Je suis un peu pris de cours ce soir. Ma coblogueuse m’annonce un empêchement, me contraignant à la dure tâche de vous pondre à l’arrache un article improvisé. Mais voilà, je n’ai pas assez de temps – et encore moins la foi – pour vous pondre un article digne de ce nom sur un sujet intéressant. Donc je vais me contenter de vous faire partager mes impressions sur Lost In Translation visionné ce matin. Le film fut réalisé par Sofia Coppola, fille de son illustre père, 4 ans après le célèbre, Virgin Suicide (surtout célèbre pour sa BO réalisée par Air).

Deux personnages sont mis en scène : un célèbre acteur quinquagénaire vieillissant et fuyant tant son couple que la célébrité, et une jeune femme, brillamment diplômée en philosophie de Yale, se lassant d’un mariage  trop précipité qui perd son charme des débuts. Les deux personnages se rencontrent entre deux verres d’alcools, rapprochés par leur lassitude et leur mélancolie affichée. Une relation se créé, s’intensifiant au fil du film. Les deux comparses tentent de retrouver la fraîcheur des temps passés, d’une vie où le jeu est central, où la séduction est encore possible. Je pense qu’on peut dire que c’est LE rôle de Scarlett Johansson. Si Bill Muray n’a plus à faire ses preuves, l’actrice exécute ici une performance rare : touchante et sensible, fraîche et espiègle, rien n’est surfait ou râté. Ces deux âmes en peines se retrouvent, s’épousent tendrement dans la jungle urbaine de Tokyo (ou Kyoto, aucune idée). Il se heurtent à l’incompréhension des gens qui les encerclent, les étouffe, aux prises avec des codes qui leurs sont inconnus, des coutumes qui paraissent dérisoires ou ridicules et la bêtise et superficialité d’une bonne part de l’humanité.

On retrouve clairement dans ce film les problématiques récurrentes de Sofia Coppola. La vitalité de la jeunesse perdue ou avortée, ou encore l’incompréhension d’hommes qui ne sont pas en phase avec leur société. Mais contrairement à Virgin Suicides ou Marie Antoinette, rien n’est caricatural, tout repose dans une atmosphère intimiste et sensible que les deux acteurs transcendent allègrement en nous offrant une performance rare. On pourrait peut-être regretter un léger manque d’esthétisme qui aurait donné une touche plus originale et personnelle au film, mais la réalisation ne souffre d’aucun défaut. La réalisatrice signe ici une œuvre d’une qualité rare et d’une grande maturité artistique pour ce qui n’est que son second film. Si un soir vous vous sentez l’âme en peine, que vous ne savez plus qui vous êtes ou ce que vous voulez, si vous vous sentez perdu dans un monde et une époque qui ne vous correspondent pas, grillez vous une clope – une Chester, pourquoi pas –, posez vous dans votre canapé, et insérez le DVD.

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