Devinez quoi? Je vous écris depuis un wagon TER qui, non seulement n’a pas été l’objet de perturbations syndicales, mais qui, en plus, était à l’heure. Moi même je n’en reviens pas, chers lecteurs, ce dimanche ensoleillé s’annonce pour le moins agréable. Pour une fois. Il faudra juste omettre que je ne sais absolument pas de quoi vous parler et que je n’ai pas d’accès internet pour aller me chercher un sujet ce qui risque de me compliquer un peu la tâche. D’autant plus que vous êtes difficiles… Quand on vous parle ciné, souvent, vous n’avez pas vu le film (enfin, ça, ça n’a jamais été mon problème), quand on vous parle littérature, vous n’avez que rarement lu le livre, quand on vous parle politique, vous n’êtes jamais d’accord, quand on vous parle musique, c’est un peu le même topo et, au final, quand je vous parle de sujets ordinaires, bien souvent, j’y laisse un peu de ma crédibilité. Bref, je veux bien faire des concessions, mais il va falloir que vous soyez indulgents. Et comme j’ai envie de saupoudrer mon dimanche d’un peu d’amertume et de gerbe, je vais vous expliquer pourquoi, sans grande conviction politique, j’ai plutôt tendance à voter à droite. Ouais, dès le dimanche matin, cash. Je suis une personne entière.

Si je penche à droite, ce n’est que par pragmatisme. C’est triste, beaucoup d’entre vous crieront au scandale, mais le temps des idéaux est mort. Fini 1936, le Front Populaire et Léon Blum. Fini mai 1968. Fini les Hippies, à mort les communistes, vive l’argent, vive le sexe, vive l’alcool, vive la drogue & rock’n’roll. Je m’emballe mais vous m’aurez saisie. Tout ça, dans le fond, c’est la faute des communistes. L’époque où on pouvait se permettre d’avoir envie de changer les choses est révolue, c’est peut-être déprimant mais c’est comme ça. Le fait que je sois d’un matérialisme outrancier ne doit pas aider à la délicatesse de mon opinion, je vous l’accorde, mais, aujourd’hui, on ne travaille plus à l’échelle nationale. Ça ne se fait plus. Non, aujourd’hui, le pays, c’est un département dans cette organisation immense que l’on appelle le Monde. Voter, c’est choisir qui défendra au mieux nos intérêts, qui fera tourner la machine correctement. Voter, ça veut dire choisir un dirigeant qui s’accorde suffisamment à la couleur politique mondiale pour pouvoir collaborer d’égal à égal avec ceux des autres pays. Voter, c’est chercher le pragmatisme et le réalisme, essayer d’élire la personne qui, dans le pire des cas, continuera ce qu’on fait ses prédécesseurs et, dans le meilleur, fera un peu avancer les choses. Voter, c’est encore se demander à quoi ressemblera le monde dans 5 ans.

Et vous savez quoi? Dans 5 ans, le monde n’aura pas changé. La technologie aura encore avancé, ça ne fait pas de doute. L’économie aura encore crashé une ou deux fois, ya des chances. On sera plus nombreux qu’avant sur le planète mais on aura moins de nourriture et de pétrole. On continuera de râler contre des putains de chinois communistes qui font la joie de la manufacture. Mais le monde n’aura pourtant pas changé, il sera toujours aussi rapide, toujours aussi impitoyable, toujours aussi impérialiste. Si ce n’est plus.

Évidemment que, moi aussi, j’ai des idéaux. Moi aussi, je rêve de mérite, de respect, d’une solidarité cohérente, de ces choses qui me rapprochent des gauchistes tout en m’en éloignant au maximum. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Je préfère un nain qui se dit de droite et qui est de droite qu’une grognasse incompétente qui se dit de gauche, qui est de droite et qui n’a aucune crédibilité, quelle qu’elle soit. Oui, je préfère donner mon vote à une personne qui me dira qu’elle privilégiera l’économie et qui donnera, sans honte, des milliards aux banques, que quelqu’un qui, de façon incohérente, répondra à la crise économique qu’avec 50 milliards, on aurait pu régler la faim dans le monde. Arrêtez de déconner et soyez un peu logique, vous voulez?

Et puis, excusez-moi, mais quand la jeunesse de gauche me parle de « réussite pour tous », ça me hérisse le poil plus qu’autre chose. Quand on veut tout donner à tout le monde, je me demande un peu où est passé l’idée de mérite. Le mérite égal, le mérite, le même, pour tous, mais le mérite quand même. Ne pas donner à un patron non méritant pour donner à un banlieusard qui a travaillé pour obtenir ce qu’il désirait, ouais. Le faire sans mérite, le faire pour le faire, pour que tout le monde soit heureux et qu’on puisse mettre des petits cœurs roses sur le drapeau de la France, non merci.

Alors ouais, je suis un monstre, ouais, voter à droite en étant étudiant, ça fait fasciste. Mais, si Voltaire, Rousseau et Montesquieu sont morts et ne sont plus là pour m’appuyer, il n’empêche qu’ils ont réussi à m’obtenir ma liberté de penser. Et j’emmerde Ségolène Royal.

Publicités