidé de prendre chacune un poisson… Pour nous tenir compagnie, voyez. Et nourrir nos délires puisque nous avions fait des paris sur la durée de leur existence… Toujours est-il que, une année durant, un bocal à poisson vide a dormi sur l’une de mes étagères, attendant désespérément le poisson qui ne viendrait pas résidence Ouest.

Cette année, installée au QG avec ma coloc dont vous avez souvent entendu parler, j’ai donc fini par récupérer un putain de poisson : Maurice. En premier lieu, je voulais un poisson rouge… Et c’est là que la nana de l’animalerie m’a expliqué que je n’avais pas le droit de mettre un poisson rouge dans un bocal rond. Non, parce que ça les rend fou. Là, j’ai eu envie de lui rétorquer qu’on en avait un peu rien à foutre puisqu’un poisson rouge n’a que 20 secondes de mémoire… Mais bon, elle avait un air de militante WWF (département sauvez les poissons rouges), je n’avais pas envie de vomir, je l’ai écoutée sagement et j’ai récupéré Maumau, un combattant, jaune. Clairement, il avait une sale gueule, mais au moins il était assorti à ma déco et, ça, c’était assez appréciable.

 

Dès ses premières heures de vie dans mon appartement, Maurice s’est fait sa première ennemie, ma Coloc, qui n’aime pas les poissons. Je me demande comment on peut ne pas aimer un poisson. Ça sert à rien un poisson, c’est juste là pour faire beau, ça demande rien à part un lavage du bocal une fois toutes les semaines (ou deux semaines, hein) et de la bouffe tous les deux jours. Ça coûte que dalle, en plus. Bref. J’aurais dû me douter qu’au moindre signe de faiblesse de ma part, Maurice prendrait cher pour sa gueule.

Et puis Maurice a toujours été un poisson de merde. Une semaine après son arrivée, je lave son putain de bocal et, là, que vois-je? Des œufs. Maurice était en fait une femelle. J’ai renoncé à l’appeler Mauricette. Bref. Poisson contrariant.

Alors, forcément, avec le déménagement qui arrive, j’ai commencé à me demander ce que j’allais en faire. J’avais réussi à le refiler à Phil mais, finalement, l’animal n’était pas si enthousiaste que ça à l’idée de récupérer la bestiole. Il a fallu prendre une décision. Hors de question pour moi de le trimballer de ville en ville… bref. Etant d’humeur cruelle et déshumanisée en ce moment, la solution est finalement apparue comme telle : Maurice devait dire adieu à ce monde pour partir vers un océan de bière qui l’accueillerait dignement. Évidemment… Ma coloc a été réjouie. Me rappelant de ce qu’on m’avait dit, j’ai commencé par mettre du gros sel (en quantité) dans son bocal et de mettre une assiette sur le sommet du bordel, attendant patiemment les 10 minutes promises par mes proches. En effet, il était hors de question de mettre Maurice vivant dans les toilettes, il fallait donc le tuer avant. Et j’ai attendu. L’animal a convulsé, rien à faire, il a survécu. Nous avons rajouté de l’eau brûlante. Puis du détergent. Puis du vinaigre. Puis du produit vaisselle. A chaque fois, il nous a fait des petits suspenses d’immobilisation avant de se reprendre un élan vivace, style résurrection mais en nombre que telle que, à côté de lui, Jésus était une lopette. Jusqu’alors insensible, j’ai commencé à me sentir vraiment mal pour lui. Je l’ai achevé au produit wc qui a eu raison de lui. Son agonie a duré une heure, ce n’était pas vraiment ce que je voulais. Je rêvais d’un truc propre et rapide, moi, mais c’était compter sans l’aptitude extrême de ce poisson à survivre.

Dans le fond, je l’aimais bien, moi, Maurice. Alors je vais fumer une clope à sa mémoire, ça me changera.

Publicités