Je sais pas vous, mais moi j’aime les contes. Ils me font rêver, voyager dans d’autres mondes. Ils mélangent réalité et onirisme, fiction et angoisses contemporaines. Et comme j’aime aussi le cinéma, je ne peux pas ignorer l’œuvre du maître en la matière : Hayao Miyazaki. Je suis sur que tout le monde connait l’homme et l’œuvre, au moins de nom. L’animal en question est juste réalisateur, scénariste, auteur, producteur, directeur artistique, monteur, producteur exécutif, créateur et animateur japonais. Son œuvre – incontournable – accumule les chefs d’œuvre : Chihiro, Le Château dans le Ciel, Princesse Mononoke, Le Château Ambulant, Mon Voisin Totoro, et plus récemment Ponyo sur la Falaise. Après vous avoir parlé de Mamoru Oshii, j’ai voulu faire un rapide tour d’horizon de l’animation japonaise, et je suis tombé inévitablement sur Miyazaki. Et en retraçant sa filmographie, je suis tombé sur un film quasi inconnu sorti en 2006 : Nausicaa et la Vallée du Vent. Que dire d’autre sinon : un chef d’œuvre de plus. Au delà de l’habituelle claque visuelle que l’on reçoit à chacun de ses films, l’univers et le scénario sont tout aussi époustouflant. Mais ce qui m’amène à vous parler de ce film, c’est la multitude de liens possibles avec les autres œuvres de Miyazaki.

Pour vous faire un rapide résumé : 1000 ans après que la Terre ait été rasée par la folie des hommes, une forêt insondable, toxique et agressive se développe, recouvrant le monde et chassant les survivants de l’humanité de leurs terres. On savait que les thèmes de la destruction de la nature et de l’orgueil humain étaient chers à M. Miyazaki, mais ici, l’originalité de leur traitement fait de ce film un conte unique, poétique, onirique, grandiose et profondément marqué de sagesse. Ainsi, la Nature n’est plus la victime de l’avidité des hommes, dépossédée de ses ressources, brûlée, sacagée, mais la Nature est bel et bien l’agresseur, la Nature dans tout sa puissance dévastatrice, hostile à l’homme et imprenable. De nombreux films de Miyazaki tournent autour de ces deux thèmes de la Nature et de l’industrie des hommes, et je vais me faire joie de vous en parler un peu.

Nausicaa et la Vallée du Vent

Scénario / Adaptation : 4

Univers visuel / Esthétique : 4

Originalité / Créativité : 4

Impression générale/post-film : 3

Total : 15/20

La Nature : à mon sens, c’est le traitement original de la Nature qui est la racine de l’onirisme dégagée par les œuvres de l’illustre nippon. On assiste à une véritable approche animiste de la Nature dans son ensemble, lui offrant une âme et des gardiens, une identité. On peut ainsi contempler un défilé, une mosaïque de créatures divines : loups et sangliers dans Princesse Mononoke, véritables avatars de la puissance naturelle, gardiens de son âme et de son trésor : un cerf ancestral, véritable Dieu de la Fôret ; le panda-écureil (en fait, je sais vraiment pas ce que c’est) de Mon Voisin Totoro, animal sacré, paisible et bienveillant, vivant au cœur d’une forêt sinueuse et inaccessible ; les insectes géants de Nausicaa, incarnations de la force destructrice et irrationnelle (ou presque) de la Nature. Le thème de la forêt plus qu’aucun autre est au cœur de l’œuvre de Miyazaki, peut-être parce qu’elle rassemble végétaux et animaux, ou peut être est-ce pour ses sombres recoins et ses branches entrelacées, donnant toujours la certitude qu’au fond de cette entité insondable se terrent des trésors insoupçonnés.

On observe tout de même une petite digression dans Ponyo : c’est l’immensité aquatique, la mer, qui cette fois s’anime, se transformant dans un déluge de beauté visuelle en une infinité de créatures informes, sorte de vagues habitées par l’âme de l’océan et prêtes à engloutir l’homme et le monde. La Nature est ainsi omniprésente chez Miyazaki, symbole de la vie, du caractère ancestral de la terre et de ses habitants, sacrée mais agressée. On la retrouve jusque dans le Château dans le Ciel, sorte de cité du savoir, planant loin des guerres et des hommes : sa structure est un immense arbre de vie, et comme toujours, ses paisibles jardins sont protégés par un vieux gardien de pierre.

L’Homme : les hommes sont généralement présentés comme un facteur négatif en opposition et conflit face à la Nature. Leur orgueil, volonté d’expansion, avidité ou ignorance va à chaque fois fatalement bouleverser les équilibres. Miyazaki préfère généralement présenter notre civilisation à son stade pré-moderne, fin du Moyen-Âge. La critique de notre société n’en est que plus pertinente grâce à cet éloignement avec le monde moderne et grâce au style du conte. Dans Mononoke, le réalisateur aborde l’expansion industrieuse de l’homme sur la Nature et la résistance désespérée de cette dernière. On assiste à une véritable incarnation de la corruption humaine sur le vivant à travers l’image du roi sanglier aveuglé de colère se transformant en monstre difforme et contagieux du fait d’une balle logée dans ses entrailles. De même, dans Ponyo, les expérimentations de l’homme et l’échec dans le contrôle de ses créations génétiques viennent à contaminer le milieu marin et déchaîner la fureur de la Mer (on ne peut que penser aux accidents de Minamata et aux anomalies génétiques générationnelles qui succèderont à l’accident).

L’incompréhension entre l’égoïsme humain et la sagesse naturelle perdure, et la réconciliation n’est rendue possible que grâce à un élément lumineux et pacifique incarné par l’innocence et l’amour des enfants, que ce soit dans Mononoke, Ponyo ou Nausicaa. La plupart du temps, la Nature finit par se venger de l’homme dans un conflit ravageur. C’est là que réside d’ailleurs la force et l’originalité de Nausicaa : après que l’homme se soit anéanti lui-même, c’est la Nature qui prend le dessus et devient la force hostile et expansionniste. Les dernières communautés humaines sont condamnées à l’extinction, traquées par les monstres issus de la forêt. Les insectes sont néanmoins dépourvus de haine, tandis que les hommes continuent à être en proie au ressentiment, à la haine et à la colère. Ils refusent de voir et d’admettre que c’est leur propre corruption qui a créé leur nouvel ennemi, et voient comme seule échappatoire le combat par le feu et la destruction.

Cette critique est certes forte mais néanmoins particulièrement pertinente, et toutefois non dénuée d’espoir dans le genre humain : la réconciliation est possible et souhaitable. En plus d’être un rêveur et un poète, Miyazaki est un fin connaisseur du genre humain, et parvient merveilleusement à travers ses films à montrer son amour de la nature, sa tristesse quant aux comportements humains mais aussi son espoir pour les générations futures. Il nous fait rêver d’un monde onirique et riche, mais nous fait frissonner en nous assenant un portrait de nous-même aussi vrai que déprimant.

Pour conclure avec Nausicaa et la Vallée du Vent, Ce film est une réussite sous tous ses aspects, et Miyazaki y aborde la violence de manière plus abrupte que dans les autres films, ce qui en fait un film peut-être plus mature. Néanmoins, on peut reprocher au réalisateur un léger manque d’onirisme et de mystère au vu des films précédents.

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