Bon, fini les articles de 5 lignes. I’m back. Vous trouvez ça pompeux. Ok, retour sur terre, j’ai vraiment pas d’idées. Le vide intersidéral voyez-vous. Mais coup de chance, j’ai regardé un chef d’œuvre hier. Parlons donc de 21 Grammes de Alejandro Iñárritu. Le bonhomme, réalisateur et producteur d’origine mexicaine, approche de la cinquantaine, mais n’a réalisé que 3 longs métrages. Un 4ème est en liste pour la Palme d’Or 2010 : Biutiful. Je n’ai pas eu la chance de voir ses courts métrages, ni Amour Chiennes, premier long métrage qui a secoué la critique. En revanche j’ai vu 21 Grammes et Babel. Certains ont classé ce dernier dans la catégorie des « croûtes fumantes », le genre de film qui suscite un certain onanisme chez les critiques mais qui est en réalité, derrière une forte couche de prétention, un navet. Je ne suis pas de ceux là, j’ai adoré Babel, film portraitiste et d’atmosphère par excellence.

Mais revenons en à 21 Grammes. Iñárritu réunit dans ce film deux acteurs qui ont la classe. Bah oui, il faut bien l’avouer, Benicio del Torro et Sean Penn ont du chien, et leur talent est à la hauteur de ma passion pour les cookies (c’est à dire dantesque). Mais il ne faudrait pas oublier la performance de Naomi Watts qui est parvenu à susciter la tourmente comme peu avant elle dans sa génération. Le scénario est le suivant : « Vivant un mariage sans amour avec Mary, Paul, professeur de mathématiques, est en attente d’une greffe de cœur. Mariée et mère de deux petites filles, Christina, ex-junkie, mène une existence heureuse et paisible auprès de son mari Michael. À peine sorti de prison où il a trouvé la foi, Jack, gangster repenti, veut reconstruire son foyer et venir en aide aux jeunes délinquants. Un terrible accident va réunir ces trois personnes et les changer à jamais. Ils vont s’affronter, se haïr et s’aimer… »

Voilà. Mais pour brouiller son apparente simplicité, le réalisateur a fait le choix de découper l’histoire, de la briser et d’en faire un puzzle qui prendra réellement forme définitive dans les dernières minutes du film. La performance est grande, car il amène le spectateur à se détacher d’un scénario dont il connait déjà les tenants et les aboutissants – au moins dans les grandes lignes – pour le forcer à se concentrer sur les personnages, leur sensibilité et leur psychologie.

Iñárritu réalise ainsi une œuvre intimiste, chargée en émotions sans tomber dans l’exhibition émotionnelle ou la surenchère. Le silence lattant du film fait l’effet d’une boussole qui nous ramène inéluctablement à la vie intérieure des personnages, donnant une grande profondeur à leur tourment tout en gardant une pudeur sensible. Mais pour créer une telle atmosphère, lui donner une âme, il faut aussi lui trouver un corps. Et au cinéma, ce corps s’appelle l’esthétique. Le réalisateur s’est ainsi attaché à donner une sorte de lumière, de clarté irréelle tout le long du film, évoquant tant le passage dans l’au-delà que les atmosphères d’hôpitaux (récurrents tout au long du film). Jack Jordan – alias Benicio del Toro – résume en une phrase l’âme de cette œuvre : « nous sommes dans l’antichambre de l’enfer », coincés entre deux mondes aussi éthérés qu’irréels. Mais plus que ça, il ajoute « l’enfer, il est là » (en montrant sa tête). Et une bonne partie du film est précisément destinée à montrer combien les pensées et les émotions peuvent pervertir la raison, mener à des actes irrationnels, créer de la culpabilité et du ressentiment, de l’amour et de la haine.

Les hommes semblent finalement incapables de s’aimer réellement, de se pardonner, d’accepter la dureté de la vie. Ils créent des chimères, sortes de remparts face à une réalité qui est exempt de justice divine. Car au final, chaque homme sans exception, au moment de sa mort, perd 21 grammes. Le poids de l’âme… C’est sur cette constatation que se clôt le film. Que peuvent-ils contenir, ces 21 grammes? Qu’emportent-ils? Que gagne-t-on à cette perte? Combien pèsent mes 21 grammes? Le réalisateur ne nous donnes ici aucune réponse, ni sur les mystères de l’homme, du hasard des rencontres, ou du monde dans lequel nous évoluons. Il ne fait que soulever des questionnements. Et il le fait avec une beauté rare et sincère.

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