Et si j’étais une ambiance? Et si j’étais un moment? Nul doute, en cet instant, que j’aurais quelques consonances sinueuses, élégantes. Peut-être serais-je une heure perdue dans une soirée, un moment sans prétention mais authentique. Si j’étais une heure de ma vie, aujourd’hui, je serais reposante. Je serais un fauteuil confortable dans un appartement à la lumière tamisée, je serais un fond sonore à la fois puissant et velouté. Si j’étais un alcôve de repos dans une semaine de folie, je serais un bon livre qui vibrerait une authenticité particulière. Si j’étais une odeur, je serais celle d’une bonne cigarette sur un lit de vin blanc. Je me prélasserais doucement à la faveur de la Lune, lui jetant un regard un peu mélancolique mais serein. Si j’étais une ambiance, je serais ce soir, un jeudi sans prétention et sans éclat, je serais un moment un peu vieillot, un peu jeune, plutôt intemporel. Si j’étais, oui, si j’étais… Je serais cette seconde particulière où je lèverais les yeux au plafond pour voir la fumée de ma cigarette s’étendre et se distordre, je serais cette seconde éphémère et déjà partie qui restera pourtant éternelle. Parce que je l’aurais été, le temps d’une heure, d’une seconde, d’une éternité.

 

Et si j’étais ce fond musical?
Sans concession, ce soir, je serais une compile de Jazz, de Soul, de musique qui remonte des entrailles des mémoires et du passé. Avec un soupçon de ZZ Top, parce que ça fait tellement plaisir. Juste pour vous, Donny Hathaway, Etta James, Ray Charles, ZZ Top, Elle Fidzgerald et – pour les oreilles – un peu de Joplin. Ici.

Et si j’étais ce verre de vin?
Je serais un verre de Monbazillac, ce soir, un vin blanc sucré et fruité qui reste en bouche et dégage un fumet pour le moins unique. Dans l’absolu, en ce moment, je l’avoue, j’aimerais être un verre de Whisky… Mais pas n’importe quel Whisky, je vous arrête tout de suite. J’aimerais être un verre d’Highland Park de 30 ans d’âge, une boisson ambrée, corsée, goûteuse, avec du corps et de l’odeur… sauf qu’en ce cas, il faudrait que je sois un porte monnaie qui n’est pas le mien ni celui de la majorité des gens. Alors, si j’étais ce verre, ce soir, eh bien je serais un petit vin blanc à moins de 10€.

Et si j’étais ce livre?
Le choix, ici, est plus difficile. Je crois que je serais le Club du Suicide de Stevenson, un livre court mais rudement bien mené. Il a cette ambiance un peu vieillotte, un peu sombre, qui correspond parfaitement bien au reste. D’autant plus que Stevenson est un maître des ambiances et du suspense. Petite remarque cependant, la première partie du livre est un monstre de littérature, une œuvre juste magique que j’ai dû lire une bonne vingtaine de fois, le reste du livre se lit très bien mais est de moindre qualité (et je pèse mes mots). Retenez surtout que le fait que le récit soit court permet de le lire d’une traite et de se gorger totalement de son propos. Si j’étais un livre, ce soir-là, je suppose que je serais celui-là. Ou bien un Vian. Ou bien un Baudelaire. Ou bien un Edgard Allan Poe. Ou un Lovecraft. Je serais une pièce de littérature, mais pas de cette belle littérature classique que tout le monde adule, je serais plus humaine, plus folle, plus sale.

Et si j’étais cette fumée?
Pour moi, la question ne se pose pas. Je serais une Chesterfield…. Ou pas, en fait. De temps en temps, j’aime à me payer un cigare. Quelques règles de base si ça vous tente : la fumée du cigare ne s’avale pas, un cigare ça se crapotte (anyway, la nicotine passe par la langue et non pas par les poumons comme beaucoup le pense). Un cigare, ça s’allume sans tirer dessus. On le tourne au dessus de la flamme jusqu’à voir un anneau incandescent sur lequel on souffle. Et un cigare ça se coupe (avec les dents, si vous êtes un warrior, sinon procurez-vous le matériel nécessaire). Un cigare, ça ne s’écrase pas, on le laisse s’éteindre tout seul. Et, enfin, le dernier tiers du cigare ne se fume pas (d’où l’adage « le foin, le divin, le purin ») parce que trop indigeste. Voilà pour vous. Mais, dans l’absolu, je serais une Chesterfield, pour ma part.

Et si j’étais le mot de la fin?
Je ne serais pas grand chose… Juste que moi, je sais comment je vais occuper une heure de ma soirée…

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