Oula. On est déjà mardi. Autrement dit, demain est une journée de merde et jeudi… Bah jeudi j’ai un oral sur des cours que je n’ai pas encore ouverts. Il va falloir que je songe à m’y mettre… Ouais, mais non, j’ai pas le temps Je dois communiquer. Communiquer, concrètement, c’est être en communication avec quelqu’un, transmettre, diffuser, parler, etc. Well. Autrement dit, il faut que je me colle sur msn, que je surveille facebook, que mon téléphone se trouve à moins d’un mètre de mes doigts, que le blog soit accessible, etc. Parce que, chez moi, communiquer pour rien à propos de n’importe quoi, c’est une façon très efficace de me changer les idées. Surtout, très important, ne pas communiquer avec des gens qui vous feront aborder des sujets sérieux, en ce moment, ça m’est douloureux. Mais toujours est-il qu’il faut commuuniquer. D’ailleurs, à propos de notre siècle, je crois que nous pourrions dire que trop de communication tue la communication. Et je sais de quoi je parle.

Vous rendez-vous compte que nous sommes souvent rendus à envoyer un texto à un ami pour lui demander si on peut l’appeler? En cas de réponse positive, on demande même quand est-ce qu’on peut l’appeler. Hey! Elle est passée où l’époque où tu te contentais de composer le numéro et te laissais porter au gré du suspense. Décrochera ou décrochera pas? C’était sans doute avant l’ère des sms illimités. L’ère où on peut désormais communiquer non stop et sans un bruit.

Quand je quitte mes potes, en fin de journée, la plupart du temps on finit nos conversations sur msn. Pareil pour ceux qui habitent loin, c’est communication msn parce que – ahah – c’est moins cher. La moitié de ma vie est tapée, le reste… Bah le reste, euh… Bref. Toujours est-il que, parfois, ô miracle, je me prends l’audace d’envoyer un sms à une amie pour lui demander si je peux l’appeler. Ouais, ouais. Après réponse positive et plusieurs tentative pour choper un créneau, je finis par – ouah – l’avoir à l’autre bout du fil. Nous avons parlé pas moins de 50 minutes, ça faisait bien un mois ou deux que je n’avais pas entendu le son de sa voix et si je n’ai pas pu l’appeler plus tôt c’est parce qu’elle était au téléphone avec quelqu’un d’autre. Vous ne trouvez pas que ça fait too much, niveau communication, là?

Mine de rien, sans les sms illimités, on serait bien dans la merde : je suis généralement 2 à 3 conversations simultanées qui s’étirent sur plusieurs heures de la journée voire sur toute la journée, à propos de tout ET de n’importe quoi. Le truc qui fait peur, c’est que je crois que ça ne se soigne pas. Et c’est tousles jours. A dire vrai, je crois que si nous n’avions pas ça… Nous nous sentirions seuls. Avec toute cette communication facile et ces réseaux sociaux immenses, n’avez-vous pas remarqué que, en moyenne, on se voyait moins? Pas besoin de voir un tel, j’ai eu de ses nouvelles sur msn la semaine dernière. Ah, machin? Ah bah non, je l’ai appelée, c’est bon. Bidule? Mais puisque je te dis qu’elle n’a plus de téléphone et qu’elle est injoignable… Donc invisible.

C’est un scandale. Je crois que l’extrême folie de tout ça, c’est facebook, aka le comble du ridicule. Je croise une amie que je n’ai pas vu depuis peut-être deux ans, je suis contente, on essaye de discuter un peu et, là, c’est le drame. Ah oui, je l’ai vu sur facebook. A quoi ça sert, franchement, de parler avec quelqu’un d’autre? Bah pour les détails qu’on n’a pas mis sur facebook, ceux qu’on a oublié sur msn et les quelques petites bribes de vie qui ont échappé à nos envois compulsifs de sms.

Les mecs, on est malade. Je ne plaisante pas, on est gravement malade. Parce que je trashe, je trashe, mais sans mon téléphone, mon ordi, facebook, tout ça, je ne fonctionne pas. Mais je crois qu’à force de communiquer, comme ça, tout le temps, on a fini par déshumaniser les rapports humains. A TROP COMMUNIQUER ON NE COMMUNIQUE PLUS! C’est grave. Je veux dire, il n’y a quand même rien de plus agréable qu’une bonne petite conversation de visu, ou un petit coup de fil de temps en temps. Mais non. Parce que communiquer exclusivement avec une personne, c’est ne pas communiquer avec d’autre. Et puis… Et puis… On n’a pas le temps! On a jamais le temps, on a tout le temps des trucs à faire. Mais alors, mais des fois, mais des trucs tellement débiles. Et puis c’est pas grave si ça empiète sur la rencontre avec un tel puisque tu lui as passé un coup de téléphone la veille. Réveille-toi lecteur. Réveille-toi. Bien sûr, tu n’es peut-être pas dans cet extrême. Mais regarde-toi. Regarde notre génération. Regarde ce monde d’écran froid sans personnalité. Contemple notre déchéance et écrase une clope dessus.

Allez, lecteur, fais-moi plaisir, si tu ne sors pas ce soir, soit complètement fou, juste pour moi. T’appelles un pote sans le prévenir et tu essayes de lui raconter des trucs qu’il ne sait pas. Ou alors, PIRE, tu écris une lettre à quelqu’un. Alors, là, ce serait le summum. En plus, l’épistolaire, c’est trop vintage.

Publicités