Difficile d’écrire un dimanche pluvieux. Lendemain de soirée qui plus est. Mon chat perd toujours ses poils, et mes Princes de Lu ont perdu leur croquant. Vie de merde. Un seul remède pour se remonter un peu le moral : parler musique. Mais il faudrait quelque chose en adéquation avec le moment. Genre quelque chose d’assez mélancolique, pas trop ensoleillé, mais pas déprimant non plus. Voilà la solution : Fashawn aka The Phenom.

Le bonhomme a tout juste 21 ans et appartient à la scène hip hop underground Californienne. On pourrait dire qu’il n’a pas eu le genre de vie dont vous et moi rêvons. Du genre père incarcéré, mère toxico, placé dans un foyer… Le genre d’univers qui vous fait sombrer, ou bien qui vous donne la force et la volonté de vous en sortir. Vite repéré, il entame sa carrière avec quelques mixtapes – sorte de compiles de morceaux remixés par un DJ – et sort son premier album, Boy Meets World, en 2009. Et on peut dire que pour un premier jet, c’est un coup de maître. Je vais pas trop traîner, mais vous faire un rapide tour d’horizon de l’album.

Ce qui frappe en premier, c’est l’étonnante maturité des thèmes abordés et du traitement musical. L’éducation, le monde, les angoisses, la liberté et la vie y sont présents. A l’heure où Kesha hurle son bonheur sur les ondes radios – bonheur qui se résume à se brosser les dents avec du Whisky – Fashawn nous parle avec humilité de ses doutes et questionnements. J’aime tout particulièrement le refrain du morceau « Stars » qui est sûrement le meilleur de l’album :

So many stars, so many stars

Which one to choose, which way to go

Each one’s a song for me

So many stars to see

Musicalement, les rythmes sont hip hop certes, mais les autres influences qu’y s’y mêlent le ferait presque oublier. Deux tendances sautent aux yeux : la Soul et les cuivres groovy. Tout cela est fait de manière à être à peine perceptible s’y l’on n’y prête pas attention, laissant une large place au flow et aux paroles. L’album débute la rage au cœur et enchaîne sur les rythmes effrénés de « Freedom », le genre de morceau qui pourrait donner une bonne leçon à Jay-Z. Puis on passe à « Hey Young World », beaucoup plus doux, teinté de mélancolie et de douceur. Dans la même veine, « Stars » et « Life as a Shorty ». Bref, je vais pas passer en revue tout l’album. Je préfère vous laisser écouter par vous même : Boy Meets World.

Pour ma part, je suis charmé. Pas seulement par la maturité du jeune rappeur, mais aussi pour la puissance évocatrice de ses morceaux, la sensibilité des ambiances et l’originalité des sonorités. Un artiste à suivre attentivement.

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