Vous connaissez peut-être ce sentiment intense de plénitude, de satisfaction profonde emprunte d’émotivité candide lorsque vous découvrez une œuvre – musique, livre ou film – qui s’avère être un véritable bijou. Cette brusque envie de la faire partager, de transmettre votre enthousiasme et de partager votre vénération, peu importe que l’œuvre en question soit connue ou non. Bref, c’est le genre de sensation que j’ai pu ressentir en visionnant Une Histoire Vraie de David Lynch. Mais ce n’est pas de ce film dont je vais parler aujourd’hui. Je préfère vous parler d’un excellent film que j’ai visionné hier : Will Hunting, de Gus Van Sant.

Certes, le réalisateur de Elephant n’a plus rien à prouver. Quant on remporte la Palme d’Or, de toute façon, on a plus rien à prouver. Mais c’est agréable de voir que ce seul film ne résume pas tout le talent du réalisateur. Will Hunting aborde un registre tout autre : celui du génie, le génie vu à travers un prisme social, humain et psychologique.

« Will Hunting est un authentique génie mais également un rebelle aux élans imprévisibles. Il est né dans le quartier populaire de South Boston et a arrêté très tôt ses études, refusant le brillant avenir que pouvait lui procurer son intelligence. Il vit désormais entouré d’une bande de copains et passe son temps dans les bars a chercher la bagarre et à commettre quelques petits délits qui risquent bien de l’envoyer en prison. C’est alors que ses dons prodigieux en mathématiques attirent l’attention du professeur Lambeau, du Massachusetts Institute of Technology… »

La véritable originalité de ce film repose dans son approche du génie d’un point de vue sociétal. Gus Van Sant prend à contre-pied les canons traditionnels hollywoodiens qui présentent le génie comme un homme qui use et abuse de ses dons à des fins toutes superficielles. Le cheminement classique est la découverte des dons, leur utilisation, et le succès du héros qui triomphe de tous les obstacles en dominant intellectuellement l’adversité. Ici, les dons ne sont pas étudiés en eux-même ou dans leurs effets sur les autres, mais le réalisateur se concentre sur leur impact sur le génie en tant qu’humme, sa vie intérieur, émotionnelle, et sa relation avec le monde extérieur.

Will trouve dans la personne du professeur de science le parangon de la société américaine, incarnant ses ambitions de domination et sa philosophie individualiste. Briller, être célèbre, dominer, dédier ses dons à des volontés civilisatrices… Mais Will ne peut accepter leur superficialité, et trouve ainsi dans son psychologue, un « raté » aux yeux du professeur, l’humanité et la sensibilité que la seule célébrité et l’exploitation de ses dons à des fins sociales ne pourrait lui apporter.

Mais c’est réellement dans les rapports entre Will et son psy d’une part, et avec la jeune Skylar d’autre part, que le film prend toute son intensité humaine et sa profondeur. Comment se confronter à une telle intelligence? Mais surtout, comment se confronter à un homme qui use de cette intelligence comme une arme. Dès qu’il sent qu’on approche de ses faiblesses, tel un animal blessé, il passe à l’attaque porte des coups terribles et dépouille la vie des gens, l’analyse et met à nu leurs faiblesses. Mais le psychologue comprend qu’il a tout simplement peur. Qu’il est terrifié, hanté par ses démons intérieurs, doué de dons qu’il rejète. Et c’est ainsi que, sortant du lien traditionnel entre un psy et son patient, ils vont construire une relation dépourvue d’artifice, sincère. C’est ainsi que le psy va pouvoir trouver et appuyer sur le levier qui maintenait tout sous pression, donnant une scène superbe où le génie s’effondre dans les bras de son ami, vaincu à coups de « Ce n’est pas ta faute ».

Enfin bref, tout ça pour dire que c’est bon de voir du cinéma américain qui s’extrait du formatage culturel, qui sait nous livrer une histoire sincère, touchante. Et je tiens à préciser que le scénario est de Matt Damon et Ben Affleck. Et toc. Ça vous embouche un coin n’est-ce pas? Comme quoi, rien n’est perdu. (Et admirez le titre, bande de paysans)

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