Aujourd’hui, tous ensemble, parlons bouquins. J’ai toujours souffert de périodes d’achat compulsif niveau livres… Et j’ai une façon très particulière (mais classique) de les choisir. En règle générale, si je ne cherche pas un livre en particulier, c’est que je ne me dirigerais pas vers les classiques. Direction les dernières parutions, donc. Après… Tout se fait au titre. Oui, je suis faible, oui, je sais, je me laisse influencer par le marketing, ouais, ouais, ouais… Nécessairement, je me retrouve vite avec des romans au nom bizarre en mains comme « Fume et tue », « Faisons l’amour » ou encore… Mort aux cons. Ah bah, oui, hein, avec un titre pareil, j’étais obligée de jeter un coup d’œil à ce livre sans quoi je serais morte de ne pas être suffisamment moi.

La deuxième étape, c’est systématiquement étudier un minimum la couverture… En l’occurrence, l’animal arbore des ballons en plastique, comme ceux qu’on tire à la carabine dans les fêtes foraines. En fait, c’est même exactement ça… Première idée « ah, ça sent le massacre d’abrutis, ça me plait. ». Passé ce premier examen superficiel… Troisième étape.

La troisième étape, c’est le quatrième de couverture et le synopsis. Lecture :

« Contrairement à l’idée répandue, les cons ne sont pas réformables; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n’ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu’ils sachent que je les surveille et que le temps de l’impunité est révolu. Je compte à mon actif cent quarante neuf meurtres de cons. Afin qu’ils ne soient pas morts pour rien, je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat. »

Qui n’a jamais rêvé de tuer son voisin le dimanche matin quand il vous réveille à coups de perceuse? Ou d’envoyer dans le décor l’automobiliste qui vous serre de trop près? Le héros de cette histoire, lui, a décidé un jour de passer à l’action.

C’est là que je commence à sourire d’un air carnassier. Juste ravie, juste contente, juste envie de commencer le livre. Bon, quand même, histoire de parfaire mon avis, je feuillette les pages dites d’édition. Citation d’avant propos : « La tolérance? Il y a des maisons pour ça. » de Paul Claudel.

Ni une ni deux, je sortais de chez mon libraire le livre en mains. A ce stade de séduction, je n’avais pas vraiment le choix, voyez-vous, c’était un peu comme si Johnny Depp en personne était venu me faire du gringue : pas moyen de résister.

Le dernier problème qui se posait à moi, c’était d’affronter Carl Aderhold, aka l’écrivain de Mort aux cons. Eh ouais : premier roman, pas d’antécédent, lecture à l’aveugle. Le souci c’est, évidemment, qu’avoir un bon scénario ne suffit pas à faire un bon livre. Il faut aussi un style d’écriture qui soit correct, plaisant… Aéré, aussi, pour ce genre de romans sans grande prétention et, surtout, maîtriser le cynisme avec maestria sans quoi la déception pointe le bout de son nez et le pavé finit empoussiéré sous mon lit. Force est de constater que si Carl Aderhold n’a pas la plume du siècle, il maîtrise ses mots et sert au mieux son propos…

Et le bilan, dans tout ça? Je me suis régalée, tout simplement… Le propos, en plus d’être inédit, est à la fois sadique, cynique et tordant. Un excellent souvenir de ma première lecture qui remonte à deux semaines de vacances dans un camping type club Med paumé dans le Gers. C’était il y a deux ans. Si les beaufs qui emplissaient les environs ont failli avoir raison de mes nerfs, au moins Carl Aderhold les tuait pour moi. Un vrai exutoire. Le tout est absurde, entre littéraire, technique et scientifique… On s’y perd sans se perdre, on rit, on est surpris, charmé, on sourit… Je valide mon achat et vous invite chesterfieldement à vous procurer ce livre. Sorti en format de poche cette année, vous ne devriez pas avoir à vous ruiner.

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