Cher Johnny,

Excuse-moi de te déranger en ce mercredi mais je ne me sens pas l’âme d’une littéraire, je suis un peu perdue et c’est donc tout naturellement que je me tourne vers toi, figure patriarcale française absolue. Oui, toi, Johnny, parce-qu’il faut que je te dise quelque chose, quelque chose de grave, qui me pèse depuis longtemps. C’est pas facile pour moi, tu sais, mais à vingt ans aujourd’hui, je dois te le dire : si Paris est mort, si la France est ridicule, c’est votre faute à toi & tous tes potes.

Je suis désolée du choc que je t’inflige, vraiment, ou presque, mais il faut voir les choses en face : quand j’ai voulu faire un article sur le rock français, google m’a linké directement vers toi. TOI! Mais pourquoi, monde cruel, pourquoi? Pourquoi faut-il que la musique française soit représentée par un Johnny Hallyday, un Eddy Mitchell, un Michel Sardou, un Dick Rivers ou une Sylvie Vartan? Pourquoi parle-t-on de Jean-Jacques Goldman comme poète français pour ses paroles bien souvent déjà vues, revues et gerbées par tout et n’importe quoi? Pourquoi faut-il nécessairement que tes détracteurs, ces jeunes petits délinquants, deviennent eux aussi célèbres et nous donnent des groupes comme Kyo ou Pleymo? Merde, Johnny, explique-moi, pourquoi vous n’aimez ni la musique ni la culture française? Qu’est-ce que ton pays t’a fait pour que tu t’acharnes comme ça? Pourquoi est-ce que tu me fais ça, à moi, pauvre enfant (à l’époque) qui a subi tous tes albums?

Tu sais, je ne suis pas si dure que ça, Que je t’aime, Allumer le feu, tout ça, ça a fait des tubes, des trucs absolument géniaux à passer en soirée étudiante pour pousser la jeunesse à consommer. On a tous emmerdé la Marie de la classe avec ta chanson éponyme, on a tous ri en voyant tes vieux fan motards, chauffards sur Harley Davidson. Mais, tout de même, de là à devenir LA référence du rock français, moi je dis : aïe.

Serais-tu capable, toi le Père Français à tendances belges, de me regarder droit dans les yeux et me dire : oui, j’ai fait ma musique dans la même veine que les Rolling Stones ou AC/DC? Serais-tu capable de me mentir et de me dire que, oui, putain, tu fais du rock, du vrai, et que même que les basses tu kiffes tellement ça que quand elles pulsent trop, tu casses une guitare? Où allons-nous, Johnny, où allons-nous?

Parce que si les étrangers pensent sérieusement qu’aujourd’hui la musique française c’est encore ta discographie ou celle de ces bons vieux Eddy et Dick, on n’est vraiment dans la merde niveau rayonnement culturel. Moi, Johnny, j’aimerais que tu prennes quelques minutes de ta vie de presque bientôt retraité multi millionnaire (je n’aurais pas la prétention de te croire milliardaire, on sait jamais, tu pourrais te prendre la répression des fraudes sur le coin de la gueule si je poste ça sur la Toile) pour écouter un peu ce que la jeunesse a su créer. Qu’on oublie la Star Ac’ où tu as déjà fait quelques apparitions, qu’on se détourne de certaines stations de radio… Parlons sérieusement. Tu sais, Johnny, la jeunesse a soif de révolution, de Woodstock et de 68, alors ça donne du rock manouche, un peu de jazz et puis du vrai rock, aussi. Moi j’aime bien, ça fait plaisir de se dire que bientôt on oubliera que ce sont des gens comme toi qui ont initié le mouvement. On parlera d’autres français, de gens qui le méritent…

Parlons aussi de ces groupes qui ont percé sans percer et qui sont restés derrière toi en terme de popularité, comme Téléphone ou encore – Chester veille sur son âmeAlain Bashung. Parlons de tous ces artistes qui mériteraient que tu tatoues leur nom sur tes bras… Parlons de Trust, parlons des Béruriers Noirs, des Garçons Bouchers, de Matmatah, de Noir Désir, de la Mano Negra, des Rita Mitsouko, de Niagara, de Parabellum, des Têtes Raides, des Wampas, de la Souris Déglinguée… Parlons des Amis d’ta femme (mais non pas Laetice, Johnny, reste sérieux), parlons de Dionysos, d’Eiffel, d’Elmer Foot Beat, d’Enhancer, de Louise Attaque, de La Rue Kétanou, d’Eths, de Lofofora, des Blaireaux, de Volo ou encore de Monsieur Roux… Rappelons-nous Charles Aznavour, chantons Edith Piaf, hurlons Tryo… Mais par pitié Johnny, je t’en supplie, arrête de t’exposer au point de me voir envahir par des pop-ups pour télécharger une sonnerie Johnny sur mon téléphone portable.
Arrête ça, prends ta retraite, deviens une légende et fais-toi oublier.

Laisse la France respirer, tais-toi & écoute.

Bien à toi,
Une de tes victimes
*

* Qui se rappellera sans mal ce qu’est le rock le 18 juin 2010. Eh ouais. Je saluerais Angus Young pour toi. Ou pas, en fait.

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