Si mes ongles ne poussaient pas aussi rapidement, je crois que je ne me les couperais pas. Jamais. Oui, je sais, ce début d’article est un peu étrange mais on a tous nos petites manies, non? Il y en a ce sont les cheveux, d’autres les chaussures, d’autres les tee-shirt et d’autres, encore, leur téléphone, leur ordinateur, leur ménage, leur voiture, leur animal de compagnie, etc. On a tous notre petite pointe de maniaquerie… Eh bah, moi, c’est les ongles. Je suis l’exemple type de la nana qui, au milieu d’une conversation sérieuse voire tragique, va vous regarder avec un regard de chien battu et vous sortir LA phrase : « je me suis cassée un ongle, ma vie est fichue ». Ça a un côté tellement cliché et superficiel que je devrais en avoir honte mais on ne se refait pas.

Je ne saurais pas vous dire exactement pourquoi je fais une telle fixation… Je trouve que les mains sont des membres particulièrement délicats et utiles et les ongles en sont quelque part le miroir… Well, well, well… Bref. Toujours est-il que je suis maniaque des ongles. J’ai presque toujours une lime à ongles sur moi, je pète un câble quand je m’en casse un et il me suffit parfois de ça pour me dire que je vais vraiment passer une journée de merde.

On me décrit souvent comme une personne bizarre et décalée et, en toute honnêteté, ça me va très bien mais, quand même, j’aimerais bien comprendre cette espèce d’obsession que nous avons tous et qui nous pousse à avoir un comportement suspect envers un symbole en particulier. Parce que personne n’est épargné. Personne!

Déjà, mettons-nous d’accord sur les termes. Parler d’une maniaquerie obsessionnelle, c’est une lapalissade. La maniaquerie est une obsession. Ça peut d’abord être une manie, un truc léger, mais ça peut aussi revêtir une forme proche du trouble obsessionnel compulsif (TOC) et, là, ça tourne presque à la pathologie (faisant œuvre ici d’euphémisme, cela est entendu). Par maniaquerie, on entend le comportement d’une personne maniaque c’est à dire excessivement soigneuse. C’est, quelque part, une forme de perfectionnisme… Sauf que c’est souvent sur un point en particulier. Un point, seulement, et ça peut être quelque chose de totalement inutile, stupide, insipide… Autant le dire : ça me perturbe.

Non parce que, certes, chez moi c’est assez général… Mais je le vois bien autour de moi. Ma coloc et ses cheveux. Un ami et son sac Louis Vuitton. D’autres avec leur maquillage. D ‘autres avec leurs chaussures, avec leur visage, leurs mains, leur mollets, leur putain de ménage… D’où vient cette espèce de malformation maniaque que nous souffrons tous à différentes échelles?

J’aimerais bien, moi, qu’on m’explique pourquoi je me sens telle une merde de caniche sur les chaussures de sa petite vieille attitrée chaque fois que ma manucure ne me convient pas. J’aimerais vraiment qu’on me dise en quoi un ongle bien limé fait de moi quelqu’un de moins perturbé. C’est qu’un putain de bout d’organisme vivant, c’est tout. Pareil pour le reste.

Après, on pourrait engager sur la notion de normalité. Sommes-nous tous fous? Ou se trouve la norme? Qu’est-ce que c’est que tout ça? Est-ce que ça nous poursuivra toute notre vie? Sommes-nous malades?

Ahah, la bonne question.
Allez, pour une fois j’essaye de ne pas répondre. Je préfère laisser la place à une invité de marque. Elle s’appelle Delphine, c’est une lectrice fidèle, et elle  nous offre aujourd’hui une de ses réflexions sur ses jeunes années.

Moi qui flippe violemment à l’approche de la vingtaine, j’ai apprécié. Bonne lecture.

 

Entre chiens et loups

Les jours où je ressens vraiment mon âge sont rares. En règle générale, j’ai plutôt tendance à croire que je fais toujours partie des 20-30 ans. Et puis, il y a les autres jours, ceux où chacune des années écoulées est bien présente. Ces jours-là, j’ai envie de plonger dans le passé et de retrouver les souvenirs de mes 19 ans.

En allant faire mes courses, un instant de ce passé pas si lointain m’a sauté aux yeux sur la jaquette d’un DVD en promo. 5 euros pour une machine à remonter le temps, c’est donné. Alors j’ai acheté «Les nuits Fauves» et, en ce dimanche pluvieux, j’ai retrouvé mes souvenirs…


L’histoire d’une course contre la mort: Jean, un homme face au SIDA(Cyril Collard), recherche la pureté dans l’amour et l’innocence de Laura (Romane Bohringer). Destruction, déchéance, amour à la folie ou folie de l’amour.

Une magnifique mise en abîme: Cyril Collard se filme lui-même dans le rôle de Jean, jeune réalisateur talentueux, bissexuel, cocaïnomane, sidaïque et autodestructeur. Et surtout, il filme Romane Bohringer, jeune fille à la dérive, issue du showbiz parisien, et qui veut devenir actrice.

Le film a vieilli et moi aussi… Les images de clip des années 90, le sujet, les dialogues, les musiques et pourtant… il est beau, beau comme le sont les anges noirs, beau comme la mort, beau comme la dépravation. Peut-être que je le trouve beau parce qu’il me rappelle mes 20 ans, Romane qui pleure en dédiant son César du meilleur espoir féminin à Cyril, mort du SIDA avant la cérémonie. Peut-être que je le trouve beau parce que j’y retrouve un visage du passé, un amour de jeunesse pas tout à fait oublié. Peut-être que je le trouve beau parce que dans l’innocence de mes 20 ans, je ne l’avais pas entièrement compris quand il est sorti et qu’aujourd’hui, je perçois toute la splendeur du désespoir, tout l’attrait de la déchéance. Comme un immense vertige, si attractif et si répugnant à la fois. Peut-être que le trouve beau parce que j’ai rencontré ces hommes que la nuit appelle; et que moi aussi j’ai entendu l’appel troublant de la noirceur.

Il y a des êtres lumineux, solaires, diurnes. Il y en a qui sont charmants.
Il y a des êtres sombres, lunatiques, nocturnes. Ils sont irrésistibles.
Un ange déchu, c’est seulement un être de lumière qui a été attiré par la puissance de l’ombre.

«Est-ce que j’t’ai dit, l’histoire de cet homme,
qui voulu tout des femmes de l’opium?
Moralité, il est mort alité,
tout passe tout casse
le joint, le cul lasse»

Il n’y a pas que les grands destins qui soient tragiques, il n’y a pas que des drames magnifiques. Alors ce soir, je vais me coucher avec la tête pleine de souvenirs et des images d’un film qui a probablement mal vieilli. A ceux qui ont traversé, même pour un instant, chacune de ces années. Aux éphémères et aux éternels, aux battements de coeur et aux moments volés, à ceux qui sont partis, à ceux qui auraient voulu rester, la nuit me sera douce puisqu’elle sera la vôtre.

«Nous les écorchés vifs, on en a des sévices»

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