Ça y est, je suis rentré. Non Cendar, j’ai pas envie de m’excuser. Et puis moi aussi j’ai droit à des vacances. Et puis ça m’a donné l’occasion de revoir un film, que dis-je, LE film romantique par excellence et par essence : In The Mood For Love. Et puis dans la foulée j’en ai profité pour regarder sa pseudo suite, 2046. Et si j’ai envie de vous parler de ces films, ce n’est pas seulement parce que ce sont des chef d’œuvres, mais parce qu’ils marquent la progression artistique de leur auteur, Wong Kar-Wai, pour arriver à l’aboutissement de son art : My Blueberry Nights. Avant de vous exposer ma vision des choses, il conviendra sûrement de vous toucher deux mots de Wong Kar-Wai. Chinois (quoi vous vous en doutiez?), actuellement consacré comme un, voire le maître du cinéma romantique de Hong-Kong, il réalise son premier long métrage en 1988 avec As Tears Go By. In The Mood For Love sera sa consécration internationale, Tony Leung obtiendra le Prix d’Interprétation Masculine au Festival de Canne en 2000 pour son rôle de Mr. Chow. Il sera le premier réalisateur chinois à présider le Jury du Festival en 2006.

Bref, après cette entrée en matière technique peu intéressante, passons aux choses sérieuses. Et elles commencent avec In The Mood For Love en 2000. Au delà d’être une histoire sensible, où deux voisins, trompés par leurs conjoint, vont tenter de concevoir, sans succès, leur vengeance romantique ensemble, c’est avant tout une atmosphère et une musique. Et il est évident que la première ne serait pas si tragique et sensible sans la seconde. Ainsi, avec un scénario aussi simple et peu développé, et une mise en scène presque dépourvue d’esthétisme visuel, Wong Kar-Wai signe une œuvre de maître qui, sans qu’elle puisse être regardée en boucle, laissera une trace indélébile à quiconque parviendra à se laisser porter par la nostalgie et la sensibilité qui la baignent.

Mais avec 2046, on observe un virage serré dans l’approche du romantisme. Adieu le silence et la lenteur, adieu la sensibilité et les pièces sombres, bienvenue dans la métaphore du train de la vie, un train à sens unique empli des « souvenirs baignés de larmes ». Avec ce film, on se rend compte à quel point chanceux est celui qui n’a jamais aimé, et en même temps la beauté tragique de l’Amour passionnel, à quel point la chance joue un rôle majeur dans la rencontre de l’âme sœur. Néanmoins, si le thème est le même, son traitement est indiscutablement différent. On se perdra aisément dans un scénario nébuleux jonché d’éléments métaphoriques et au final assez imperméables. Wong Kar-Wai s’éloigne du film « d’atmosphère » pour forger un esthétisme coloré, mystérieux, passionné et sensible.

La consécration vient ainsi avec My Blueberry Nights. Si l’interprétation de Jude Law et Norah Jones est proche de la perfection, c’est avant tout le travail du réalisateur qui donne toute sa valeur au film. Il aura réussi ainsi, par une subtile alchimie mélangeant rythme lent, esthétique colorée mais discrète, et une sincérité qui transperce l’écran, à métisser et fusionner le film d’atmosphère avec son approche esthétique personnelle, à la fois nostalgique et passionnée. Si vous n’avez pas envie, après avoir visionné ce film, de manger une tarte à la myrtille avec l’âme sœur en écoutant du Norah Jones, c’est que vous n’avez pas de cœur.

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