Parlons peu, parlons bien : je suis à la bibliothèque en train de bosser, comme vous pouvez le constater, et aujourd’hui, on va parler ciné. Après avoir passé un temps assidu à travailler en surfant sur le net, j’ai revu, encore, une référence à Southland Tales sur le blog d’un certain lyonnais/parisien et ai fini, évidemment, par me dire qu’il faudrait peut-être que je songe à me faire un avis sur la question. Aussi, la semaine dernière, en plein travail acharné, j’ai regardé ledit animal.

Southland Tales est l’œuvre de Richard Kelly (vous savez, le mec qui a fait Donnie Darko) qui est sorti en 2006. On y retrouve, notamment, Dwayne Johnson, Sarah Michelle Gellar, Sean William Scott ou encore – tadam – Justin Timberlake. Quel casting, me direz-vous.

Histoire de ne pas spoiler, je vais m’appuyer sur l’ami allociné pour vous résumer un peu tout ça… « Californie, 2008. Une attaque nucléaire a précipité l’Amérique dans la 3e Guerre Mondiale. Face à la pénurie de carburant, la compagnie US-IDent élabore un générateur d’énergie inépuisable, qui altère la réalité et va bouleverser les vies de l’acteur Boxer Santaros, de l’ex-star du X Krysta Now et des frères jumeaux Roland et Ronald Taverner, dont le destin se confond avec celui de l’Humanité toute entière… ». Concrètement, ça parle de Communistes (néo marxistes) qui font la guerre aux Républicains (capitalistes) qui tentent de s’emparer du monde dans le but de mieux le « protéger ». Alors oui, violence, oui, explosion, oui, mort, oui, gros calibres… Et, oui, prostituées, oui, sexe, oui, drogue, oui, situations absurdes.

Quand on s’intéresse un peu aux critiques, on remarque assez rapidement que le film est noté avec intransigeance voire cruauté : pas de notes presse, une note public de 1,7/4, ça sent la grosse daube. Eh bien, une fois n’est pas coutume, je trouve la masse dure avec Richard Kelly. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce film est le monument du siècle mais tout de même.

Selon moi, l’œuvre est bonne si on sait la regarder de la bonne façon. Il ne faut pas chercher un film hollywoodien parfait et subtil, il ne faut pas non plus chercher une comédie grand public. Southland Tales est indéniablement un film absurde qui ne se prend pas au sérieux mais qui, partant de cette constatation, est d’une construction impressionnante. Du début à la fin, le spectateur est ballotté entre certitude du navet et doute quant au génie du réalisateur. Les personnages sont à la fois grotesques et profonds, les clichés si énormes qu’ils semblent au final trop humains parce que, quelque part, si grossis qu’ils se font oublier pour laisser la place à la personne qui en fait l’objet. Et pourtant, on n’a pas de héros ni d’héroïne dignes d’Hollywood. Sans difficulté, on dégage rapidement le mythe de l’anti-héros et on attend.

Et j’aime la construction du film. J’ai aimé les images soumises, la façon dont s’enchaînent les plans, bref : la réalisation est loin d’être dégueulasse. Plus loin, encore, on remarque que le scénariste s’est donné la peine de faire œuvre de figures de style dans ses dialogues… Enfin, surtout d’une : la répétition. A savoir que le film se structure essentiellement autour de trois répliques : « c’est ainsi que finit le monde, pas dans une gémissement mais dans une explosion », « j’aime sucer des bites » et « les beaux gosses ne se suicident pas ». En voilà un exposé qu’il démontre bien l’absurdité du propos. Et pourtant, si j’ai du mal avec les Cohen parce que, trop absurdistico réalistes pour moi, l’absurdité profonde de Southland Tales m’a autant amusée qu’amenée à réfléchir.

J’ai surtout beaucoup aimé cette réplique, sur la fin du monde. On est beaucoup à s’imaginer, et c’est même lieu commun, que le monde agonisera jusqu’à sa fin, que la chute sera longue et douloureuse jusqu’à ce que la vie sur Terre disparaisse en un dernier soupir. On se dit que ce sera long, donc qu’on a le temps. Et si la fin du monde, c’était demain? Si tout explosait sous le coup de la déraison humaine? Si la Nature reprenait ses droits et nous confrontait à ses limites? Si la fin du monde ne s’exprimait pas dans l’épuisement de ce monde mais dans l’éclat de celui-ci?

Je vous laisse regarder ça et vous faire votre avis. En conclusion, on dira que Southland Tales n’est pas un film d’intellectuels, ni un film de fanboys, ni un film grand public, ni un film d’anthologie. Mais c’est un bon film qu’il faut regarder dans cette optique-ci : l’absurde ne tue pas, bien au contraire. Un bon moment.

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