Retour aux sources. J’ai pris l’habitude de regarder mes films par filmographie. Ma méthode est simple : trouver un réalisateur talentueux et regarder toute sa filmographie. Après avoir terminé celle de Richard Kelly (Donnie Darko, The Box et Southland Tales), je me suis attaqué à celle de Sam Mendes. Pour être honnête, je n’ai pas encore vu son tout dernier (Away We Go). Toujours est-il que c’est un réalisateur vraiment talentueux. « Samuel Alexander Mendes dit Sam Mendes est un réalisateur britannique né le 1er août 1965 à Reading. Il fait ses études à l’université de Cambridge avant de rejoindre le Chichester Festival Theatre. Il rejoint ensuite la Royal Shakespeare Company où il dirige Troïlus et Cressida avec Ralph Fiennes, et Richard III. Il devient ensuite, en 1992, le directeur artistique de la Donmar Warehouse de Londres où il met en scène La Ménagerie de verre de Tennessee Williams et une adaptation scénique de la comédie musicale Cabaret. Il dirige enfin La Chambre bleue avec Nicole Kidman. » Bref, après cette carrière au théâtre, il se lance dans le cinéma. Pour l’anecdote, il vient de divorcer de Kate Winslet. Ok, useless.

Il démarre sa carrière cinématographique plutôt brillamment en réalisant American Beauty. J’espère que chacun de vous a vu ce film, parce que dans le genre c’est plutôt un chef d’œuvre. Le film est une sorte de concentré des maux de l’Amérique contemporaine : homophobie, mal-être de la jeunesse, drogue, culte de la superficialité qui se traduit à la fois dans les fantasmes que nourrit le quadragénaire – magistralement interprété par Kevin Spacey – pour une jeune fille dont l’esprit insignifiant est l’incarnation même de l’ennui, dans ses désirs matériel (culte du corps, grosse voiture) mais aussi de manière plus générale dans la fuite de cette petite vie bien rangée, où les familles, banlieusards paumés de l’American Dream, sont rangées dans de petites boites alignées à perte de vue. Et il ne faudrait pas omettre une maîtrise esthétique exceptionnelle pour un premier jet. Si vous l’avez vu, vous vous rappellerez sûrement de cette scène où le jeune filme la danse chaotique d’un sac plastique pris dans des tourbillons aériens. Le genre de scène qui reste gravé.

Mais Sam Mendes est certainement de ces hommes qui refusent de se laisser enfermer, à l’inverse de ses héros qui se laissent ou se sont laissées enfermé dans un système étroit. Son deuxième film s’attaque donc à un tout nouveau genre : le thriller mafieux des années 30. Je ne m’étendrais pas plus que ça sur ce film. La réalisation est nickel, les personnages brillamment interprétés par Tom Hanks et Paul Newman (paix à son âme), l’histoire bien rodée, l’ambiance maîtrisée. Bref, un bon film, mais qui n’a rien de foncièrement original. Un mafieux se fait trahir par sa famille – mafieuse – et s’enfuit avec son fils, tentant de s’extraire de ce système pour offrir une nouvelle vie à ce dernier.

Sans transition, il s’attaque cette fois au film de guerre. Et histoire de ne pas faire dans le vu et revu, il s’attaque à un conflit souvent oublié : la guerre du golfe. Il met ici en scène le génialissime Jake Gyllenhaal (Donnie Darko) dans le rôle d’un jeune soldat, un peu paumé, à la recherche d’une famille incarnant la rigueur et la force qu’il n’a jamais pu trouver dans sa famille de dégénérés. Le film en lui-même n’a rien d’exceptionnel, ni dans son traitement ni dans le fond. Mais tout est une fois de plus maîtrisé, sans maladresses. Les thèmes habituels y sont traités : les fantasmes de puissance, la perte de la raison, la frustration sous tous ses aspects, l’incompréhension et l’horreur. Au final, le traitements des thématiques sont toujours maîtrisés, mais c’est peut être ce qui constitue justement la faiblesse de Mendes : on assiste à du bon, mais pas du très bon. C’est ce qui fait la différence entre le réalisateur talentueux et le maître. Toujours est-il qu’il est à noter que certains passages de Jarhead sont d’un esthétisme assez décoiffant : le désert y est représenté dans toute son hostilité, son aridité. Mais c’est surtout la scène où les irakiens mettent le feux aux puits de pétrole qui a retenu mon attention : les soldats s’enfoncent dans une immensité opaque, sous la pluie de pétrole, pénétrant un univers sombre, limite dantesque, digne des sinistres contrées dépeintes par Tolkien.

Je ne pourrais pas vous parler de Away We Go, je finirais donc sur Les Noces Rebelles. Mendès nous livre ici un film plus intimiste, porté sur la psychologie d’un couple en détresse. On revient ici à l’un des thèmes abordé sdans American Beauty : la normalisation, la banalité, l’enfermement dans les standards. Il met en scène le célèbrissime couple de Titanic : DiCaprio/Winslet. Plongeant dans les racines de leur mal être, Mendes nous dévoile avec une certaine pudeur les peurs qui rongent les deux époux : peur de la banalité, peur de la mort, peur de la perte de la passion. Les mécanismes de défense de chacun se mettent en place, mélangeant agressivité, rancœur, culpabilité. On comprend très vite que le couple ne partira jamais à Paris, n’ira jamais reconstruire sa vie ailleurs, sous de meilleurs horizons, sacrifiant leurs rêves et aspirations pleines de fougue sur l’autel du matérialisme américain.

Voilà. Je souhaitais juste vous donner un petit tour d’horizon de son œuvre qui est plutôt intéressante. Pas décoiffant certes, mais du talent, de la maîtrise et des thèmes diversifiés. De bons ingrédients pour de futurs chefs d’œuvre? Je l’espère.

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