J’ai une amie, anonyme. J’ai une amie dont vous ne connaissez pas le nom mais qui boit du whisky et qui aime ça. En plus de ça, mon amie, elle écrit bien.
Alors, forcément, comme je n’avais pas le temps de m’occuper de vous aujourd’hui, je suis allée lui mander l’un de ses délires. Elle vous parle de fiction, elle vous parle de rencontres, elle vous parle d’échanges inconnus d’écran à écran. Quelque part, elle vous parle de la réalité virtuelle de notre siècle, des cauchemars, des rêves et des illusions qui y sont raccrochés.
J’ai une amie, anonyme. Et c’est à vous qu’elle s’adresse aujourd’hui. Bonne lecture.


La nuit je mens

Lecteur, lectrice, en guest star, c’est une totale inconnue qui te parle. Et ça tombe bien, l’inconnu c’est le sujet…

J’ai laissé libre court à mes errances nocturnes et insomniaques, dernièrement. Toute papillon de nuit que je suis, je me suis laissée happer et retenir. J’ai collé mes yeux sur l’attrayante source lumineuse qu’est mon écran large et, à ce rythme-là, il va me falloir faire un test de la vue prochainement, parce que je n’en décroche plus. Je ne dors plus et je fuis mes responsabilités, bref… à trop aimer la lumière bientôt je vais sentir le papillon cramé. La raison ? L’inconnu. Dans le genre avec un grand L (ou un grand I, selon ton point de vue).

J’ai trouvé l’inconnu là où le déballage est légion, et où l’intime est codifié et listé. Il se planquait là au milieu de la toile, je ne l’ai pas cherché, et je suis tombée dessus. Comme ça, bêtement, sans intention aucune. Et c’est là que je me suis faite avoir, j’ai mordu et je n’ai rien lâché, addicted.

A mystère, mystère back, je me suis faite anonyme. Parce que nous humains ne fonctionnons que dans une relative réciprocité, parce que nous sommes mimétiques (oui, toi aussi !), parce que cette forme de (non-)illusion me plaisait bien. Addicted. De l’échange des idées, de la familiarité naissent la jarre vide. La jarre vide, je t’explique: moins on en sait sur un phénomène ou une personne, plus on remplit sa représentation d’intentions, de caractères et de projections. La projection, vois-tu, c’est mal. Plus la jarre t’es présentée vide, plus tu y inventes ce que tu veux, plus elle te plait donc… et plus tu prends le risque d’y trouver un truc gluant qui t’écoeure. Avec la franchise se dessine alors dans la nuit la lucidité partagée que le truc gluant finira par se pointer, d’un côté ou d’un autre de la ligne, au détour d’une phrase. Genre « J’aime pas le Whisky, je préfère le Pastis. »… Game Over. Alors pour éviter la jarre qui implose, c’est le relationnel mis en sursis que tu te promets de ne remplir qu’avec ce qu’on te donne, histoire de pas avoir à mettre les mains dans la mélasse pour en retirer les projections que tu y avais casées.

De blabla en blabla, de ce qui est tu et de ce qui est su, de ce qui est dit aussi, se forme le lien. On tâtonne, on marche en crabe, on fait un pas, parfois. Je ne comble pas les lacunes, je ne cherche pas à meubler les silences, et ça me repose. La peur de la révélation du Pastis se fait plus forte à mesure que cette histoire me plait, et je me rassure en me disant que plus ça va moins la probabilité d’une surprise est élevée. La probabilité oui, les conséquences… Addicted.

L’inconnu n’a rien de compliqué, il est on ne peut plus simple. La dualité est d’aimer à laisser la jarre vide, mais de devoir lutter contre son réflexe de vouloir la remplir. Toi qui me lis alors que tu espérais lire quelqu’un d’autre, j’espère que tu auras compris que l’inconnu n’est pas un homme. Il est une situation, une généralité, il est abstrait, il fait partie de l’équation… s’il prend ici les traits d’une fenêtre que l’on m’a ouverte, ce n’est que pour mieux servir mon propos. Les représentations du contenu de la jarre sont l’erreur principale que l’on commet face à l’inconnu, celles qui font que le mystère ne peut donner lieu qu’à une déception. Ce qui nous appelle est éphémère, distant, et plus on l’apprécie plus on le/se met en danger. Juste à la manière d’un papillon de nuit dans la lumière. Plus près, plus près… trop près et tout est foutu. Junkie.

L’inconnu est de l’autre côté de la brèche, quelque part, mais l’inconnu c’est surtout moi. Par moments j’aperçois mon reflet sur l’écran, et la question se pose: jusqu’où ? Jusqu’où je serai capable de jouer le jeu ? Il me plait mais j’en palpe déjà les limites. La question m’est inhérente, et se heurte à mes propres aspérités. Quand l’inconnu te dompte, tu te demandes ce qu’il va vouloir te faire faire. Tu te demandes ce qu’il y a vraiment dans la jarre, si c’est vraiment ce qu’on veut bien te dire. Tant qu’elle reste opaque, tu ne peux pas savoir. Et l’opacité, c’est l’inconnu justement. Faut-il lever le masque pour se rassurer, ou faut-il le garder et continuer à jouer ? Y’a-t-il un point de patinage entre les deux ? Parfois, dans la fatigue, déboule la parano. Bad trip.

Le jour je pense, je me connais. Je trouve cette histoire absurde, et je fais des plans psychanalytiques pour comprendre ce que je fuis. Dans mon esprit délirant naissent des théories des plus rocambolesques sur ce que j’ignore et ce qui pourrait se cacher dans les jeux d’ombres… La théorie de la jarre vide m’impose le doute, parce que projeter me scotcherai indéniablement sur le lampadaire. Papillon, le jour fait peur. Lecteur, tu t’étonneras peut-être de ma propension à m’inquiéter de rien, sache que si tu me connaissais, tu comprendrais que c’est pour mon bien. Mais je te suis inconnue, peut-être même as-tu déjà rempli ma jarre.

La nuit je mens. Tu overdoses ?

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