Cette fois-ci, aucun suspense sur le thème de l’article, je vais vous parler de Lolita Pille et plus précisément de Hell, son best-seller, françaisement connu (le mondialement eut été de trop, voyez). Il s’avère en effet que j’ai eu un genre de débat avec un squatteur de mon appartement qui avait entrepris de le lire et je me suis dit, au regard de mon contre argumentaire, qu’il était de mon devoir de traiter ce sujet ici. Je vous ai habitué à de la haute littérature, à du classique, j’en ai bien conscience, mais j’estime malgré tout que ce livre mérite qu’on s’y intéresse. Vraiment.

Commençons déjà par l’auteur. Lolita Pille. Certains disent qu’elle est passée sous le bureau ou qu’elle se fait son nègre (qui ne serait pas moins que Beidbeger). J’ai envie de vous dire : pourquoi pas, je m’en fous. Aujourd’hui âgée de 28 ans (calcul facile à faire, elle en a 8 de plus que moi), elle avait donc à peine dépassé la vingtaine quand Hell est sorti. Hell, c’est son premier roman et c’est le sujet du jour. A celui-là suivra Bubble Gum, dans le même ton mais ô combien plus élaboré sur sa trame. Elle finit avec Crépuscule Ville, que j’ai trouvé… à chier. Pour ce qui est de ces livres, je vous renvoie à des critiques plus que correctes faites par quelqu’un qui s’y prendra de toutes façons mieux que moi : ici & .

Poursuivons ensuite avec le gros du livre autrement dit la quatrième de couverture, plus communément appelée « le résumé du livre ». Je cite :

« Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération, mon credo : sois belle & consomme. » Hell a dix-huit ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de là tête aux pieds, ne fréquente que des filles et des fils de, dépense chaque semaine l’équivalent de votre revenu mensuel, fait l’amour comme vous faites vos courses. Sans oublier l’essentiel : elle vous méprise profondément…
Jusqu’au soir où elle tombe amoureuse d’Andréa, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé. Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s’affranchissent du malaise qu’ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir.

Le résumé est un peu faible mais pour ceux qui n’avaient jusqu’alors aucune idée de ce dont je parlais, vous voilà servis. A la première ligne, on devine que le langage aura des tendances vulgaires, c’est ce qui m’a permis de me dire que moi aussi je pouvais le lire et qu‘il n’était pas réservé qu’aux blondes peroxydées en mal de rêves décadents et de fantasmes prostituants éthérés.

En quelques mots. Première phrase : « je suis une pétasse ». La couleur est annoncée et, au demeurant, on se rend vite compte qu’en plus d’être une pétasse, Hell est une pétasse cultivée qui chante du Nino Ferré, parle de Verdi, a un cerveau. Un cerveau? Oh my chester mais comment que cela est-ce possible? Ahah. Le rendu est plutôt bon, sur le personnage du moins. Pour ce qui est d’Andrea, dont la relation avec Hell est beaucoup plus alambiquée que ce que le petit résumé veut bien vous le laisser croire, je ne citerais que quelques mots : « Je suis Jeune, Beau, Riche et lucide. Et ça, c’est le détail qui fout tout en l’air ». Des personnages comme je les aime, tout en cynisme, en haine et en idéaux déçus. Des personnages francs, vulgaires, pas conformes. Des personnages, malheureusement, tellement anti-conformistes qu’ils en deviennent conformistes mais on a tous un point faible et, le mien, c’est les gens qui n’ont pas peur de sortir un putain toutes les deux phrases autour d’arguments concis.

En parlant de ça (d’arguments, sic.), faisons un tour par le livre en lui-même avant de nous retrouver précisément là où je compte bien vous emmener. Parlons un peu style. Ce qui change avec Lolita Pille, c’est cette tendance à l’extrêmisme baudelairien à savoir prendre du très moche pour en faire du très beau. Entre deux putains, on a des tournures réfléchies et élaborées, un vocabulaire quasi-précieux, de l’intellectualisme pur et dur. Bref : du bon boulot. Ouais, mais au final, sans plus. Pourquoi? Parce que si l’absurde tue l’absurde (mon petit, celle-là, c’était dédicace), le stylistique tue aussi le stylistique. Parce que demander à son lecteur de réfléchir au pourquoi du comment ou bien vouloir faire des phrases tellement bandantes qu’on se retrouve avec une page entière sans un seul point… C’est un peu la mort de la lecture. A d’autres moments, elle s’amuse à l’inverse à mélanger vulgarité et phrases courtes, sans cohérence autre que ses envies (et sans doute son taux d’alcoolémie). Juste une prouesse. Un effet de style. Au final, le côté démonstratif, le côté littérarisé au possible, cet aspect presque bourgeois et méprisant – pour un lecteur avisé comme pour un lecteur du dimanche – c’est lourd. C’est là la grosse critique je ferais et je doute que beaucoup puissent me contredire (si tel est le cas, commentaire, s’il vous plait).

Bonne nouvelle, nous sommes précisément là où je voulais vous emmener. Ce sera court, mais il faut en parler. Le squatteur précédemment cité a eu la judicieuse idée de dire que Hell était conne. Pourquoi, me direz-vous? Hell est conne parce qu’elle a le choix, qu’elle se rend malheureuse toute seule et qu’elle devrait tout pouvoir changer. On ne doit pas pleurer pour elle.

Excusez-moi, je crois que je vais gerber. C’est ma façon à moi de dire que je ne suis pas d’accord… Parce que c’est bien beau de critiquer et de se penser tout beau, tout propre et tout mignon mais j’aimerais bien le voir à la place de la nana. A aucun moment on ne nous parle de crises de manque ce qui peut laisser à penser que Hell n’est ni accro à la coke ni même vraiment alcoolique au sens le plus stricte d’une addiction physique profonde. Certes. Mais quand on a passé sa vie à la mener dans la débauche la plus complète, quand l’alcool est aussi naturel que de l’eau & quand le tabou de la drogue a été relégué à une banalité quotidienne… Comment s’en sortir? Si un rail de coke n’est jamais qu’un moyen de se détendre comme un autre, loin de toute notion ou de mal, pourquoi arrêter? Si l’alcool, c’est bon et ça fait du bien, pourquoi s’en priver? Si on vit la nuit, pourquoi s’aveugler avec le jour? Si on vit dans la décadence, pourquoi vouloir monter? Sans doute ne suis-je pas suffisamment objective pour émettre un avis plus critique mais force est de constater que c’est la détresse sous jacente de Hell tout au long du livre, du début jusqu’à la fin, qui m’a surtout marquée. Cette espèce de douleur malsaine qu’elle chérit parce qu’elle ne connait que ça et, finalement, ne pense pas mériter mieux… C’est ça, l’Enfer. La chute. L’atterrissage, aussi, mais faudrait-il qu’il compte encore.
Le passage de la mort d’Andrea restera pour moi les quelques lignes les plus dures que j’aie jamais lues, mais c’est personnel, humain.

Pas grand chose à rajouter. A part une citation, peut-être.

N’attendez pas de chute à cette histoire, il n’y en a pas. Il est mort et plus rien n’a de sens pour moi. J’envisage l’avenir comme une éternité de souffrances et d’ennui. Ma lâcheté m’empêche de mettre fin à mes jours. Je continuerai à sortir, à taper, à boire et à persécuter des cons.
Jusqu’à ce que j’en crève.
L’Humanité souffre. Et je souffre avec elle.

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