Pour faire plaisir à ma coblogueuse, je vais parler littérature. Hé bien oui, mes centres d’intérêts ne se limitent pas seulement à la musique et au cinéma. J’ai passé une bonne partie de mes jeunes années à lire toute sorte de bouquins, de Harry Potter pitié, ne me lynchez pas – à Laclos. Mais il faut bien avouer que cette passion a décliné au fil des années… Je n’ai pas ouvert un livre depuis plusieurs mois. En réalité, peu d’auteurs m’ont réellement marqué. J’aurais pu vous parler de Tolkien, qui est à mon sens le maître absolu de la littérature fantastique et mythologique. J’aurais tout aussi bien pu aborder l’œuvre de Hermann Hesse qui m’a marqué plus qu’aucune autre par sa profondeur, sa réflexion et son identité distincte de toute autre. Mais aujourd’hui, je vais plutôt évoquer Jack London.

L’homme, de son vrai nom John Griffith Chaney, est américain et né en 1876. Son père, que l’on suppose être le célèbre astrologue William Chaney, abandonne sa femme qui refuse l’avortement. Celle-ci tentera d’ailleurs de se suicider par deux fois. On comprendra peut-être qu’issu d’un tel environnement, l’auteur ait tant préféré l’évasion dans les grands espaces à ce monde sinistre. Enfant, il se découvre une passion pour les livres et les contes. Alors qu’il travaillait comme un forcené dans une poissonnerie, il s’éprend de liberté et prend la mer. C’est d’ailleurs l’un des thèmes centraux de ses œuvres, investissant cet élément de liberté et de rêves. Malgré une mort prématurée en 1916, il fut extrêmement prolifique avec près de 50 livres. Mais son œuvre m’a toujours paru trop sous-estimée. Nombre d’entre vous se rappelleront sûrement Croc Blanc ou L’Appel de la Forêt, rangés au rayon jeunesse alors qu’ils mériteraient un public plus large. Au delà de ces livres imprégnés de Nature, Liberté et rejet du monde industriel, l’auteur s’est aussi engagé dans les causes politiques de son époque, décrivant notamment la misère des quartiers Est londonniens – The East End – dans The People of the Abyss.

Mais ce ne sont ni ses récits d’aventure, ni ses écrits socialistes qui ont véritablement retenu mon attention, mais plutôt un roman supposé autobiographique : Martin Eden.

Pour vous donner un rapide synopsis, je cite wikipédia : « Martin Eden est un jeune marin né dans les bas-fonds (ainsi que dans l’ignorance et la violence). Sa vie est faite d’aventures extraordinaires, de voyages, mais aussi de brutalité et de travail. C’est ainsi que lors d’une de ses navigations il sauve la vie d’un jeune homme. Celui-ci faisant partie de la classe aisée, l’invite chez lui à dîner pour le remercier. C’est là qu’il rencontre la charmante Ruth Morse, jeune fille délicate issue d’une famille bourgeoise dont il tombe immédiatement et follement amoureux, il décide de partir en croisade contre sa propre ignorance. »

Le livre est le récit de cette croisade, de cette incroyable course au savoir et à la renommée. La puissance de ce récit romanesque est que durant tout cet apprentissage initiatique et cet éveil de la conscience, le dramatique côtoie à chaque instant le grandiose. Peu à peu, notre héros cultive son esprit et son art, prend conscience de ce qui l’entoure, tant des codes que de leurs limites. Ainsi, abandonnant son moteur originel – Ruth Morse – par dégoût et dépit devant l’amer réalité (la suffisance et la stupidité de cette dernière), il continue son combat par amour de l’apprentissage et de la science. C’est alors que son rêve se réalise : peu à peu, ses nouvelles son publiées, puis adulées, le propulsant au sommet de la société mondaine et lui conférant une notoriété inégalée. Mais c’est ainsi qu’il prend conscience de la chimère qu’il poursuivait, ce succès brutal le confrontant à l’hypocrisie de la société incompatible avec sa nature fougueuse, passionnée et intègre. Je ne peux vous raconter la fin sans faire un spoil atroce qui tuerait une partie de l’intensité dramatique de l’œuvre, mais c’est sûrement la scène littéraire la plus grandiose et dramatique qu’il m’ait été donné de lire.

Mais au delà du simple récit de grandeur et décadence d’un homme, c’est aussi l’histoire de l’autodidacte, la fragilité de la science et de la culture, la négation de l’hypocrisie. On peut sentir à quel point ce récit est personnel pour l’auteur qui a toujours rejeté la société mondaine, lui préférant la Nature et les grands espaces, l’expression de sa nature profonde contraignant au rejet des codes qui la séquestrent. Notre héros s’est construit seul, mettant de côté sa nature et ses instincts, poursuivant une chimère et tissant autour de lui une illusion justifiant son combat. Mais lorsque l’heure de la décadence sonne, alors que le voile de l’illusion se déchire et qu’il se retrouve définitivement seul, perdu entre un monde vers lequel sa nature tend mais qu’il a définitivement quitté et qui ne peut plus ni le comprendre ni l’accueillir, et un monde contraire à sa nature, hypocrite et vampirique qui accepte de l’accueillir à la condition de se formater et de vendre son âme, Martin Eden se fait l’apôtre de la solitude et du dégoût, dépouille exsangue d’un homme qui vécut un rêve et mourut dans un cauchemar.

Pour faire plaisir à ma coblogueuse, je vais parler littérature. Hé bien oui, mes centres d’intérêts ne se limitent pas seulement à la musique et au cinéma. J’ai passé une bonne partie de mes jeunes années à lire toute sorte de bouquins, de Harry Potter pitié, ne me lynchez pas – à Laclos. Mais il faut bien avouer que cette passion a décliné au fil des années… Je n’ai pas ouvert un livre depuis plusieurs mois. En réalité, peu d’auteurs m’ont réellement marqué. J’aurais pu vous parler de Tolkien, qui est à mon sens le maître absolu de la littérature fantastique et mythologique. J’aurais tout aussi bien pu aborder l’œuvre de Hermann Hesse qui m’a marqué plus qu’aucune autre par sa profondeur, sa réflexion et son identité distincte de toute autre. Mais aujourd’hui, je vais plutôt évoquer Jack London.

L’homme, de son vrai nom John Griffith Chaney, est américain et né en 1876. Son père, que l’on suppose être le célèbre astrologue William Chaney, abandonne sa femme qui refuse l’avortement. Celle-ci tentera d’ailleurs de se suicider par deux fois. On comprendra peut-être qu’issu d’un tel environnement, l’auteur ait tant préféré l’évasion dans les grands espaces à ce monde sinistre. Enfant, il se découvre une passion pour les livres et les contes. Alors qu’il travaillait comme un forcené dans une poissonnerie, il s’éprend de liberté et prend la mer. C’est d’ailleurs l’un des thèmes centraux de ses œuvres, investissant cet élément de liberté et de rêves. Malgré une mort prématurée en 1916, il fut extrêmement prolifique avec près de 50 livres. Mais son œuvre m’a toujours paru trop sous-estimée. Nombre d’entre vous se rappelleront sûrement Croc Blanc ou L’Appel de la Forêt, rangés au rayon jeunesse alors qu’ils mériteraient un public plus large. Au delà de ces livres imprégnés de Nature, Liberté et rejet du monde industriel, l’auteur s’est aussi engagé dans les causes politiques de son époque, décrivant notamment la misère des quartiers Est londonniens – The East End – dans The People of the Abyss.

Mais ce ne sont ni ses récits d’aventure, ni ses écrits socialistes qui ont véritablement retenu mon attention, mais plutôt un roman supposé autobiographique : Martin Eden.

Pour vous donner un rapide synopsis, je cite wikipédia : « Martin Eden est un jeune marin né dans les bas-fonds (ainsi que dans l’ignorance et la violence). Sa vie est faite d’aventures extraordinaires, de voyages, mais aussi de brutalité et de travail. C’est ainsi que lors d’une de ses navigations il sauve la vie d’un jeune homme. Celui-ci faisant partie de la classe aisée, l’invite chez lui à dîner pour le remercier. C’est là qu’il rencontre la charmante Ruth Morse, jeune fille délicate issue d’une famille bourgeoise dont il tombe immédiatement et follement amoureux, il décide de partir en croisade contre sa propre ignorance. »

Le livre est le récit de cette croisade, de cette incroyable course au savoir et à la renommée. La puissance de ce récit romanesque est que durant tout cet apprentissage initiatique et cet éveil de la conscience, le dramatique côtoie à chaque instant le grandiose. Peu à peu, notre héros cultive son esprit et son art, prend conscience de ce qui l’entoure, tant des codes que de leurs limites. Ainsi, abandonnant son moteur originel – Ruth Morse – par dégoût et dépit devant l’amer réalité (la suffisance et la stupidité de cette dernière), il continue son combat par amour de l’apprentissage et de la science. C’est alors que son rêve se réalise : peu à peu, ses nouvelles son publiées, puis adulées, le propulsant au sommet de la société mondaine et lui conférant une notoriété inégalée. Mais c’est ainsi qu’il prend conscience de la chimère qu’il poursuivait, ce succès brutal le confrontant à l’hypocrisie de la société incompatible avec sa nature fougueuse, passionnée et intègre. Je ne peux vous raconter la fin sans faire un spoil atroce qui tuerait une partie de l’intensité dramatique de l’œuvre, mais c’est sûrement la scène littéraire la plus grandiose et dramatique qu’il m’ait été donné de lire.

Mais au delà du simple récit de grandeur et décadence d’un homme, c’est aussi l’histoire de l’autodidacte, la fragilité de la science et de la culture, la négation de l’hypocrisie. On peut sentir à quel point ce récit est personnel pour l’auteur qui a toujours rejeté la société mondaine, lui préférant la Nature et les grands espaces, l’expression de sa nature profonde contraignant au rejet des codes qui la séquestrent. Notre héros s’est construit seul, mettant de côté sa nature et ses instincts, poursuivant une chimère et tissant autour de lui une illusion justifiant son combat. Mais lorsque l’heure de la décadence sonne, alors que le voile de l’illusion se déchire et qu’il se retrouve définitivement seul, perdu entre un monde vers lequel sa nature tend mais qu’il a définitivement quitté et qui ne peut plus ni le comprendre ni l’accueillir, et un monde contraire à sa nature, hypocrite et vampirique qui accepte de l’accueillir à la condition de se formater et de vendre son âme, Martin Eden se fait l’apôtre de la solitude et du dégoût, dépouille exsangue d’un homme qui vécut un rêve et mourut dans un cauchemar.

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