Je commencerais ce poste en affirmant, sans pouvoir être contredite par qui que ce soit, que nous avons tous des journées difficiles. Eh ouais. On subit tous ces journées où l’Echec (avec un E majuscule, s’il vous plait) nous poursuit, un peu comme un vieux compagnon de galère revenu pour nous faire chier sur notre embarcation. Autant dire que lors de ces journées franchement éprouvantes, on se demande pourquoi on n’est pas resté caché sous nos couettes, ç’eut été plus simple, comme dirait l’autre… Mais c’est par l’échec que le bas blesse. Dire qu’on a des journées difficiles est un fait mais nier l’échec serait une erreur. L’échec est un compagnon quotidien, on a même inventé des théories pour ça : les lois de Murphy.

Ce qui est triste, au demeurant, c’est qu’on se résigne assez facilement à l’échec. Il ya des trucs, comme ça, qui semblent assez inhérents à la nature humaine. Aller au Louvres le mardi, jour de fermeture du Louvres, partir pile poil à l’heure pour choper son bus, jour où ce putain de bus passera en avance, aller à la salle de bain, se rendre compte qu’on a oublié sa serviette, aller la chercher dans sa chambre, retourner dans la salle de bain, se rendre compte qu’on a oublié son gel douche, repartir dans sa chambre… Et la liste pourrait être longue! Elle est longue, au demeurant. L’échec, quelque part, c’est même devenu une philosophie de vie pour certains… Et ce connard se décline sous toutes ses formes. L’échec peut être bref, épisodique, nous faire perdre quelques minutes. Ça peut aussi avoir des conséquences plus graves, désorganiser toute une journée… Le pire, dans tout ça, c’est qu’on soupirera comme des cons, pour la plupart on s’allumera une clope, on laissera quelques secondes de silence consterné devant tant de poisse/connerie et on conclura plus ou moins par « Echec ». On se fait à l’échec, on s’y accommode et, plus grave encore, on s’y condamne. Et comment lutter?

Il y en a qui parle de fatalité, d’autres de force de la nature. Si Dieu est, il est d’échecs et d’opportunités loupées, c’est quasi certain. Mais, merde, c’est triste quand même. La question est de savoir pourquoi est-ce que nous sommes si souvent confrontés à ce putain d’échec récurrent et implacable qui fait souvent office de force majeure (la FM, en droit, se définit comme un événement imprévisible, irrésistible et inévitable en plus d’être invincible, ce saligaud). Est-ce qu’on y est tellement habitué qu’on finit par l’anticiper et partir perdant? Moi, par exemple, j’ai un échec systématique, ou presque, avec les transports en commun. Le bus d’avant arrive en avance, celui d’après en retard, je loupe mon tram à quelques secondes et celui d’après n’est que dans onze minutes… ça fait complètement partie de mon quotidien, j’en suis rendue à m’applaudir quand j’arrive à l’heure en cours. Et, pourtant, je pourrais essayer de lutter, m’organiser mieux, prendre plus d’avance, essayer de me débattre. Mais non. Je suis en échec et j’y reste. Pourquoi? Pourquoi tant de fatalisme?

Une de mes multiples hypothèses se résume à la perte de la foi du contemporain envers le monde qui l’entoure. Ce monde là ne nous attend pas, ne nous ménage pas. Il nous écrase sans pitié et sans considération, il se fait et ne nous attend pas. Un retard et c’est sanction, un oubli et c’est sanction… Je ne vous parle même pas de la déception en fin de course qui suffit parfois à elle seule pour nous pourrir une journée. Alors peut-être que se résigner à l’échec, c’est s’éviter quelques souffrances psychologiques au quotidien, comme un mécanisme de défense propre à chacun. Ouais, peut-être.

Dans la même veine, on peut voir l’échec comme une forme de rébellion profonde et inconsciente contre cette même société. Eh oui, on est sensé tous réussir, parvenir à nos fins, appliquer la loi du Talion pour mieux gagner sa vie plus tard. Alors peut-être que cumuler les échecs peut être vu comme une façon de court-circuiter cette course au succès mais, putain, qu’est ce que c’est chiant!

D’autant plus que, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais l’échec est tel qu’il contre dit parfois des principes universels. Illustration : une fois dans ma vie, je suis arrivée sur le quai de mon train juste à l’heure mais alors vraiment trente secondes avant le départ… Et, échec, je suis tombée sur le SEUL train de la SNCF à être parti en AVANCE ces cinquante dernières années. C’est grave, tout de même. De même, autre cas que je n’ai pas vécu, on s’accorde assez communément sur le fait qu’un briquet qui est en fin de vie ne fait que de petites flammes, super chiantes pour allumer une clope. Un ami, fort de cette galère qu’il allait devoir affronter, s’est rapidement retrouvé avec un sourcil brûlé : flamme gigantesque. Echec.

L’échec est ancré dans notre société, des sites comme vie de merde ou les lois de murphy ne cessent de nous le prouver, cette génération est défaitiste et éprouvée. C’est bien dommage, quelque part, mais je suppose qu’on s’y fait. L’avantage c’est que ça fait toujours rire les autres, moi la première, parce que c’est souvent pire ailleurs. Et tant mieux, mes amis, tant mieux. Dans le pire des cas, si vous n’arrivez plus à lutter, rien que pour la première taffe de réconfort, je n’aurais qu’une prescription : commencez à fumer, bordel (des chester, évidemment). D’autant plus que le cancer des poumons qui vous sera alors promis réduira considérablement votre ratio d’échec sur la période de votre vie puisque celle-ci sera raccourcie. Eh ouais.

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